• La Cour suprême reconnaît les droits d’Autochtones « disparus » du Canada

    Des non-citoyens et non-résidents canadiens peuvent revendiquer un droit ancestral en vertu de la Constitution, juge la Cour suprême du Canada.  

    Monsieur Richard Lee Desautel, un citoyen américain, a, en octobre 2010, abattu sans permis de chasse un wapiti dans la région des lacs Arrow en Colombie-Britannique. Il est membre de la Lakes Tribe des Tribus confédérées de Colville, et il vit dans une réserve dans l’État de Washington.

    Il a été accusé d’avoir chassé sans permis et d’avoir chassé le gros gibier sans être un résident de la Colombie-Britannique. Monsieur Desautel a admis avoir abattu le wapiti, mais il a soutenu qu’il exerçait son droit ancestral de chasser sur le territoire traditionnel de ses ancêtres Sinixt en vertu de l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 (Constitution canadienne). Il a prétendu que la Lakes Tribe est un groupe successeur du peuple Sinixt dont le territoire traditionnel englobait une région située dans ce qui est maintenant la Colombie-Britannique. Le lieu où il a abattu le wapiti se trouve dans ce territoire.

    La question centrale à laquelle devait répondre la Cour suprême était de savoir si des gens qui ne sont pas des citoyens canadiens et qui ne résident pas au Canada peuvent exercer un droit ancestral protégé par la Constitution canadienne.

    « Peuples autochtones du Canada »

    L’affaire portait sur la définition de l’expression « peuples autochtones du Canada » figurant à l’article 35 de la Constitution canadienne, qui reconnaît et confirme les droits existants — ancestraux ou issus de traités — de ces peuples.

    C’était la première fois que la Cour interprétait les mots « peuples autochtones du Canada ».

    Les juges majoritaires de la Cour suprême ont affirmé que l’article 35 a pour objectif fondamental de reconnaître l’occupation antérieure du Canada par des sociétés autochtones organisées et autonomes.  

    Ils ont jugé que l’expression « peuples autochtones du Canada » s’entend des successeurs contemporains des sociétés autochtones qui occupaient le territoire canadien au moment du contact avec les Européens, et ce, même si ces sociétés se trouvent maintenant à l’extérieur du Canada. Exclure les peuples autochtones qui se sont déplacés ou ont été forcés de le faire, ou dont le territoire a été divisé par une frontière, aggraverait les injustices liées au colonialisme.  

    Ils ont conclu que les groupes dont les membres ne sont ni citoyens ni résidents du Canada peuvent être considérés comme faisant partie des « peuples autochtones du Canada » et revendiquer un droit ancestral en vertu de l’article 35.

    Peut-on considérer que le groupe en question fait partie des « peuples autochtones du Canada »?

    Les juges de la majorité se sont ensuite demandé si le groupe particulier auquel appartient M. Desautel pouvait être considéré comme faisant partie des « peuples autochtones du Canada ».

    Ils ont fait remarquer que, en ce qui concerne les revendications autochtones, les juges de première instance sont habituellement les mieux placés pour évaluer la preuve qui est présentée. Les juges majoritaires ont accepté la conclusion de la juge de première instance selon laquelle le groupe de M. Desautel, la Lakes Tribe, est un groupe successeur du peuple Sinixt. Au moment du contact entre les Sinixt et les Européens, leur territoire se trouvait dans ce qui est maintenant la Colombie-Britannique (au nord), et dans ce qui constitue maintenant l’État de Washington (au sud).

    Une frontière internationale a été créée en 1846 et, en 1872, un certain nombre de membres des Sinixt vivaient la plupart du temps dans l’État de Washington, mais continuaient de se rendre en Colombie-Britannique pour y chasser.  

    Les juges majoritaires ont reconnu que le fait que la Lakes Tribe s’était déplacée pour aller vivre dans la partie américaine de son territoire ancestral ne l’empêchait pas d’être un groupe successeur des Sinixt. Par conséquent, ils ont conclu que la Lakes Tribe pouvait être considérée comme faisant partie des « peuples autochtones du Canada » au sens de l’article 35 de la Constitution canadienne. 

