• Le Canada, les peuples autochtones et le droit international

    Le 1er juin 2017, le Canada disait au revoir aux quatre délégués des Nations unies en visite qui ont passé les dix derniers jours à rencontrer des communautés à travers le pays afin d’en apprendre davantage sur l’impact des entreprises d’ici sur les droits de la personne protégés par le droit international. Au cours de la prochaine année, ils rédigeront leur rapport, et les droits des peuples autochtones seront au coeur même de ce rapport.

    Le Canada est en avance sur de nombreux autres pays en matière de reconnaissance des droits des peuples autochtones, mais il reste encore beaucoup de travail à accomplir. Les tribunaux canadiens, les gouvernements, les entreprises et la société civile doivent reconnaître que le consentement libre, préalable et éclairé est une exigence essentielle afin de défendre les droits des peuples autochtones dans un contexte de droit international.

    Après plus d’une décennie à s’y opposer, le Canada a finalement annoncé l’an dernier qu’il appuyait pleinement la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (la « Déclaration »). En 2007, le Canada avait été l’un des quatre États à voter contre la Déclaration. Lorsqu’il a finalement annoncé son soutien en 2016, le gouvernement a été acclamé pour sa décision. Mais, peu de temps après, le gouvernement a précisé que son soutien à la Déclaration se ferait « conformément à la Constitution canadienne existante ».

    Or il existe une différence considérable entre les exigences constitutionnelles du Canada concernant le traitement des peuples autochtones et les exigences du droit international.

    Une différence importante se situe au chapitre du standard de consultation, où le droit international exige un standard plus exigeant, soit le consentement des communautés autochtones. Dans le cadre de la Déclaration, lorsque les États agissent de manière à avoir un impact sur les droits des peuples autochtones, ils ont l’obligation de les consulter pleinement et de ne pas donner le feu vert au projet proposé avant de recevoir le consentement « libre, préalable et informé » des communautés affectées.

    La Déclaration ne constitue pas l’unique forum exigeant le consentement à titre de standard. La norme du consentement au développement de projets a en effet été adoptée par de nombreuses agences et organisations internationales de développement, telles que la Banque mondiale et la Société financière internationale, de même que par certains prêteurs privés soumis aux Principes de l’Équateur. Ceci est notamment dû au fait que la norme de consentement est de plus en plus considérée comme un outil pouvant éliminer les risques liés au développement de projets. En effet, contrairement à la consultation qui démontre le processus de discussion avec les populations affectées, la norme de consentement, quant à elle, est sans ambiguïté et permet plus de certitude.

    Place à la consultation

    Tout comme la Déclaration, la Constitution canadienne exige que les gouvernements consultent les peuples autochtones avant de prendre des mesures susceptibles d’affecter leurs droits. Cependant, les tribunaux canadiens ont souvent déclaré que la consultation ne nécessite généralement pas de consentement. Par crainte d’un pouvoir de veto, les autorités gouvernementales soutiennent fréquemment que le consentement n’est pas nécessaire.

    Le droit international exige également que la consultation soit libre, préalable et éclairée, et que les populations autochtones puissent participer pleinement aux décisions qui les concernent. Or la validité et la qualité de la consultation seront grandement affectées par la capacité des communautés autochtones d’avoir accès à des ressources financières adéquates qui leur permettront de faire une évaluation complète du projet.

    Au Canada, la consultation est habituellement considérée comme un obstacle administratif plutôt que comme un processus de prise de décision partagée. La consultation est souvent non financée, ou encore partiellement financée par l’entreprise qui demande un permis au gouvernement, ce qui rend souvent la capacité des peuples autochtones à exercer leurs droits constitutionnels dépendante du bon vouloir de l’entreprise qui aura des impacts sur le territoire touché. De plus, les délais de consultation sont généralement courts et les services d’experts indépendants sont rarement fournis.

    Certains projets canadiens ont reçu le consentement de communautés dans le passé. Cela s’est notamment produit lorsque les entreprises ont voulu négocier ouvertement les termes de leurs projets avec les communautés autochtones locales, leur fournissant le temps et le soutien nécessaires afin d’évaluer de façon indépendante l’impact du projet sur leurs droits et les avantages proposés.

    Cependant, jusqu’à ce que les communautés autochtones aient un accès garanti et adéquat aux ressources dont elles ont besoin pour s’engager dans une consultation et un droit reconnu de dire « non » aux développements qui les touchent, les exemples de consentement réel resteront rares et les processus de consultation favoriseront plutôt la discorde.

    Les tribunaux, les gouvernements, les entreprises et la société civile doivent reconnaître que les relations saines sont fondées sur le consentement — un consentement libre, préalable et éclairé. Un an après avoir finalement soutenu la Déclaration, nous devons commencer à l’appliquer à tous les niveaux : en droit, au sein des politiques et programmes gouvernementaux ainsi qu’en matière de contrats privés. Fournir un financement stable, des échéanciers flexibles et des experts indépendants lors de la consultation est la première étape cruciale à mettre en oeuvre.

     


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  • Quelle honte!!

    Vêtus d'un pagne et armés de fusils, des nomades chassent au milieu de palmiers à huile sur l'île de Sumatra. Maigres, ces hommes à la peau hâlée cherchent désespérément du gibier dans une forêt tropicale dévastée par les coupes de bois qui ruinent l'existence des tribus en Indonésie.

    L'Indonésie est le premier producteur mondial d'huile de palme, une industrie qui encourage la déforestation et pèse de plus en plus sur le mode de vie traditionnel des nomades.

    Alors à deux heures de route de ce terrain de chasse, environ 200 nomades sur les 3.500 de la tribu des «Orang Rimba» viennent de changer de vie: ils se sont sédentarisés... et convertis à l'islam, religion majoritaire dans ce pays d'Asie du Sud-Est. Ces nomades avaient été approchés par une ONG islamique et des représentants des autorités indonésiennes qui encouragent les membres de tribus à se sédentariser, afin de faciliter l'aide et le recensement. Or pour obtenir une carte d'identité ouvrant droit à l'aide publique en Indonésie, toute personne doit déclarer une religion. Ce qui, dans le pays musulman le plus peuplé au monde, explique largement la conversion à l'islam des peuples indigènes, presque tous animistes au départ.

    Depuis janvier, ces 200 «Orang Rimba» vivent dans le district de Batang Hari, situé dans la province de Jambi. Assis dans une hutte sur pilotis, des enfants portant des calottes de musulmans et des hijabs y récitent le Coran. «Dieu merci, l'Etat prête maintenant attention à nous, alors qu'avant notre conversion, il nous ignorait», raconte Muhammad Yusuf, un leader de cette communauté qui reçoit désormais de la nourriture et des vêtements.

    Un choix désespéré

    L'initiative de ces «Orang Rimba» -qui signifie «habitants de la jungle- est en réalité un choix désespéré mettant en exergue l'échec du gouvernement à défendre les nomades, estiment des défenseurs des droits des peuples indigènes.

    Des défenseurs des droits des populations indigènes, eux, regrettent que même les groupes tribaux qui avaient réussi jusqu'ici à rester nomades soient désormais tentés de renoncer à leur mode de vie, en raison des difficultés à survivre dans la nature. »C'est l'échec de l'Etat qui ne sait pas les protéger«, confie à l'AFP Rukka Sombolinggi, secrétaire général de l'organisation de protection des peuples indigènes AMAN, en référence à la déforestation.

    En conséquence, les nomades «se tournent vers des prédicateurs ou l'Eglise dans certaines régions, car ceux-ci leur offrent une protection», dit-elle.

    Les tribus: 70 millions de personnes

    En Indonésie, un archipel de 17.000 îles et îlots qui possède une des plus grandes forêts tropicales de la planète, les tribus représentent environ 70 millions de personnes sur une population totale de 255 millions d'habitants.

    Parmi les tribus les plus connues figurent les Dayaks de l'île de Bornéo, tatoués de la tête au pieds, et les Mentawi, qui aiguisent leurs dents pour paraître plus beaux. Mais les »Orang Rimba« sont un des rares groupes nomades vivant en permanence dans la jungle.

    Yusuf souligne qu'il était de plus en plus difficile de trouver de la nourriture en forêt, et que les conflits opposant des membres de sa tribu à des représentants de sociétés convoitant leurs terres se multipliaient.

    Aujourd'hui, les quelque 200 »Orang Rimba« qui ont renoncé au nomadisme ont changé de vie et d'apparence.

    Ils ont troqué leurs étoffes traditionnelles contre des vêtements offerts par les services de l'Etat et des ONG.

    «C'est plus agréable d'être dans un village comme celui-ci, nous vivons mieux», dit Yusuf. Il a adopté ce nom islamique après être devenu musulman. Auparavant, il s'appelait Nguyup.

    Croyances superstitieuses

    Tous les »Orang Rimba« ne sont cependant pas prêts à franchir le pas. D'autres membres de la tribu vivent toujours dans la jungle. Ils s'abritent sous des bâches en plastique fixées à des tiges en bois et chassent les quelques animaux qu'ils trouvent dans les plantations de palmiers à huile.

    Ils changent d'endroit en moyenne trois fois par mois pour trouver du nouveau gibier et à chaque fois qu'un membre de la tribu meurt, comme l'exigent leurs coutumes. Malgré les conditions de vie difficiles et la malnutrition, ils restent résolument opposés à toute conversion à l'islam et à un mode de vie sédentaire.

    »Selon nos traditions, la conversion n'est pas autorisée«, affirme à l'AFP Mail, le leader du groupe. »Nous craignons d'être capturés par des tigres si nous manquons à notre serment«, dit-il en évoquant des croyances superstitieuses.

    D'autres nomades dans le pays s'étaient déjà convertis au sédentarisme et à l'islam, mais jamais autant en une seule fois. A la grande satisfaction des autorités qui encouragent la vie en société.

    Depuis sa conversion à l'islam, Yusuf dit ressentir une certaine »tranquillité". Mais il avoue que l'adaptation a pris un certain temps. Et sa famille attend toujours de recevoir les papiers d'identité promis...

     


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    La ministre des Affaires autochtones se fait rassurante concernant l’adhésion entière du Canada à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. 

    Carolyn Bennett a été saluée par une ovation, aux Nations unies, lorsqu’elle a officialisé la nouvelle annoncée la veille. Cette Déclaration de l’ONU, qui n’est pas juridiquement contraignante, énumère les droits des peuples autochtones dans le monde, notamment en matière de culture et de traditions, d’identité, de santé, d’éducation et de langues.

    La ministre canadienne a soutenu que la Déclaration, adoptée par l’ONU en 2007, reflète l’esprit et l’intention des traités conclus au fil du temps par le Canada avec les peuples autochtones, et qu’elle fera partie du processus de réconciliation promis par son gouvernement aux Premières Nations, Métis et Inuits.