    Le groupe possède-t-il des droits ancestraux en vertu de l’article 35 de la Constitution?

    Ayant établi que le groupe en question fait partie des « peuples autochtones du Canada », les juges majoritaires devaient ensuite décider si ce groupe possédait des droits ancestraux en vertu de l’article 35. Ils ont expliqué que l’analyse applicable pour décider si de tels droits existent est la même, que le groupe concerné se trouve au Canada ou à l’extérieur du Canada.

    Un élément crucial de l’analyse consistait à déterminer si le droit contemporain revendiqué dans la présente affaire, le droit de chasser, est la continuation d’une pratique historique qui existait avant le contact avec les Européens.

    Tout comme la juge de première instance, les juges majoritaires ont conclu que le droit revendiqué est la continuation d’une pratique historique.

    Ils ont également conclu que, mises à part les périodes durant lesquelles il n’y a pas eu de chasse, il n’y a pas de grande différence entre la pratique antérieure au contact et la pratique contemporaine.  

     

    En conséquence, les juges majoritaires ont reconnu que M. Desautel avait exercé un droit ancestral et que la juge de première instance avait eu raison de l’acquitter de toutes les accusations portées contre lui.  

    Pour en savoir plus, cliquez ici. 


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  • En principe, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones fait consensus, mais sa mise en oeuvre dans le contexte canadien pose des casse-têtes juridiques.

    Pour l’ancien premier ministre des Territoires du Nord-Ouest Stephen Kakfwi, l’adoption du projet de loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (C-15) doit mener à une réécriture de la Loi sur les Indiens.

    Avec l’Assemblée des Premières Nations, le Conseil circumpolaire inuit et le Ralliement national des Métis, M. Kakfwi fait partie des nombreux signataires d’une lettre ouverte en appui au projet de loi parue dans The Hill Times quelques jours avant le début des audiences du Comité permanent des affaires autochtones, le 11 mars.

    Le projet de Loi qui vise à enchâsser les principes de la Déclaration onusienne dans le droit  canadien pourrait mener à la révision d’autres lois, notamment la fameuse Loi sur les Indiens. Pour Stephen Kakfwi, cette loi ne peut pas être simplement abolie parce que l’existence de plusieurs organisations et gouvernements autochtones se fonde sur elle.

    «Il faut la remplacer et l’écriture de la législation doit être confiée aux chefs et aux peuples, préconise celui qui a dirigé les TNO entre 2000 et 2003. […] Si les ressources sont allouées aux peuples autochtones , ils feront un très bon travail et ça leur donnera directement le contrôle sur le l’élaboration des politiques et la façon dont les budgets y sont alloués.» Une difficile mise en pratique «La Déclaration est pensée comme une source d’inspiration, pas dans une perspective légale domestique, analyse une conseillère à la recherche pour le Indigenous Resource Network, Heather Exner-Pirot. Ça va prendre beaucoup de travail pour concilier ces aspects.»Mme Exner-Pirot considère que le projet de loi C-15 peut potentiellement affecter chaque texte législatif canadien avec, en tête de liste, la Loi sur les Indiens. «C’est évident qu’il y aura des conflits», dit-elle.

    Pour la chercheuse, l’encadrement généré par cette loi, par exemple la nécessité de recevoir une approbation ministérielle pour certains usages du territoire ou des ressources, est incompatible avec l’esprit du projet de loi C-15.

    «La Constitution du Canada, qui favorise les gouvernement fédéral et provinciaux, laisse peu d’espace aux Premières Nations et devrait aussi entrer en contradiction avec la Déclaration, postule Heather Exner-Pirot. Le Parlement essaie de rendre le projet de loi cohérent avec la législation canadienne […], mais comment synchroniser ça, et qu’est-ce qui se passe avant que ce soit le cas ?»«Tous les pays qui ont des populations autochtones craignent cette Déclaration, rappelle l’historien Michael Behiels. […] Chaque état doit prendre ses recommandations et les adapter à son propre contexte.»Pour lui, le véritable test de la Déclaration sera son adéquation avec la Charte canadienne des droits et libertés.

    Version améliorée Parrainé par le ministre de la Justice David Lametti, l’actuel projet de loi C-15 est une version modifiée d’un projet de loi qui avait été présenté aux Communes par l’ancien député néodémocrate d’Abi-tibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou, Romeo Saganash. Après avoir été accepté en troisième lecture en mai 2019, il avait été défait par des sénateurs conservateurs.

    Sous sa nouvelle forme, le projet de loi C-15 a été présenté en première lecture à la Chambre des communes, le 3 décembre 2020, avant d’être acheminé pour examen au Comité permanent des affaires autochtones et du Nord, présidé par le député libéral, Bob Bettina.

    Devant ce comité, le 11 mars, Romeo Saganash a affirmé être heureux de voir que C-15 se fonde sur son projet de loi et en améliore certains aspects.

    M. Saganash a souligné la qualité du préambule qui a, selon lui, un caractère juridiquement contraignant. «Le paragraphe 12 [du préambule] demande que le gouvernement canadien reconnaisse que toutes les relations avec les peuples autochtones  doivent être basées sur la reconnaissance et la mise en place des droits à l’autodétermination incluant les droits à se gouverner», donne-t-il en exemple.

    «Le projet de loi C-15 ne va pas résoudre tous les problèmes des peuples autochtones du Canada, concède la professeure de la faculté de droit  de l’Université du Manitoba, Brenda Gunn, mais ça peut être une partie de la solution. Ça contient des bonnes mesures d’imputabilité pour s’assurer que le gouvernement passe de la parole aux actes..» La notion de consultation Devant le Comité, le titulaire de la Chaire sur le développement durable du Nord de l’Université Laval, Thierry Rodon, a appelé à consulter les Autochtones par-delà leurs grandes organisations. Il a aussi soulevé la question de la légitimité de la gouvernance, comme dans le cas du gazoduc Coastal GasLink, où le fédéral s’est appuyé sur le conseil de bande qu’il a mis en place plutôt que sur l’organisation traditionnelle des chefs héréditaires Wet'suwet'en.

    «Il y a cette idée que le fédéral consulte les organisations nationales, l’Assemblée des Premières Nations, le Ralliement national des Métis et l’Inuit Tapiriit Kanatami, mais ne rencontre pas les détenteurs de droit, les 672 Premières Nations, les groupes métis, etc., souligne Heather Exner-Pirot. Ils ont l’impression que ça se joue à Ottawa.»L’Association of Iroquois and Allied Indians a dénoncé cette absence de consultation et s’est positionnée contre le projet de loi.

    La suite Le projet de loi doit normalement être renvoyé à la Chambre des communes d’ici le 22 avril, pour son étude article par article. Tous les partis politiques à la Chambre l’appuient en principe, mais les Conservateurs estiment qu’il manque de clarté sur la notion de consultation préalable.

    Pour sa part, l’ex-premier ministre Stephen Kakfwi est pessimiste quant à l’adoption du projet de loi d’ici la fin de la présente session parlementaire, comme le demandent les signataires de la lettre ouverte. «Je n’ai pas confiance dans le gouvernement, je n’ai pas foi dans le premier ministre, je n’ai pas foi dans les sénateurs, je n’ai pas foi dans les politiciens», dit-il.

    «Le premier ministre [Trudeau] a dit il y a des années qu’il allait appliquer les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation, s’insurge M. Kakfwi. Adopter la Déclaration est la fondation de ces appels. Il n’a pas d’excuses de ne pas l’avoir fait durant les deux premières années de son mandat.

    «Il n’y a pas d’excuses pour mettre les Autochtones dans des conditions féodales, sans eau potable, sans logements adéquats avec une moins bonne qualité de vie. Il y a une raison pour ça:les politiques et les lois du gouvernement du Canada.»

    L’ancien député néodémocrate d’Abitibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou, Romeo Saganash, considère que l’actuel projet de loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones  améliore par certains aspects son propre projet de loi. 