    Le Canada avait été l’un des quatre seuls pays — avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis — à voter contre l’adoption de la Déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones en septembre 2007.

    Le gouvernement conservateur de Stephen Harper était alors préoccupé par les impacts que pourrait avoir cette déclaration sur le développement des ressources naturelles au pays. Il se demandait aussi comment arrimer les droits garantis par cette déclaration internationale avec ceux déjà enchâssés dans la Constitution canadienne.

    En novembre 2010, le Canada adoptait un « énoncé d’appui » au document de l’ONU, qui ne garantissait toutefois pas son adhésion pleine et entière.

    « Même si la Déclaration n’est pas juridiquement contraignante, ne constitue pas une expression du droit international coutumier et ne modifie pas les lois canadiennes, notre appui à ce document réitère notre volonté de continuer à travailler de concert avec les peuples autochtones pour bâtir un Canada meilleur », lisait-on alors dans l’énoncé d’appui.

    L’Association canadienne des producteurs pétroliers appuie la Déclaration des Nations unies et promet de collaborer avec les gouvernements et les peuples autochtones afin que ce nouveau traité s’arrime avec les lois canadiennes.  

    *

    Le gouvernement canadien a mis fin à ses objections à l’endroit de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Un pas important, mais qui, pour avoir un sens, devra se traduire en gestes concrets dont on ignore encore la portée et les contours.

    Lors de l’adoption de la Déclaration en 2007, quatre pays s’y sont opposés : le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis. Ils ont tous fini par la signer, mais depuis 2014, seul le Canada persistait à s’opposer et à parler d’un « document d’aspirations qui est juridiquement non contraignant ».

    Un principe en particulier inquiétait les conservateurs, celui d’obtenir « le consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause » des peuples autochtones lorsque des décisions ayant une incidence sur leurs droits ou leurs intérêts étaient prises. Ils craignaient que cela soit interprété comme un droit de veto sur des décisions prises dans « l’intérêt général ». En fait, le développement des ressources naturelles était leur premier souci.

    Du côté des peuples autochtones, on a toujours soutenu qu’il n’était pas question d’un droit de veto, mais d’un ensemble « de normes minimales nécessaires à la survie, à la dignité et au bien-être des peuples autochtones du monde ». Dans un document adopté en 2014, l’Assemblée générale précisait que les États s’engageaient avant tout à « coopérer avec les peuples autochtones, par l’intermédiaire de leurs propres institutions représentatives, en vue d’élaborer et de mettre en oeuvre des plans d’action, des stratégies ou d’autres mesures […] pour atteindre les objectifs de la Déclaration ».

    En campagne, les libéraux ont fait leur la recommandation de la Commission de vérité et réconciliation de mettre en oeuvre la Déclaration qui, doit-on préciser, n’a pas force de loi. Ils ont franchi un premier pas en levant les objections conservatrices, mais ce geste était le plus facile à poser. La mise en oeuvre sera nettement plus complexe.

    Le premier ministre Justin Trudeau parle avec constance de réconciliation et de nouvelle relation de nation à nation, mais il n’a pour l’instant présenté ni plan d’action ni stratégie pour donner corps à la Déclaration.

    Le député néodémocrate Roméo Saganash a pris les devants et présenté un projet de loi (C-262) qui obligerait le gouvernement à consulter les peuples autochtones et à coopérer avec eux afin de rendre les lois fédérales compatibles avec la Déclaration et afin d’élaborer et de mettre en oeuvre un plan d’action pour atteindre les objectifs énoncés. Les libéraux ont manifesté de l’intérêt, mais le reprendront-ils à leur compte ou l’appuieront-ils ? Ça reste à voir.

    D’autres tests les attendent. La Constitution de 1982 reconnaît des droits ancestraux ou issus de traités des autochtones, mais pour les faire respecter, ils ont dû multiplier les batailles juridiques. Quant à leurs revendications territoriales, elles s’enlisent généralement dans des négociations interminables.

    L’accès aux ressources naturelles en est souvent la raison. Les autochtones veulent avoir leur mot à dire sur ce qui se passe sur leurs territoires et bénéficier de tout développement qui s’y fait. Des jugements récents de la Cour suprême leur ont donné raison, mais plusieurs provinces résistent.

    Plusieurs cas à travers le Canada démontrent qu’elles ont tort, que leurs propres intérêts économiques seraient mieux servis par le dialogue. Le meilleur exemple vient du Québec, où, en 2002, les Cris et le gouvernement du Parti québécois ont conclu la Paix des Braves, une entente de nation à nation qui fait l’envie de bien des autochtones. Le gouvernement Trudeau osera-t-il aller dans le même sens ?  


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  • Sortie en salle du Livre de la Jungle : des tribus indiennes menacées d'expulsion

    De nombreux Baiga ont rapporté avoir subi de mauvais traitements de la part de gardes forestiers. Depuis qu’ils ont été expulsés de leurs terres ancestrales, ils vivent dans des conditions d’extrême pauvreté.

    Aux Indes ... (suite)

    © Survival International, 2013

    En Inde, des tribus sont expulsées des terres qui avaient inspiré l’écrivain britannique Rudyard Kipling pour son Livre de la Jungle. Disney en a fait une nouvelle adaptation cinématographique qui sort en salles aujourd’hui. Pourtant, rares sont les spectateurs qui savent qu’au nom de la protection des tigres, les territoires de ces tribus sont transformés en réserves naturelles auxquelles elles sont interdites d’accès. Les touristes, eux, y sont les bienvenus.

       En 2014, des centaines de Baiga et de Gond ont été illégalement expulsés de la réserve de Kanha, le plus grand parc national du centre de l’Inde et source d’inspiration du Livre de la Jungle. En parallèle, le tourisme de masse y est encouragé sous prétexte qu’il s’agit d’un lieu unique qui permet d’observer de nombreux tigres. Mais peu sont ceux qui, parmi les touristes ou les spectateurs allant voir le film d’animation de Disney, sont conscients des violences et des actes d’intimidation infligés aux peuples indigènes de la forêt du Livre de la Jungle.

    Le Département des forêts soutient que les villageois acceptent ces ‘relocalisations volontaires’ mais en réalité ils sont forcés, sous la menace ou à l’aide de pots-de-vin, de les accepter. Certains sont placés dans des camps de relocalisation gouvernementaux tandis que d’autres sont simplement chassés de leurs terres sans aucune autre alternative que celle de vivre dans le dénuement le plus total aux abords de leur territoire.

    Aux Indes ... (suite)

       Sukhdev, un Baiga, a été assassiné parce qu'il tentait d’acheter des terres pour sa famille, après avoir été expulsé en 2014 de son village situé dans la réserve de tigre de Kanha.

    © Survival

    En 2014, suite aux expulsions forcées de la réserve de Kanha, un Baiga a déclaré : ‘Nous avons été l’une des dernières familles à résister mais on nous a forcés à partir. Les agents de la réserve nous ont dit qu’ils s’occuperaient de nous pendant trois ans mais ils n’ont rien fait. Même quand mon frère a été assassiné, personne ne nous a aidés’.

    Un autre a témoigné : ‘Nous sommes perdus – nous errons en quête de terre. Ici, tout n’est que désolation. Nous avons besoin de la forêt’.

    Les villageois de la réserve d’Amrabad sont à nouveau menacés d’expulsion. Ceux de la réserve d’Achanakmar le sont également, malgré leur opposition opiniâtre.

    Les grandes organisations de protection de la nature qui ont soutenu la création de ces réserves naturelles ne se sont jamais prononcées contre ces expulsions. Pourtant, de nombreuses tribus en Inde vénèrent les tigres avec lesquels elles cohabitent depuis des générations. Rien ne prouve que les expulsions assurent la protection des tigres. En réalité, il est plus probable qu’elles aient des conséquences négatives sur eux car les populations locales sont exclues des efforts entrepris pour conserver la faune.

    Les peuples indigènes devraient être impliqués dans les politiques de protection des tigres. Ils sont les gardiens du monde naturel et savent prendre soin de leur environnement. Par exemple, la population de tigres vivant dans la réserve des Soliga – communauté qui n’a pas été expulsée de son territoire – a augmenté, comparée à celles du reste de l’Inde.

    Stephen Corry, directeur de Survival, a déclaré : ‘Nous espérons que ce film permettra d’attirer l’attention sur les abus qui sont actuellement perpétrés à l’encontre des peuples indigènes en Inde, au nom de la protection du tigre. Lorsqu’au XXe siècle la population de tigres a diminué cela n’avait rien à voir avec la présence des tribus à leurs côtés. Cela était dû à une industrialisation rapide et à un massacre de masse commis par des chasseurs britanniques et l’élite indienne. Pourtant, à travers tout le pays, des tribus en paient le prix : elles sont expulsées de leurs terres ancestrales pour laisser place à des milliers de touristes’.

    Lire en ligne: http://www.survivalfrance.org/actu/11210


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  •  Visite de Kate et William dans le parc national Kaziranga : 62 personnes assassinées au nom de la lutte contre le braconnage

    Aux Indes.....

     
      Ces dernières années des dizaines de personnes ont été assassinées pour ‘lutter contre le braconnage’ dans le parc national Kaziranga, Les gardes forestiers bénéficient d'une immunité et ne peuvent être poursuivis.
    © Survival

    Le prince William et Kate Middleton sont actuellement en Inde, en visite dans le parc national Kaziranga. Le parc Kaziranga est une réserve de tigres dont la politique de ‘tirer pour tuer’ a entraîné la mort de 62 personnes en tout juste 9 ans. Ces dernières ont été abattues par des gardes forestiers.

      Le parc national, situé dans l’Etat d’Assam, est devenu tristement célèbre dans tout le pays à cause des exécutions extrajudiciaires qui y sont commises. En effet, des gardes armés exécutent sommairement toute personne soupçonnée de braconnage et les populations locales seraient même payées pour dénoncer les personnes qu’elles soupçonnent d’être impliquées dans des activités de braconnage. Les gardes forestiers bénéficient d’une immunité qui les empêche d’être poursuivis par la justice.

      Cette politique de ‘tirer pour tuer’ a été critiquée par des organisations de protection de la nature car elle encourage la violence au lieu de lutter efficacement contre les réseaux criminels qui organisent le braconnage. Cette politique a été appliquée par Bishan Singh Bonal, l’ancien responsable du parc, qui dirige désormais l’organisme national chargé de la protection des tigres.

        La venue du couple royal au sein de la réserve s’inscrit dans le cadre de sa visite en Inde. Survival International a contacté le prince William, qui parraine plusieurs organisations de protection de la nature, l’exhortant à faire part aux autorités indiennes des préoccupations des tribus concernant les politiques oppressives de protection de la nature.

       Gladson Dungdung, un militant des droits des Adivasis (peuples tribaux indiens), a déclaré: ‘Si le prince visite cette réserve de tigres et – je pense que si il aime les tigres, il devrait aussi aimer les Adivasis, parce qu’on ne peut pas choisir entre les deux. La faune, la forêt et les Adivasis coexistent, donc on doit tous les aimer. Si on souhaite protéger une réserve de tigres, on doit aussi protéger les Adivasis et la forêt pour qu’ils continuent à exister sinon ils ne seront plus là et on ne trouvera plus de tigres non plus’.

    Dans d’autres régions en Inde, les peuples indigènes sont expulsés illégalement de leurs terres ancestrales au nom de la protection du tigre. Ils risquent d’être arrêtés et battus tandis que le tourisme de masse est encouragé.

    Protection de la nature dans les parcs nationaux


       Bardhan Singh a été sévèrement battu par des gardes forestiers dans la réserve de tigres de Kanha qui a inspiré le Livre de la jungle. Dans le monde entier, les peuples indigènes subissent de plus en plus les conséquences de la militarisation des politiques de protection de la faune.
    © Survival

     

     

     

      Les peuples indigènes sont les meilleurs défenseurs de l’environnement et les meilleurs gardiens du monde naturel. Prendre les tribus pour cible détourne l’attention de la lutte contre les véritables braconniers – des gangs criminels qui participent au commerce international illicite de la faune. Les populations tribales sont les ‘yeux et les oreilles’ de la forêt et sont donc les mieux placées pour attraper les braconniers, ou même pour signaler leur présence.

      Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ‘Cette visite est l’occasion idéale pour le prince William de dénoncer les exécutions sommaires menées au nom de la protection de la nature. Les exécutions extrajudiciaires ne devraient avoir aucune place dans les actions menées pour protéger les tigres. Pourquoi les grandes organisations de protection de la nature ne sont-elles pas celles qui condamnent fermement ce type de violences? Au lieu de cela, elles soutiennent des politiques de conservation de la faune qui portent préjudice aux peuples indigènes et ne font que faciliter la tâche des criminels qui gèrent les réseaux internationaux de braconnage. Prendre les peuples indigènes pour cible détourne l’attention de la lutte contre les véritables braconniers. Cela dessert aussi les efforts mis en œuvre pour protéger la nature’.

    Lire en ligne: http://www.survivalfrance.org/actu/11212 (17/04/2016)


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    La communauté autochtone Anagocag Mahigan estime que la décision historique du 14 avril vient remplir un désert juridique en ce qui concerne les Métis et les Indiens non-inscrits, ou qui vivent hors d'une réserve.

    Rappelons qu'un jugement de la Cour suprême du Canada a décidé que les Métis et Indiens non-inscrits sont bel et bien des Indiens au sens de la loi puisqu'ils sont des peuples autochtones.

    En vertu de ce jugement, ceux-ci peuvent se tourner vers le gouvernement fédéral pour négocier les mêmes avantages que ces accordés aux Indiens qui vivent dans les réserves.

    «Depuis nombre d'années, les gouvernements fédéral et provinciaux se renvoient la balle et nient leur responsabilité envers ceux-ci, ce qui a donné pour ces Autochtones des conséquences défavorables importantes et évidentes. Ces derniers sont privés de programmes, de services et d'avantages non tangibles que tous les gouvernements reconnaissent comme étant nécessaires», explique la communauté Anagocag Mahigan dans un communiqué.

    Selon elle, la Cour suprême a voulu mettre fin au bras de fer que se livraient les deux paliers de gouvernement sur la question de la compétence législative.

    «Aucun ordre de gouvernement n'a reconnu sa responsabilité sur le plan constitutionnel. Ce jugement garantit à la fois la certitude et la responsabilité à cet égard, réglant ainsi un conflit de compétence de longue date», peut-on lire plus loin.

    La communauté Anagocag Mahigan rappelle que la décision met fin à l'affaire Harry Daniels, qui date de 1999. Aujourd'hui décédé, ce dirigeant métis souhaitait que sa communauté obtienne les mêmes droits et avantages que ceux accordés aux «Indiens».

    Il souhaitait également que la Cour confirme l'obligation de fiduciaire envers eux de la part du gouvernement fédéral, ainsi que le droit de négocier des accords avec ce dernier.

    Des conséquences importantes

    Toujours selon la communauté Anagocag Mahigan, le jugement aura des retombées importantes pour le gouvernement canadien, qui pourrait devoir élargir la portée des programmes et avantages offerts aux Indiens qui vivent dans des réserves, pour les appliquer aux 600 000 Autochtones vivant à l'extérieur de celles-ci.

    La négociation de ces avantages pourrait concerner l'accès aux soins de santé, à l'éducation et le droit de négocier des traités territoriaux.

    «C'est un moment historique, mais ça signifie surtout, pour les représentants autochtones de l'ensemble du pays, que le travail juridique se termine, alors que le travail politique commence», précise le grand chef de l'Alliance autochtone du Québec, Robert Bertrand.

    «Sur le terrain, nous voyons bien les torts subis par les Autochtones. Plusieurs étaient en crise d'identité, ayant le sentiment de n'appartenir à aucun groupe social. C'est le vide que cherche à combler notre communauté et nous pourrons maintenant le faire avec encore plus de conviction. Désormais, notre mission consiste à défendre avec vigueur les droits de nos membres, en toute légitimité», ajoute le chef de la communauté autochtone Anagocag Mahiga, Richard Lapointe.


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      José Riva, un ancien député de l'Etat du Mato Grosso au Brésil, a été surnommé 'l'homme le plus corrompu du pays'.

    © Local media

    José Riva, un ancien député de l’Etat du Mato Grosso, surnommé ‘l’homme politique le plus corrompu du Brésil’, convoite le territoire d’une tribu isolée d’Amazonie dont il nie l’existence.

    Actuellement en prison, il fait l’objet d’une enquête : plus de 100 chefs d’accusation ont été retenus contre lui. Il est notamment mis en examen pour fraude présumée, corruption, association de malfaiteurs ainsi que pour d’autres crimes.

    M. Riva possède une ferme d’élevage sur les terres de la tribu isolée des Kawahiva, l’un des peuples les plus vulnérables de la planète. À plusieurs reprises, il a nié l’existence de cette tribu en dépit des vidéos et des photographies qui prouvent le contraire. Il a également fait pression afin que leur territoire soit ouvert à l’élevage et aux plantations.

    Il est un éminent défenseur de PEC 215, un amendement visant à modifier la Constitution brésilienne. Si celui-ci était adopté, il remettrait en cause les droits durement acquis des Indiens du Brésil.

    À propos du territoire des Kawahiva, José Riva a affirmé : ‘Il n’y a pas d’Indiens là-bas… Les gens font courir la rumeur selon laquelle il y aurait des Indiens isolés dans la région de Rio Pardo… J’ai signalé cette fraude’.


      Des agents gouvernementaux brésiliens ont filmé les Kawahiva lors d'une rencontre fortuite avec eux dans le bassin amazonien en 2011, révélant au monde leur existence.

    © FUNAI

     

      Riva ainsi que d’autres hommes politiques influents s’opposent à la démarcation et à la protection du territoire kawahiva. Ils ont des intérêts privés dans la région et soutiennent l’élevage et les activités minières qui s’avèrent mortels pour la tribu.

    Survival International, exhorte le gouvernement brésilien à démarquer et à protéger le territoire des Kawahiva et à mettre fin au génocide dont ils sont victimes. Tous les peuples indigènes isolés encourent la catastrophe tant que leur territoire n’est pas protégé. Des populations entières sont anéanties par la violence de personnes étrangères à leurs communauté qui volent leurs terres et leurs ressources, et par des maladies telles que la grippe et la rougeole contre lesquelles ils n’ont aucune immunité.

    Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré : ‘Durant des décennies, des éleveurs et des hommes politiques influents et corrompus ont nié l’existence des tribus isolées au nom du profit. Il leur est égal que leur cupidité anéantisse des peuples entiers. Plus le Brésil autorisera des personnes telles que Riva à piller le territoire et les ressources des Kawahiva, plus la tribu aura de risques d’être anéantie à tout jamais. Le Brésil peut aisément empêcher que cela ne se passe ainsi : tout simplement en protégeant leur territoire’.

    Lire en ligne: http://www.survivalfrance.org/actu/11147 Survival International (France)
    18 rue Ernest et Henri Rousselle
    75013 Paris     France

     
    © Survival International  |  Reconnue d'utilité publique

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  • Des Indiens vénézuéliens attaqués par des mineurs

     
    Un Indien hoti. Au Venezuela, de nombreuses tribus ont souffert des conséquences de l’exploitation minière sur leurs terres.

    © Jacques Jangoux/Survival

    Les Indiens yabarana d’Amazonie vénézuélienne ont été attaqués fin janvier par des mineurs armés alors qu’ils travaillaient de manière illégale sur le territoire de la communauté.

    Benjamin Perez, un leader yabarana à la tête de l’organisation indigène yabarana OIYAPAM, a été sévèrement battu et sa maison a été incendiée. Ayant reçu des menaces de mort, il est désormais en fuite.

    La Coalition des organisations indigènes de l’Etat d’Amazonas (la COIAM) a déclaré dans un communiqué que l’exploitation minière illégale avait ‘contaminé les rivières, par l’utilisation de mercure et d’autres substances toxiques’ et avait eu des effets dévastateurs sur les peuples indigènes, tels que ‘(…) la traite d’êtres humains, la présence de groupes armés engendrant des actes de violence et le trafic de pétrole et de substances illicites’.

    Ces dernières années, l’exploitation illégale de l’or, de diamants et d’autres minéraux – parfois organisée par des groupes armés qui revendiquent appartenir à la guérilla colombienne des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) – s’est propagée dans toute l’Amazonie vénézuélienne, affectant des groupes indiens tels que les Yanomami, les Hoti, les Panare, les Yekuana ou encore les Piaroa. Les mineurs les menacent constamment et contaminent les cours d’eau et le poisson dont ils dépendent pour leur survie.

    40 organisations vénézuéliennes ont publié une déclaration pour soutenir les communautés indigènes affectées. Elles appellent le gouvernement vénézuélien à mettre en place les mesures nécessaires pour mettre fin aux invasions illégales des territoires indigènes par des mineurs et des exploitants forestiers. Elles exhortent également l’Assemblée Nationale du pays à adopter une loi qui permettra d’accélérer la reconnaissance des territoires indigènes au Venezuela.

    Lire en ligne: http://www.survivalfrance.org/actu/11138 

       Survival International refuse toute subvention gouvernementale afin de ne pas être réduite au silence par ceux qui violent les droits des peuples indigènes. C'est pourquoi nous dépendons de vous pour financer nos actions urgentes. Le prélèvement régulier nous permet de planifier en toute sécurité nos campagnes pour aider les peuples indigènes à défendre leurs vies, protéger leurs terres et déterminer leur propre avenir.