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  • Le concept de « peuples premiers   » est loin d'être clair, pas plus que celui, pour les survivants, de «peuples  autochtones », d'abord parce que l'on continue de débattre quant aux critères qui peuvent déterminer l'existence d'un « peuple   » et parce qu'il est difficile d'établir qui ont été les véritables premiers   occupants d'un territoire. Ainsi fait-on constamment des découvertes quant aux mouvements possibles des différents hominidés « originels » et quant aux vagues successives de peuplement.

    On considérera ici, par convention, et en exhortant les spécialistes à l'indulgence, qu'il s'agit des populations formant une communauté de langue et de pratiques usuelles, présentes dans certaines régions de la planète avant les différentes colonisations européennes et leurs effets (la pandémie de 2020 nous a notamment rappelé combien les maladies importées pouvaient être dévastatrices). Nous pensons notamment ici à l'Arctique, à la Mésoamérique, à l'Océanie et à l'Afrique.

    Or le lecteur assidu des études anthropologiques est frappé par certains traits communs à ces populations, même s'il faut manier avec la plus grande prudence des simplifications par nature abusives (et des explications qui parfois confinent à l'anachronisme). À cela s'ajoute le fait que les sources d'information restent souvent lacunaires, des marques et des traces essentielles ayant été détruites.

    On retrouve fréquemment, notamment autour de ce que l'on appelle l'animisme et le chamanisme (généralisations, elles aussi, discutables et discutées), le lien étroit entre toutes les formes de vie, la présence obsessionnelle de phénomènes thérianthropiques, l'intégration de la mort dans la vie sociale, l'absence de concept d'appropriation individuelle (et de vocabulaire pour l'exprimer) et le respect pour tout végétal ou animal que l'on doit consommer ou utiliser.

    De partout, sont à nouveau lancés des appels à la reconstruction de nos sociétés libérales actuelles, fondées sur la recherche du profit, la croissance et l'exploitation de ressources toutes, plus ou moins, non renouvelables (glaciers, uranium, métaux rares...). S'ensuivent des analyses relevant de l'angélisme et des expériences diverses, très semblables à celles que l'on a bien connues il y a une cinquantaine d'années, de quelques citadins qui croient trouver à la campagne un idéal de vie prétendument autarcique, et que les boues du premier   hiver désillusionnent bien vite. Certes, l'on a pu affirmer que tous nos malheurs étaient nés de l'apparition de l'agriculture et l'on a pu décrire l'Éden des peuplades de chasseurs-cueilleurs. L'idée même de progrès, spirituel (avec Teilhard), intellectuel, matériel, alimentaire, médical... qui fut la doxa des deux ou trois dernières générations est aujourd'hui remise en question.

    Faut-il donc « renverser la table » et revenir au passé ? Peut-être pas, même si l'on est enclin à marcher dans les pas de François d'Assise ou de Bartolomé de las Casas, plutôt que dans ceux de Sepúlveda. Le « monde   » est sans doute très largement enjolivé (les peuples premiers    avaient leurs conflits tribaux et leurs sacrifices humains, comme nous avons nos guerres). Mais réfléchir à réintroduire, dans nos cadres de vie et par le truchement de la loi, quelques notions que nous avons oubliées pourrait être salutaire. Après tout, notre XXIe siècle est déjà redevenu celui de l'ésotérisme avec ses concepts caligineux (régulation, conformité, risque de la preuve, gouvernement d'entreprise, responsabilité sociétale, guerre du droit...).

    Pourquoi pas, dès lors, un peu d'humanités dans les sciences dites exactes et plus de poésie dans les sciences dites humaines ? Pourquoi ne pas tenter d'infléchir nos textes, même (et d'abord ?) nationaux, vers plus de respect de toute forme de vie, des animaux et des végétaux, impliquant, notamment, un essai d'alignement de la production sur les besoins réels et non l'inverse ? Sans retomber dans les errements de la théorie des communs, pourquoi ne pas essayer de modifier les rapports sociaux en menant une réflexion en faveur de notions renouvelées de « sujet » et de « personnalité » ? Pourquoi ne pas encourager les engagements collectifs plutôt que l'égotisme ?

    On sait quelle place éminente avaient (et peuvent encore avoir parfois) les songes chez les « peuples premiers   ». Que l'on nous pardonne d'avoir ici, quelques instants, à notre tour, cédé à la tentation de prêter quelque intérêt à nos propres rêves...