       N'oubliez pas d'ajouter info@survivalfrance.org à vos contacts pour recevoir nos mail

    Survival International (France)
    18 rue Ernest et Henri Rousselle
    75013 Paris         France


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  • Les Doukha sont des chasseurs et non des braconniers, pourtant ils sont poursuivis en justice quand ils chassent sur leur territoire ancestral.

     

      Mongolie : des éleveurs de rennes interdits de chasse au nom de la conservation© Selcen Kucukustel/Magma magazine

    Dans le nord de la Mongolie les Doukha, des éleveurs de rennes nomades, peinent à nourrir leurs familles depuis que la chasse a été interdite au nom de la conservation de la nature. Leur territoire a été transformé en zone protégée en 2013 et s’ils sont pris en train de chasser on leur inflige des amendes qu’ils n’ont pas les moyens de payer ou bien ils risquent une longue peine de prison. Ils sont également soumis à des restrictions sur leurs espaces migratoires et doivent à présent demander une autorisation pour se rendre dans des campements éloignés.

       Les Doukha, aussi connus sous le nom de Tsaatan, sont environ 500. Si nombre d’entre eux ont été sédentarisés, environ 200 sont toujours des chasseurs-cueilleurs nomades. Ils migrent avec leurs rennes et vivent dans la taïga, sous des tentes qu’ils appellent alaci. Ils utilisent le renne pour se déplacer et pour le lait, ne tuant leurs animaux que lorsqu’ils vieillissent ou en période de disette. La chasse d’animaux sauvages tels que le cerf, le sanglier et l’élan et la cueillette de pommes de terre sauvages et de baies constituent la base de leur alimentation.

    Les Doukha chassent de manière raisonnée depuis des générations, respectant de strictes règles de chasse qui imposent le nombre d’animaux qu’ils peuvent tuer et quand et où ils peuvent chasser. Ces règles empêchent la surchasse, les encourageant à ne prélever que ce dont ils ont besoin. La chasse ne représente pas seulement une source de nourriture mais fait partie intégrante de leur mode de vie.

      Mongolie : des éleveurs de rennes interdits de chasse au nom de la conservation
       Les Doukha se déplacent à dos de rennes dont ils boivent le lait. Ils dépendent de la chasse et de la cueillette pour se nourrir.

       © Selcen Kucukustel/Magma magazine

       Les Doukha pratiquent des rites chamaniques afin d’exprimer leur reconnaissance et demander pardon à l’esprit de l’animal après une chasse fructueuse. Un aîné doukha explique : ‘Nous disons : ‘Terre-Mère nous te remercions infiniment de nous avoir offert ces animaux. Je souhaite que tous ces animaux te reviennent encore plus nombreux!’ Nous faisons aussi offrande d’un morceau de cette viande au feu, à la nature et aux esprits, avant de la manger’.

       Les Doukha ont du mal à comprendre pourquoi des étrangers leur imposent ces restrictions au nom de la conservation, alors qu’ils font déjà attention à la manière dont ils chassent et protègent leurs terres. Dans le monde entier, de nombreuses preuves démontrent que les peuples indigènes prennent, mieux que quiconque, soin de leur environnement. Ils sont les gardiens du monde naturel.

       Un aîné doukha affirme : ‘C’est chez nous ici. Nous vivons ici depuis des générations. Nous prenons soin de nos terres et les protégeons. Comment des étrangers peuvent-ils venir ici et nous dire de les protéger en nous imposant des amendes et des règlementations, alors que c’est ce que nous faisons depuis des siècles?’

    Lire en ligne: http://www.survivalfrance.org/actu/11075


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  • La femme feuille (Charles HERVE-GRUYER)

    2007     299    20,20 €

        Pour assister à certains rites de passage, une étudiante en ethnologie convainc un jeune Indien de la conduire dans son village natal. Ils vont s'enfoncer dans la forêt amazonienne et rencontrer, aux confins de la Guyane, du Surinam et du Brésil, les Malyaliana, les «hommes feuilles», une tribu vivant encore comme aux premiers jours du monde. Initiée par un chaman aux langages secrets de la nature, la jeune femme adopte peu à peu leur mode de vie, leur vision du monde, leur perception du temps, ce précieux équilibre où la nature est reine, mais à la merci des prédateurs humains.

       Charles Hervé-Gruyer a effectué de nombreuses expéditions en Amazonie. Dans ce roman d'aventures tout à la fois initiatique et ethnologique, il révèle sa profonde connaissance des Indiens, de leur culture en voie de disparition, tout en témoignant de son engagement pour préserver la nature et la diversité de la planète. 

    Extrait

    26 janvier
    Je viens d'aller te voir dans ton sommeil. Tu es si belle quand tu dors, Kulilu. Ton visage est rond comme la lune, tes traits sereins. J'ai effleuré tes cheveux noirs étalés sur l'oreiller, caressé ta peau mate et posé tout doucement un baiser sur ton front. Tes longs cils ont frémi. Tu rêves, mon enfant de la forêt ?
    Cet après-midi, quand je suis allée te chercher à l'école, tu n'as pas couru vers moi avec ton entrain habituel. Tu as regardé Cédric, ton petit copain. Ses deux parents étaient là pour l'accueillir. Son père l'a soulevé de terre pour l'embrasser, puis le garçonnet a pris les mains de ses parents et ils se sont éloignés. Ils partaient pour le week-end, tous les trois.
    Tu les regardais. Je t'ai prise dans mes bras.
    - Il est où, mon papa ?
    -Ton papa ? Eh bien... je ne sais pas. Tu veux ton goûter ?
    Tu as fait non de la tête.
    - Pourquoi je n'ai pas des cheveux blonds et des yeux comme toi ? Mes copines, elles disent que je suis pas ta fille. Cédric dit que tu m'as adoptée !
    - Adoptée ?
    Kulilu, à trois ans tu me poses déjà de telles questions ? Je t'ai déposée par terre et me suis accroupie devant toi. J'ai pris ton visage dans mes mains. Des larmes perlaient dans tes yeux en amande.
    - Kulilu, je suis ta maman, ta vraie maman. Tu es sortie de mon ventre. Simplement, tu ressembles à ton papa.
    - Il est comment, mon papa ?
    - Il est... C'est difficile de te le décrire. Il est très beau.
    - Pourquoi il n'est pas avec nous ?
    - Parce qu'il vit très loin d'ici...
    - On pourrait aller le voir ?
    - C'est impossible. Il vit dans un pays où on ne peut pas le rejoindre. Les portes se sont refermées derrière nous. Je te raconterai, un jour, je te le promets.
    Tu n'as rien dit, tu continuais à me fixer de tes prunelles de jais, si grandes qu'elles remplissent presque entièrement tes yeux bridés. Je savais ce que tu pensais. Ta question, je la sentais venir depuis des semaines. Depuis que tu vas à l'école, précisément. Que tu vois les autres enfants avec une maman et un papa. Je t'ai serrée fort dans mes bras.
    Il est où, ton père, Kulilu ? J'en crève de ne pas le savoir !

       Peux-tu comprendre ? J'ai peur de ne pas trouver les mots pour te parler de lui. Comment t'expliquer d'où tu viens, toi qui as pour seul horizon les deux pièces où nous vivons, les rues étroites du Ve arrondissement de Paris, l'école maternelle de la rue Mouffetard ? Comment te parler de la forêt, à toi qui ne connais des arbres que les marronniers du Jardin des Plantes ?
       Laisse-moi un peu de temps, Kulilu. Je ne suis pas prête.
       J'ai besoin d'écrire. Cela m'aidera à trouver les mots simples qu'une enfant peut comprendre.
       Après t'avoir couchée, je suis allée dans la salle de bain et je me suis déshabillée. Juchée sur le lavabo, Lili, notre petit singe, me regardait de ses yeux noisette. J'ai ouvert en frissonnant la boîte en vannerie d'aruma que m'avait fabriquée ton père. Les brins clairs et foncés de la vannerie dessinent des motifs : un aigle chasseur de chauve-souris et des chenilles à deux têtes. J'ai étalé sur le carrelage tout ce que j'avais rapporté de là-bas. Une flûte en os de cariacou, des colliers en graines rouges et noires et d'autres en dents de singes. Des bracelets de graines également. Un petit bol de terre cuite portant des gravures d'animaux : une grenouille, un tapir, un jaguar... Une curieuse boîte faite dans la gorge d'un singe hurleur, qui contient des plumes de toucan pour les parures. Un couteau taillé dans un éclat de bambou. Une hache en pierre que j'avais polie moi-même, j'en étais si fière !
       J'ai enfilé les colliers, attaché les bracelets autour de mes poignets. Lili était attentive. Notre cabinet de toilette est si petit que j'ai dû monter dans la douche pour pouvoir me regarder en entier dans le miroir. Tu te souviens, Lili ? Ces parures de plumes et de graines ont été mon seul vêtement pendant si longtemps !
    Les poils blonds de mon pubis faisaient beaucoup rire les femmes indiennes. Elles sont presque glabres, elles. Leur sexe ressemble à celui des petites filles.

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  •   Pour le respect de l’Accord de paix de 1997 au Bangladesh !

      

    Signez en faveur des Jummas

    Agissez en faveur des Jummas du Bangladesh et aidez-nous à mettre en application l’Accord de paix!

    Appelons ensemble le Premier Ministre Mme Sheikh Hasina à mettre un terme aux violations dans les Chittagong Hill Tracts. Signez la pétition pour éclairer la situation des Jummas du Bangladesh et faire pression sur le gouvernement.

       Pour signer la pétition allez sur:

    http://peaceforjummas.wesign.it/fr

     

    Les Jummas, peuples autochtones du Bangladesh

        Les Jummas, nom collectif donné aux onze peuples autochtones de la région des Chittagong Hill Tracts (CHT) au sud-est du Bangladesh sont ethniquement, culturellement et linguistiquement distincts du reste de la population du pays. Représentant près de 1 million de personnes, ils vivent sur leurs terres ancestrales dans les CHT.

        Entre 1979 et 1984, le gouvernement, considérant le territoire jumma comme une terre vierge, a installé entre 350.000 et 450.000 Bengalis sans terre dans la région. La population bengalie a augmenté de 150% entre 1979 et 1991. La colonisation s’est accompagnée d’expulsions, d’incendies criminels et de violences à l’encontre des peuples autochtones. Les agressions sexuelles sur les femmes et filles jummas ont notamment été un moyen pour terroriser les communautés et les obliger à quitter leurs maisons. Privées de leurs moyens de subsistance, les communautés n’ont toujours pas reçu de compensation pour la perte de leurs terres.

    Conflit et Accord de paix de 1997

       La résistance des Jummas à la colonisation a mené à une guerre contre l’armée bangladaise (années 1970-1997) qui a fait plus de 10.000 victimes. L’Accord de paix, signé en 1997 par le Premier Ministre actuel, Madame Sheikh Hasina, prévoyait :

    1. le démantèlement des camps militaires non permanents dans les Chittagong Hill Tracts et la fin de la militarisation excessive de la région ;

    2. la restitution des terres confisquées aux Jummas par l’armée et les colons et l’arrêt immédiat du processus de colonisation ;

    3. une délégation de pouvoir aux institutions locales afin que les populations jummas puissent jouir d’une plus grande autonomie politique.

    Un accord de paix non respecté

    Malheureusement, cet accord n’est pas respecté.

    Minoritaires, les Jummas subissent toujours des violations de leurs droits et ont difficilement accès à la justice pour les faire respecter. Le rapporteur spécial de l'Instance permanente sur les questions autochtones des Nations-Unies, Lars-Anders Baer, a affirmé que les populations jummas étaient victimes "d’arrestations arbitraires, de tortures, d’exécutions, de harcèlement […] et de violences sexuelles».

    Les Jummas souffrent particulièrement de violences dans le cadre d’une militarisation excessive de leur territoire. D’après un rapport des Nations-Unies, un tiers de l’armée bangladaise est positionnée dans les Chittagong Hill Tracts alors que la région ne représente qu’un dixième de la superficie du pays et 1% de sa population. En 2012, l’International Work Group for Indigenous Affairs (IWGIA) estimait qu’il y avait 1 soldat pour 40 civils dans les Chittagong Hill Tracts contre 1 soldat pour 1.750 civils dans le reste du pays.

    Les Jummas, qui continuent d’être spoliés de leurs terres, sont aujourd’hui majoritaires dans la région mais sont devenus minoritaires dans le district de Bandarban et dans toutes les municipalités urbaines. Privés de leurs territoires et de leurs ressources naturelles, leurs activités traditionnelles comme la récolte, le pâturage, l’élevage ou la cueillette s’en trouvent affectées.

    Publié le 21 septembre

    Venue en France cet été du seul député Jumma du Bangladesh

    Au Parlement du Bangladesh, il y a 300 députés. Un seul Jumma ! C’est Mr Ushatan Talukder.

    Début juillet dernier, il est passé à Paris, en route pour des réunions à Genève et Bruxelles. Il était accompagné de Mr Mangal Kumar Chakma, responsable politique d’un parti jumma (le PCJSS), et Mr Krishna Chakma, membre d'une association aux Etats Unis très active à l’ONU

    Ils ont été reçus dans des familles jummas d’Ile de France.

    Pendant ces quelques jours ils ont pu rencontrer France Libertés, le GITPA, et le député Noel Mamère ; ils ont exposé les problématiques présentes au pays et les combats menés.

    Noel Mamère, qui est membre du groupe d’amitié France Bangladesh au parlement, et qui connait bien la situation du Bangladesh et des Chittagong Hill Tracts, a accepté de parrainer la pétition.


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    Un festival à ne pas manquer

     

        De Paris à la Turballe (44), le Festival Ciné Alter'Natif est le premier festival de films et documentaires entièrement réalisés et/ou tournés par des Amérindiens. Cinquante films, une soirée spéciale climat et de nombreux invités sont au programme. Survival sera présent samedi 3 octobre à partir de 20 heures lors d'une soirée festive et solidaire au cinéma la Clef à Paris.

      Depuis une trentaine d'années, les Amérindiens de tout le continent américain se réapproprient leur image en réalisant et en produisant leurs propres films. Ils peuvent enfin parler en leur nom et montrer à quel point leur expression artistique est originale et spécifique. Faute de distributeurs, très peu de films autochtones sont visibles en France. Or les membres de l'association De La Plume à l’Écran sont convaincus qu'une plus large diffusion des productions artistiques amérindiennes contribuerait à une meilleure compréhension des cultures amérindiennes contemporaines.

       Depuis 2009, le Festival Ciné Alter'Natif (FCAN), événement unique en Europe, est entièrement dédié à la diffusion de films réalisés/produits par des Amérindiens. Le but est de sensibiliser le public à la richesse des créations cinématographiques et audiovisuelles amérindiennes.

       En présence d'invités amérindiens, l'équipe entièrement bénévole du Festival Ciné Alter'Natif offre une tribune à cet autre cinéma et permet d'en faire découvrir l’extrême variété (courts et longs-métrages, fictions ou documentaires) ainsi que toute la richesse artistique et narrative, drôle et percutante. Au cours des années, nous avons su développer des contacts solides avec de nombreuses sociétés de productions amérindiennes et nous assistons régulièrement à divers festivals internationaux.

       C'est grâce à cet important travail de repérage et de veille constante que nous pouvons, cette année, vous offrir un florilège des récentes créations amérindiennes et ainsi vous faire partager notre passion pour le cinéma autochtone. Plus que jamais dans l'histoire du Festival Ciné Alter'Natif, cette 6e édition vous réserve de véritables pépites artistiques.

       A quelques rares exceptions près, les 50 films programmés cette année sont inédits en France et ils ont été en grande partie soustitrésen français pour l'occasion !

      // LA PROGRAMMATION EN UN CLIN D’ŒIL

      // Vendredi 2 octobre :

      – 9h30 : Séance Scolaire, sur inscription

      – 18h00 : Échos de la Terre, Spécial Climat

      – 20h30 : Double-Esprits

      Samedi 3 octobre :

      – 16h00 : Dessine-moi une histoire, Spécial Cinéma d’Animation

      – 18h00 : Femmes !

      – 20h00 : Soirée Festive et Solidaire

      – 21h00 : Corps et Graphie

      Dimanche 4 octobre :

      – 16h00 : Parcours de Vie

      – 18h30 : (anti)-héros de nos imaginaires

      Tarifs : Plein Tarif : 6,50€   Tarif Réduit : 5€

      Pass 7 séances : 35€   Séances scolaires : 2,50€

      Tarifs Carte UGC et Gaumont Non acceptées


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  • Une victoire pour les Mashco-Piro - grâce à vous!

    Les autorités péruviennes nous ont enfin écouté et ont répondu à notre appel urgent. Nous leur avions demandé d’empêcher que des missionnaires et des touristes n’entrent en contact avec la tribu isolée des Mashco-Piro en Amazonie.

    Nous leur avions envoyé une vidéo dans laquelle on pouvait voir des missionnaires approcher des membres de la tribu et leur distribuer des vêtements et de la nourriture, sans tenir compte du fait que ces Indiens isolés n'ont aucune immunité face aux maladies introduites par les étrangers. Un missionnaire (voir photo ci-dessus) a mis en danger la vie d’un enfant en prenant un ‘selfie’ avec lui.

    La situation avait atteint un point de non-retour. Grâce à la pression exercée par les milliers de courriels que vous avez envoyés, le gouvernement a finalement ouvert une enquête et mis en place un poste de surveillance permanent pour empêcher que des étrangers n’entrent en contact avec la tribu.

    Depuis les années 1990, nous faisons tout notre possible pour protéger le territoire des Mashco-Piro. La pression internationale que nous avions alors exercée avait conduit le géant pétrolier américain Mobil à se retirer du territoire de la tribu. Lutter contre les dangers que représente le contact constitue un nouveau challenge pour notre campagne.

    Cette victoire est la deuxième récemment remportée par les Indiens péruviens. Au début du mois, les Indiens Ashéninka ont obtenu un titre de propriété sur leurs terres ancestrales, un an exactement après le meurtre de quatre de leurs leaders.

    Merci de continuer à réagir à nos actions urgentes. Vos mails, vos lettres et vos dons permettent de changer les choses! Ce n’est que grâce à votre soutien que nous pourrons arrêter l’anéantissement des peuples indigènes.


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  • Actualités   CYBERACTION URGENTE - CLAMONS PAR MILLIERS

      "I AM (je suis) GUARANI KAIOWÁ"

     POUR ENDIGUER LE GÉNOCIDE DE CE PEUPLE AU BRÉSIL

      1) au choix, écrivez #‎IamGuaraniKaiowa avec un marqueur noir sur une feuille A4 ou téléchargez ce visuel à imprimer ou à afficher sur votre écran (tablette, ordinateur, etc...) ;

      2) faites une photo avec votre support #IamGuaraniKaiowa et postez-la vous-même depuis le formulaire de notre page dédiée à : http://raoni.com/alerte/kaiowa.php.

      Avec le soutien de personnalités (Paul Watson, Pierce Brosnan, Pierre Richard…), Planète Amazone relaye une cyberaction internationale d’urgence et appelle les internautes du monde entier à se mobiliser par milliers pour sauver le peuple Guarani-Kaiowá en se mettant en scène avec le hashtag #IamGuaraniKaiowa.

       Postés sur une page dédiée, les photos seront transmises à la Présidente du Brésil, afin de l’exhorter à signer prestement le décret d’homologation de 22 terres indigènes Guarani-Kaiowá, comme l’y oblige la Constitution de 1988, pour mettre fin aux conflits fonciers motivant l’annihilation de ce peuple de 45 000 âmes par les grands propriétaires terriens. Madame Rousseff bloque volontairement le processus de reconnaissance de ces terres indigènes depuis plusieurs années, sous la pression des puissants géants de l'agro-industrie. Actuellement, ce peuple fier, qui vivait en harmonie avec la nature, en est réduit à survivre misérablement dans des campements de fortunes recouverts de bâches plastiques, à la merci de fréquentes attaques d'hommes de mains armés à la solde des producteurs d'éthanol.

      Vos photos seront transmises à Dilma Rousseff, présidente du Brésil, avec une demande écrite émanant du peuple Guarani-Kaiowá exigeant la démarcation immédiate de leurs terres envahies, tel que stupulé dans l'article 231 de la Constitution de 1988.

      Ils ont déjà participé:

       Paul Watson & Yana Watson :

      " Yana et moi voudrions vous demander à tous, s'il vous plaît, de vous prononcer contre le génocide du peuple indigène Guarani-Kaiowá, au Brésil. Ils sont tués, violés et leurs enfants sont kidnappés. Il n'y a pas de justice pour eux de la part du gouvernement. Tout simplement parce que les riches propriétaires veulent leur terre, qu'ils prennent sans crier gare, détruisant leur forêt pour faire des plantations de canne à sucre et de soja! Tout ce que les Guarani-Kaiowá demandent c'est qu'on les laisse tranquille sur leur propre terre, afin qu'ils puissent continuer leur vie traditionnelle. Si nous ne prenons pas des mesures dès maintenant, le peuple Guarani-Kaiowá aura disparu dans moins de dix ans. Diffusez des informations, partagez, faire la même chose que je fais, si nous prenons tous des mesures pour les aider, nous allons sauver des vies, et la vie de la forêt du Brésil! "

    Stop au génocide des Indiens du Brésil   Pierre Richard et son épouse Ceyla :

      « L’horreur est à son comble ! Voilà qu’on tue encore au XXIème siècle les Indiens du Brésil, comme aux temps de la conquête. Les grands propriétaires terriens, sous le regard indifférent des autorités – quand elles ne sont pas complices –, les massacrent pour s’accaparer leurs terres au nom du Dieu Ethanol. Circulez les « sauvages », y a rien à voir ! Et si vous n’êtes pas contents une balle dans la tête ! Femmes, enfants, sans distinction. Où est la conscience morale dans tout ça ! L’humanité est bien malade l’argent finira par l’étouffer définitivement ! »

       Date de l'article : 27/07/2015   raoni.com


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  •    Valdelice Veron, porte-parole des Guarani-Kaiowá : "Pour chaque plein d’éthanol, il y a du sang Guarani qui coule"

      Les peuples autochtones ne veulent pas être les oubliés de la conférence climatique de Paris (COP 21). Invitée au Sommet des consciences, qui s’est tenu le 21 juillet dans la capitale française, Valdelice Veron, 37 ans, est la porte-parole emblématique du peuple Guarani-Kaiowá, de l’État du Mato Grosso do Sul, au Brésil. Menacée de mort, elle a quitté sa terre natale pour la première fois de sa vie afin de lancer un appel au secours. Elle dénonce l’écocide en cours au nom de la production d’éthanol, pétrole vert du Brésil, qui en est le premier exportateur mondial. En dix ans, 300 indigènes ont été tués en raison des conflits autour des terres. Témoignage:

       Valdelice Veron avec un autre représentant de la communauté Guarani de passage à Paris le 22 juillet 2015.    Gert Peter Bruch / Planète Amazone 

      Novethic:: Quel message êtes-vous venue porter ?

    Valdelice Veron : Je suis d’abord venue porter un message de paix pour le respect de la nature. Mais je suis aussi venue appeler au secours, car mon peuple est en train d’être massacré. En dix ans, 300 chefs Guarani ont été tués [parmi lesquels son père, assassiné en 2003, NDLR].

    Les grands propriétaires terriens - les ruralistas - producteurs d’éthanol et de soja, envoient des milices privées pour nous attaquer sur nos terres indigènes. Nous subissons régulièrement des assassinats, des viols, des kidnappings. Ils nous torturent, nous humilient, pillent nos forêts, brûlent nos maisons, empoisonnent nos fleuves. Nos enfants meurent de malnutrition.

    Aujourd’hui, les 45 000 Guarani-Kaiowá du Mato Grosso do Sul vivent comme des réfugiés, dans des camps au bord de la route ou dans des réserves. Nous sommes considérés comme des étrangers sur nos propres terres ! Et tout cela avec la connivence du gouvernement.

    Novethic : La Constitution brésilienne reconnaît depuis 1988 les droits des peuples autochtones, et a ordonné la démarcation des territoires indigènes dans une période de cinq ans. Où en est ce travail d’identification ?

    Valdelice Veron : Nous revendiquons au total 39 territoires. 22 d’entre eux ont passé les deux premières étapes sur trois. La première est l’identification anthropologique des territoires, pendant laquelle nous devons prouver qu’ils nous appartiennent.

    La deuxième phase est l’homologation par le tribunal suprême fédéral, qui publie un décret officiel. Et la troisième est la validation par le président de la République. Et c’est là que ça bloque. Les documents sont sur le bureau de Dilma Rousseff mais n’ont toujours pas été signés. Cette attente est en train de nous tuer !

    Au Brésil, les élus sont souvent des agriculteurs [Katia Abreu, actuelle ministre de l'agriculture, est l'ex-présidente de la confédération nationale de l'agriculture. Une organisation qui défend avec ferveur l’agrobusiness, NDLR]. Ils sont très puissants. Actuellement, ils essayent de faire voter des amendements à la Constitution pour réduire nos droits et accaparer nos terres. Nous sommes las de cette situation. Las de voir qu’une canne à sucre vaut plus que la vie d’un Guarani.

    Novethic : Comment pouvez-vous peser sur les négociations climatiques qui se tiendront à la fin de l’année à Paris ?

    Valdelice Veron : Je suis heureuse de voir qu’il y tant de personnes préoccupées par le climat et la protection de l’environnement mais peu parlent des indigènes. Or, on ne peut pas s’intéresser à la nature sans évoquer les indigènes. Nous vivons dans et avec la nature, nous sommes les gardiens de la forêt.

    Pour le peuple Guarani-Kaiowá, la terre est l’essence de la vie. Les peuples autochtones symbolisent un mode de développement soutenable et durable, contrairement à la folle croissance dans laquelle s’est lancé le Brésil.

    Pendant la COP 21, une Alliance des gardiens de la mère nature sera lancée officiellement. Elle va au-delà des peuples autochtones, puisqu’elle réunira les gardiens de la forêt du monde entier. L’Alliance se battra afin qu’il y ait des lois internationales réellement contraignantes, pour faire respecter les droits des peuples autochtones affectés.

    Nous devons faire savoir ce que nous vivons pour que ce génocide cesse, car sinon les Guarani-Kaiowá n’existeront plus que sur photos. Il faut que le monde entier sache que pour chaque plein d’éthanol, il y a du sang Guarani qui coule.

       Propos  recueillis par Concepcion Alvarez
    © 2015 Novethic - Tous droits réservés


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  • ALERTE ROUGE : le peuple Guarani-Kaiowá à nouveau victime de terrorisme génocidaire

    ALERTE ROUGE : le peuple Guarani-Kaiowá à nouveau victime de terrorisme génocidaire

    Peuple Guarani-Kaiowa, Brésil - un village de la communauté Tekohá Kurusu Ambá a été saccagé et incendié le 24 juin 2015, plusieurs enfants ayant péri dans les flammes.

    C'est avec effroi que nous publions le dernier communiqué de l'assemblée Aty Guasu du peuple Guarani-Kaiowá, soumis à la barbarie régulière des dirigeants des exploitations liées à l'agro-industrie, dans l'Etat du Mato Grosso du Sud, au Brésil. Malgré diverses alertes internationales lancées au cours des dernières années, cette barbarie ne connaît toujours aucune limite. Elle vient de franchir un nouveau cap, qui motive aujourd'hui le lancement d'une alerte rouge.

    La représentante indigène Valdelice Veron, qui doit se déplacer pour la première fois en France prochainement et dont la tête est mise à prix par des propriétaires de champs de canne à sucre, nous a décrit au téléphone une situation apocalyptique.

    Tout a commencé le 22 juin par une simple partie de chasse initiée par une communauté Guarani-Kaiowá afin de pouvoir nourrir les membres du "village" (désormais un campement de fortune digne des pires camps de réfugiés du globe). Cette communauté, hommes, femmes et enfants, s'est réinstallée depuis peu sur sa terre traditionnelle, accaparée par la fazenda (ferme) Madama. Les indigènes sont tombés dans un piège et la partie de chasse s'est changée en film d'horreur : le village a été brûlé, au moins un enfant serait mort carbonisé et plusieurs autres manquent à l'appel. Le peuple Guarani-Kaiowá a décidé après une assemblée extraordinaire de riposter si les enfants ou leurs corps ne leur sont pas rendus immédiatement. Face aux fermiers armés et à leurs hommes de mains ils risquent de se faire massacrer. Valdelice Veron nous a appris que la police fédérale, complices des fermiers, avait bloqué la route principale pour que les Guarani-Kaiowá ne puissent aller chercher du renfort, allant jusqu'à se lancer dans une bataille rangée avec le force nationale venue à la rescousse des Guarani-Kaiowá

    Au regard de cette situation critique, qui aggrave la crise humanitaire permanente endurée par le peuple Guarani-Kaiowá, nous appelons chacun de vous, par devoir d'humanité, à lire et à diffuser le communiqué de l'assemblée extraordinaire Aty Guasu du peuple Guarani-Kaiowá. Il s'agit d'un état d'urgence absolue. Merci pour votre soutien.

    - Planète Amazone -

    Avis de deuil de l'assemblée Aty Guasu du peuple Guarani Kaiowá

    "C’est avec une profonde tristesse et des regrets que nous informons, une fois de plus, les sociétés nationales et internationales des meurtres de trois enfants Guarani-Kaiowá par des grands propriétaires fonciers. Dans le Mato Grosso do Sul, un nouveau-né et trois enfants ont été brûlés et leurs cadavres cachés par ces propriétaires fonciers. Nous, Guarani et Kaiowá, nous les pleurons et sommes en deuil. Le 24 Juin 2015, les propriétaires fonciers ont mis le feu à un bébé et à trois enfants indiens. Ils ont déjà assassiné des dizaines d’indiens Guarani et Kaiowá. Depuis 2000, les propriétaires fonciers assassinent et cachent les cadavres des indigènes.

    Le 5 Décembre 2007, une femme pieuse de 70 ans, Xurite Lopes, grand-mère de la petite qui a été brûlée, fut assassinée à bout portant au Tekoha Kurusu Amba par les propriétaires fonciers de la fazenda Madama. Ces mêmes propriétaires qui avaient déjà, en 2007, assassiné la grand-mère s’en prennent cette fois-ci, en juin 2015, aux petites-filles de Xurite Lopes. Les tueurs ne sont jamais jugés par les tribunaux au Brésil.

    Il faut que la société comprenne que ces trente dernières années, il est devenu banal que les propriétaires fonciers se réunissent avec des hommes politiques, des policiers locaux et des tueurs à gage avant d’attaquer et d’assassiner des indigènes. Ils planifient ensemble le massacre et les attaques génocidaires. Ils agissent tous ensemble : les tueurs, les propriétaires fonciers, des hommes politiques, certains agents de la police de l’Etat [du Mato Grosso do Sul] et des journalistes à la solde des propriétaires. Ainsi, tout est organisé pour perpétrer des attaques terroristes contre les Indiens.

    Puisque ces groupes organisés d'extermination des peuples indigènes n'ont jamais été puni par la justice brésilienne, puisqu’ils se considèrent exempts de châtiment par la justice au Brésil, ils se sont permis, le 24 Juin, de filmer et de montrer publiquement les agissements dans les médias et à la Télévision Globo locale à la solde des propriétaires. Voir ici: http://g1.globo.com/.../indigenas-e-fazendeiros-entr.../4277193/. Ils ont montré comment ces propriétaires assassins ont agi et agissent pour attaquer et tuer des indiens Guarani et Kaiowá.

    Les propriétaires fonciers et leurs tueurs utilisent des tactiques militaires de l’armée. Ils montrent dans les médias comment un groupe de policiers reste immobile pendant que les tueurs attaquent les indiens et brûlent des enfants vivants devant la caméra des journalistes de la TV Globo qui continuent à filmer. On pourrait croire qu’il s’agit d’un film fictif de farwest, mais tout ceci est bien réel : ils étaient en train d’attaquer, de massacrer des d’enfants, des femmes et des personnes âgées Guarani et Kaiowa. Ces propriétaires fonciers et leurs tueurs violents ont toujours agi ainsi, ils continuent à agir ainsi. Aujourd'hui, les propriétaires fonciers eux-mêmes montrent à toute la société comment ils attaquaient, et comment ils attaquent encore les indigènes du Mato Grosso do Sul. Une partie des actions de ces propriétaires fonciers, de leurs attaques terroristes, a été filmée et montrée à la TV GLOBO MS, où l’on voit les actions et les tactiques pour attaquer les indiens.

    Depuis 2000, ces propriétaires attaquent toujours de la même manière qu’hier, 24/06/2014. Ils viennent en camionnettes et écrasent les indiens. Lourdement armés, ils tirent sur les Indiens, brûlent tout et assassinent sans pitié. C’est dans cette situation que résistent et survivent dans le Mato Grosso do Sul les indiens Guarani, Kaiowá et Terena. C’est que la justice du Brésil et le gouvernement fédéral ne punissent pas, n’enquêtent pas contre ces groupes de terroristes et de criminels, qui agissent toujours avec des actions génocidaires et violentes contre les vies des indiens dans le Mato Grosso do Sul.

    De même, le 29 Octobre 2009, au Tekoha Ypo’i, 60 enfants, 20 personnes âgées, 40 adultes ont été blessés par balles et massacrés par les propriétaires fonciers. Les deux enseignants, Genivaldo Vera et Rolindo Vera ont été tués et leurs cadavres cachés par les propriétaires. De façon similaire, avec les mêmes techniques, le cacique Nisio Gomes fut assassiné, le 18 Novembre 2011, par les mêmes propriétaires et son cadavre caché. Hier, 24/06/2015, les propriétaires et leurs tueurs à gage jamais condamnés par la justice brésilienne, ont filmé leurs actions criminelles et les ont exposées dans les médias. Alors même que le journaliste de la GLOBO filmait, protégé par des policiers de l’Etat [du Mato Grosso do Sul] des enfants indigènes étaient en train d’être brûlés par les propriétaires. Aussi, ces mêmes propriétaires et leurs groupes ont tué les Guarani-Kaiowá Samuel Martins, Marco Veron, Dorival Benites, Dorvalino Rocha, Rolindo Vera, Genivaldo Vera, Xurite Lopes, Nisio Gome ... trois enfants suivent désormais cette liste.

    Aty Guasu demande avec insistance une vraie justice. Aty Guasu continue sa lutte contre le génocide financé par les propriétaires et les politiciens anti-indigènes.

    Nous avons joint quelques photos pour que chacun puisse voir, revoir et comprendre les actions des propriétaires fonciers contre les peuples indigènes dans le Mato Grosso do Sul.

    Tekoha Guasu Guarani et Kaiowá

    Le 24 Juin 2015

    Les grands chefs du peuple Guarani et Kaiowa.

    xurite lopes - rezadeira morta

    Rezadeira Xurite Lopes, 73 ans, morte près de la fazenda Kurussu Amba - photo CEAI/OABMS

    criancas demarcacao guarani kaiowa

    Date de l'article : 26/06/2015


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  •   Luther Standing Bear (Ours Debout) était un chef Sioux Oglala Lakota qui, parmi quelques rares autres tels que Charles Eastman, Élan Noir, et Gertrude Bonnin à avoir occupé le clivage entre le mode de vie des autochtones des Grandes plaines avant et pendant l’arrivée et la propagation ultérieure des pionniers européens. Élevé dans les traditions de son peuple jusqu’à l’âge de onze ans, il a ensuite étudié à l’école de Carlisle en Pennsylvanie, où il a appris la langue et le mode de vie anglais. (Carlisle reste un lieu de controverse dans les milieux autochtones.)

       Ses racines indigènes le laissent dans la position unique d’intermédiaire entre les cultures. Bien que son mouvement à travers le monde de l’homme blanc n’était pas sans « succès », il a eu de nombreux rôles au cinéma à Hollywood, son héritage durable était la protection du mode de vie de son peuple.
    Au moment de sa mort, il avait publié quatre livres et était devenu le chef du mouvement progressiste visant à préserver le patrimoine et la souveraineté des Amérindiens, c’était une voix forte dans l’éducation de l’homme blanc sur le mode de vie des Amérindiens. Voici donc 10 citations du grand chef indien Sioux connu sous le nom de Ours Debout qui perturberont une grande partie de ce que vous pensez savoir sur la culture « moderne ».
     
      
       1) Les louanges, les flatteries, les manières exagérées, et les belles paroles ne faisaient pas partie de la politesse Lakota. Les manières exagérées étaient considérées comme de la mauvaise foi, et ceux qui parlaient constamment étaient considérés comme impolis et irréfléchis. La conversation n’a jamais commencé tout de suite, ou précipitamment.
     
     
       2) On enseignait aux enfants que la vraie politesse devait être définie par des actions plutôt que des mots. Ils n’ont jamais été autorisés à passer entre le feu et la personne âgée ou un visiteur, à parler alors que d’autres parlaient, ou à se moquer d’une personne infirme ou défigurée. Si un enfant essayait de le faire sans réfléchir, un parent le remettait immédiatement dans le droit chemin avec une voix calme.
     
       3) Le silence était significatif pour le Lakota, et l’accord d’un moment de silence avant de parler était fait dans la pratique de la vraie politesse et tenait compte de la règle selon laquelle « la pensée vient avant la parole »… et au milieu de la douleur, la maladie, la mort ou le malheur de quelque nature que ce soit, le silence était la marque de respect… le strict respect de ce principe de bonne conduite a été la raison, sans doute, pour laquelle l’homme blanc l’a faussement qualifié de stoïque. On l’a jugé bête, stupide, indifférent et insensible.
     
     
       4) Les vastes plaines ouvertes, les belles collines qui ondulent et les ruisseaux qui serpentent n’étaient pas « sauvages » à nos yeux. C’est seulement pour l’homme blanc que la nature était « sauvage », seulement pour lui que la terre était « infestée » d’animaux « sauvages » et de peuplades « sauvages ». Pour nous, la terre était douce, et nous vivions comblés des bienfaits du Grand Mystère.
     
      5) Le sentiment de fraternité pour toutes les créatures de la terre, du ciel et de l’eau était un principe réel et actif. Les Lakotas éprouvaient pour le monde des animaux et des oiseaux un sentiment fraternel qui écartait tout danger ; en fait, certains d’entre eux étaient devenus si proches de leurs amis à plumes ou à poils qu’ils parlaient en véritables frères une langue commune.
     
       6) Cette conception de la vie et de ses relations consistait à humaniser et à donner au Lakota un amour respectueux. Elle a rempli son être avec la joie et le mystère de la vie ; elle lui a donné le respect pour toute la vie ; elle lui a fait une place pour toutes les choses dans le système de l’existence avec la même importance pour tous.
     
     
       7) C’était bon pour leur peau de toucher la terre et les personnes âgées aimaient retirer leurs mocassins pour fouler la terre sacrée avec leurs pieds nus. Leurs tipis étaient bâtis sur la terre et leurs autels étaient faits de terre. Les oiseaux qui volaient dans l’air venaient se reposer sur la terre, qui est le lieu de repos final de toutes les choses qui vivent et croissent. Le sol apaisait, fortifiait, purifiait et guérissait. C’est pourquoi le vieil Indien continue à s’asseoir sur la terre au lieu de se redresser et de s’éloigner de ce qui lui donne la force vitale. Le fait d’être assis ou couché sur le sol lui permet de penser plus profondément et de sentir avec plus d’intensité. Il entrevoit plus clairement les mystères de la vie et se rapproche fraternellement des autres existences qui l’entourent.
     
       8) Tout possédait une personnalité, seule la forme différait de nous. La connaissance était inhérente à toutes choses. Le monde était une bibliothèque et ses livres étaient les pierres, les feuilles, l’herbe, les ruisseaux, et les oiseaux et les animaux qui ont partagé, aussi bien avec nous, les tempêtes et les bénédictions de la terre. Nous avons appris à faire ce que l’élève apprend seulement de la nature, et c’était pour sentir la beauté. Nous n’avons jamais déblatéré contre les tempêtes, les vents furieux, les gelées et les neiges . Donc tout ce qui vient, nous devons le régler nous-mêmes avec plus d’efforts et d’énergie , mais sans se plaindre.
     
      
       9) Le vieux Lakota était un sage. Il savait que le cœur de l’homme éloigné de la nature devient dur. Il savait que l’oubli du respect dû à tout ce qui pousse et à ce qui vit amène également à ne plus respecter l’homme. Aussi maintenait-il les jeunes sous la douce influence de la nature.
     
     
       10) On m’a imposé la civilisation…et cela n’a pas ajouté de connaissance à mon amour incorruptible de la vérité, de l’honnêteté et de la générosité.
     
     
      Source : Winsdom pills via http://alalumieredunouveaumonde.blogspot.com/2015/06/10-citations-dun-chef-sioux-qui-vous.html

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    La colère des paysans africains dépossédés de leurs terres
     
    URL raccourcie: http://farmlandgrab.org/25031
    Publié dans: Bolloré | Burkina Faso | CCFD-Terre solidaire | Côte d'Ivoire
      
     
     


    Terres irriguées à Tombouctou sur le fleuve Niger, au Mali. (Photo AFP)

    Géopolis | 11 juin 2015

    Par Martin Mateso

    Dépossédés de leurs terres par des étrangers, des paysans africains s'en prennent aux intérêts du groupe français Bolloré en Afrique de l'Ouest. Dans certains pays, comme au Burkina Faso, les petits agriculteurs pourraient ne plus pouvoir s’alimenter dans moins d'une décennie. C’est ce qu’explique à Géopolis, Maureen Jorand du Comité contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre solidaire).

    Le CCFD dénonce un phénomène qui aurait pris des proportions inédites sur le continent africain? On parle de plusieurs millions d’hectares confisqués aux paysans.

    Il est très difficile d’estimer précisément l’ampleur du phénomène pour plusieurs raisons : les contrats et les transactions foncières sont rarement publics. Des organisations ont commencé à faire un recensement du phénomène sur le terrain, pays par pays. C’est le cas de la Copagen (une coalition d'organisations paysannes et de la société civile présente dans neuf pays africains). Elle a mené une étude de plusieurs années sur les accaparements dans neuf pays : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Les conclusions sont alarmantes.

    Alors qu’on estimait le phénomène à un million d’hectares sur cette zone au cours des dix dernières années, l’étude montre que ce sont 2.313.400 d'hectares de terres qui ont été accaparés. A ce rythme, comme l’a rappelé le syndicat paysan La Via Campesina, dans moins d’une décennie, le Burkina Faso par exemple n’aurait plus de terres pour les petits paysans. Alors comment nourrir sa population ?

    Cette spéculation foncière met clairement en péril la sécurité alimentaire de ces pays. En effet, ces terres sont cédées aux grands investisseurs privés au détriment des petits paysans. Or, ces derniers fournissent 60 à 70% de l’alimentation dans ces pays. Leur enlever les moyens de produire, c’est mettre en danger l’accès à l’alimentation de l’ensemble de la population.

    Par ailleurs, on observe que les grands investissements dans l’agriculture en Afrique se font beaucoup dans les cultures de rente, c’est-à-dire les cultures d’exportation comme le café, le cacao, le coton, l’hévéa… Ces productions ne répondent pas à l’enjeu de nourrir les populations locales.

    Les paysans ont-t-ils la possibilité de négocier avec les sociétés agro-industrielles, les Etats tiers et les fonds d’investissement qui font main basse sur leurs terres?

    Il y a plusieurs problèmes à souligner. Tout d’abord, les populations n’ont parfois pas connaissance de la mise à disposition de larges surfaces de terres aux investisseurs privés. Ils découvrent cet accaparement une fois les machines arrivées sur leurs terres. Elles ne sont jamais réellement consultées, c’est-à-dire associées à la définition des besoins et des projets destinés à y répondre. Car rien n’oblige aujourd’hui les investisseurs à le faire.

    Les paysans tentent de négocier avec les entreprises mais cela a lieu en général une fois les impacts négatifs avérés. Et il faut s’interroger sur le rapport de force déséquilibré entre une multinationale et une organisation paysanne regroupant quelques dizaines de producteurs.

    Cet enjeu est central dans les nouvelles formes d’accaparements de terres que nous observons. Car les entreprises l’ont bien compris : de tels cas nuisent à leur image et leur réputation. Elles ne souhaitent donc plus acquérir directement le foncier. Elles privilégient la signature de contrats avec des paysans qui produisent et revendent à l’entreprise, qui leur fournit semences, intrants (engrais, pesticides) et conseils techniques.

    C’est le modèle choisi aujourd'hui pour investir dans l'agriculture, comme l’illustrent les projets de la Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition. Une initiative lancée par le G8 en 2012 pour lutter contre la faim et la pauvreté en Afrique.

    Nous l'avons observé sur le terrain, et notamment en Côte d’Ivoire, cela se traduit par des accaparements de terres indirects. La contractualisation peut rapidement entraîner un endettement massif des paysans lorsque ceux-ci perdent leurs récoltes à cause d’un évènement climatique imprévu comme une inondation. Obligés de payer les services fournis par l'entreprise, les paysans se retrouvent acculés à céder une partie de leurs terres.

    Peut-on dire que les pouvoirs publics dans ces différents pays sont complices?

    Il est sûr que les pouvoirs publics dans ces pays ont une responsabilité dans ce phénomène, soit parce qu’ils cèdent eux-mêmes des terres ou qu’ils en facilitent l’accès à certains acteurs dans un contexte législatif faible. Mais cela va au-delà des gouvernements africains. Les gouvernements américains, anglais, français et d'autres sont également responsables de cette situation. Car ils soutiennent aujourd’hui ces entreprises sans s'assurer que l’investissement ne se traduise pas par un accaparement de terre.

    Par exemple, pendant trois ans (2012-2014), l’Agence française de développement (AFD) avait pris des actions dans la Socapalm, une des entreprises pointées du doigt dans la mobilisation actuelle contre le groupe Bolloré et dont les impacts négatifs et en particulier les accaparements de terres, avaient été documentés depuis 2011. Les Etats du Nord, comme la France, qui financent l’activité de ces investisseurs en Afrique doivent donc également prendre leur part de responsabilité.

    Quelles solutions préconise le CCFD pour arrêter les dégâts et préserver les droits des populations paysannes?

    Si l’on souhaite mettre fin à tous les accaparements actuels, et prévenir les futurs, alors les Etats doivent mettre en place des législations foncières qui permettent de sécuriser l’accès au foncier des populations locales et un encadrement des investissements privés prenant en compte les impacts sur la terre, les ressources naturelles et le droit à l’alimentation.

    Dans tous les cas, plutôt que de se reposer sur des multinationales sans capacité de suivre l’impact au niveau local, les Etats devraient réorienter leurs financements vers les premiers investisseurs dans l’agriculture et pour la sécurité alimentaire: les petits paysans.


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  • Comment des politiciens et bûcherons brésiliens ont assassiné le Chef indien Eusébio Ka'apor

        Source : racismoambiental.net.br Publié par raoni.com
      Brésil - Les agressions et les menaces qui ont été initiées il y a plus de deux mois par les bûcherons et les commerçants de la région de Centro do Guilherme lié au commerce illégal de bois à l'intérieur de la terre indigène Turiaçu à l'encontre des indiens Ka'apor ont culminé ce 26 Avril 2015, avec l'homicide de Eusébio Ka'apor.

       Eusébio était l'un des défenseurs de la terre indigène et un farouche opposant aux bûcherons et aux politiciens locaux vivant de l'extraction quotidienne du bois noble depuis la terre indigène. Eusébio qui était résident du village de Ximborendá, dépendant de la municipalité de Santa Luzia du Parua, a reçu deux tirs d'armes à feu dans le dos dans une petite ville près de Centro do Guilherme.

      Le leader indigène, avec un autre compagnon, revenait en moto d'un petit village venant d'être créé au sein de la terre indigène Alto Turiaçu lorsqu'en passant près d'un groupement d'habitations plusieurs personnes armées ont surgit comme s'ils les attendaient. Les Indigènes ont continué leur route vers l'avant quand, soudain, plusieurs coups de feu ont été tirés dans leur direction, deux atteignant Eusébio Ka'apor dans le dos. Transporté par l'autre indigène dans un village voisin il a été secouru par des gens qui ont essayé de l'emmener en voiture à l'hôpital de Santa Inês. Malheureusement, à peine arrivé dans la ville de Nova Olinda, il n'a pas tenu le coup et a succombé.

       Nombreux étaient ceux ayant été témoins du climat de tension et de violence dans la région de Centro do Guilherme qui s'attendaient à un tel drame. Il savaient que les Ka'apor, depuis quelques années déjà, avaient décidé de devenir intransigeants face au commerce illégal existant sur leur terre, à l'origine de nombreux préjudices. Ils avaient organisé récemment certaines opérations coup-de-poing d'expulsions de bûcherons, mettant le feu à des camions après avoir pris en flagrant délit quelques individus. tendre la main pour toucher les camions de pompiers et l'arrestation de plusieurs personnes dans la loi. Les représailles, toutefois, ont été promptes à se manifester.

      De Janvier jusqu'à aujourd'hui les Ka'apor ont vécu en résidence surveillée, empêchés de quitter leurs villages parce que constamment agressés et menacés. Durant ces quelques mois quatre motos ont été volées à l'arrachée aux Indiens et 10 personnes autochtones, au moins, ont été battues et humiliées, en représailles à l'action des Indiens et pour les dissuader d'engager de nouvelles actions d'expulsion. Les Indigènes racontent qu'ils n'ont même pas tenté de déposer plaintes face à ses exactions, parce que les agresseurs recoivent la complicité de la police militaire dans la région, sans parler de l'appui et de la participation directe de conseillers municipaux et maires de la région, certains d'entre-eux ayant même été incarcérés quelques jours après une opération menée par la police fédérale, il y a un peu plus d'un an.

      Le secrétariat d'État aux droits humains, le ministère public fédéral et l'OAB/MA ont été témoins de la situation, sans parvenir jusqu'à aujourd'hui à mettre en place une stratégie de maintient d'une présence institutionnelle permanente dans la région dans le but de désarmer et pacifier les bûcherons rebelles ayant été empêchés par les Indiens de continuer à exploiter de façon irrationnelle et illégale le bois dans la terre indigène.

      A présent, on attend que la police fédérale et d'autres organismes enquêtent et punissent les auteurs de ce crime barbare, mais qu'il soit également initié une plannification de présence institutionnelle, car dans la région de Centro do Guilherme il y a longtemps que le loi du plus fort est en vigueur, mais l'Etat n'a jamais rien fait.

    Nb: l'auteur de l'article, Cláudio Bombieri, est un Missionnaire Combonien.


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  • « Bolloré a pris nos terres. Et maintenant notre liberté. »

    Des paysans d’Afrique et d’Asie accusent la holding luxembourgeoise Socfin de s’être accaparée leurs terres pour ses cultures d’huile de palme. Ils ont lancé une série de blocages dans les plantations pour que l’actionnaire principal Bolloré s’emploie à faire respecter leurs droits et restituer leurs terres. Soutenons leur action !

    Stop à l’accaparement des terres ! Socfin et le Groupe Bolloré doivent enfin assumer leur responsabilité et respecter les droits des paysans d’Afrique et d’Asie.

    Accaparement de terres en Afrique

    Manifestation de paysans dans une plantation de la Socapalm au Cameroun (photo: ReAct)

    Les paysans riverains des cultures d’huile de palme de Socfin ont lancé un grand mouvement de résistance, bloquant des usines et occupant des plantations. Au Cameroun, les cultures d’huile de palme et d’hévéa des filiales Socapalm et Safacam s’étendent sur 43 700 ha. « Ces terres nous ont été volées. Nous venons maintenant les reprendre » explique Michel Essonga, l’un des 6 000 paysans camerounais concernés.

    La holding internationale Socfin est avide de terres. En 2014, ses filiales africaines exploitaient au total plus de 116 000 ha de plantations de palmiers à huile, en augmentation de 8% par rapport à l’année précédente.

    « La population est en colère » nous a confié Emmanuel Elong, le président de l’Alliance Internationale des riverains des plantations Socfin Bolloré. Et les Camerounais ne sont pas les seuls. Des milliers de paysans manifestent pour les mêmes raisons dans les plantations de Socfin au Libéria, en Côte d’Ivoire et au Cambodge.

    La holding réfute les accusations d’accaparement des terres et affirme au contraire son engagement pour la « promotion du progrès social ». Elle menace même de « poursuites » les auteurs de ce qu’elle nomme « exactions ».

    Le groupe Bolloré est, avec un total de 38,75%, l’actionnaire principal de Socfin. Son PDG Vincent Bolloré avait entamé un dialogue avec les paysans africains à l’automne dernier avant de se rétracter, expliquant n’avoir finalement pas d’influence au sein de Socfin.

    Emmanuel Elong y voit un clair manque de considération. Les paysans dépendent de leurs terres pour vivre. Certains redoutent une intervention violente de la police. Tous espèrent la reprise des négociations.

    Les paysans demandent le respect de leurs droits et la rétrocession de leurs parcelles. Soutenons-leurs revendications !


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