     

    Mr Guevel, Professeur de droit privé et sciences criminelles, Doyen honoraire


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    Le gouvernement fédéral devrait présenter jeudi 3 décembre 2020 un projet de loi visant à garantir que les lois du Canada sont en harmonie avec la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU en 2007. 

    On s’attend à ce que ce texte fasse écho au projet de loi d’initiative parlementaire du député néo-démocrate québécois Romeo Saganash, adopté par la Chambre des communes il y a deux ans, mais qui n’avait pu être adopté au Sénat avant le déclenchement des élections en 2019. 

    Les sénateurs conservateurs soutenaient à l’époque que cette mesure législative pourrait avoir des conséquences juridiques et économiques indésirables. Le projet de loi est finalement mort au feuilleton lorsque le Parlement a été dissous pour les élections de l’automne dernier.

    «Que les droits humains des peuples autochtones soient encore remis en doute, considérés comme des droits humains de seconde classe par rapport aux droits fondamentaux des autres, même en 2019, même dans ce pays qui s’appelle le Canada, c’est extrêmement décevant pour moi», déplorait en juin 2019 le député d’Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou, parrain du projet de loi. M. Saganash ne s’est pas représenté au scrutin d’octobre 2019.

    Dans le programme libéral, le premier ministre Justin Trudeau a promis en 2019 de réintroduire le projet de loi au nom du gouvernement. Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, affirme que le projet de loi a «une immense valeur réelle et symbolique» pour les peuples autochtones du Canada.

    Il établira un certain nombre de principes «quant aux droits inhérents des Autochtones et à la responsabilité correspondante du gouvernement fédéral», a déclaré M. Miller lors d’une conférence de presse mercredi à Ottawa.

    «Ces principes devront nous guider sur ce que l’on attend de nous en tant qu’êtres humains», a-t-il indiqué.

    M. Miller a prédit qu’une fois ratifiée la Déclaration de l’ONU, il y aurait «un énorme travail» à faire pour harmoniser les lois fédérales avec ses principes, notamment pour «sortir de la Loi sur les Indiens et aller vers l’autodétermination».

    Le Canada d’abord contre 

    Lors du vote à l’Assemblée générale de l’ONU en 2007, le Canada avait d’abord voté contre la Déclaration, mais il l’a finalement adoptée en 2010. Il doit maintenant la ratifier au Parlement. 

    La Déclaration affirme le droit des peuples autochtones à l’autodétermination et à leur langue, leur culture et leurs terres ancestrales. Elle établit également des «normes minimales nécessaires à la survie, à la dignité et au bien-être des peuples autochtones du monde». 

    La Déclaration de l’ONU précise également la nécessité d’un consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones sur tout ce qui porte atteinte à leurs terres ou à leurs droits. C’est cette disposition qui s’est avérée particulièrement controversée parmi les sénateurs conservateurs lors du débat sur le projet de loi de Roméo Saganash. Des sénateurs craignaient qu’on accorde ainsi aux Autochtones un droit de veto sur l’exploitation des ressources naturelles.

    À l’époque, les fonctionnaires du ministère de la Justice assuraient que le projet de loi de M. Saganash ne changerait en rien le cadre juridique du Canada. Cette disposition, disaient-ils, renforcerait simplement un principe de longue date selon lequel les normes internationales peuvent être utilisées pour interpréter les lois nationales.

    Le projet de loi de M. Saganash ne comprenait que six articles, dont l’un affirmait qu’il ne diminuerait ni n’éteindrait les droits constitutionnels ou issus de traités existants des peuples autochtones. Les sénateurs conservateurs voulaient notamment modifier cet article pour préciser que rien dans le projet de loi n’aurait pour effet d’augmenter ou d’élargir ces droits.


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  • Proposition de loi sur la protection des droits peuples autochtones pygmées en RDC

    L'Assemblée nationale a adopté  au cours de la plénière de ce vendredi 5 juin 2020 la proposition de loi sur la protection et la reconnaissance des droits de peuples autochtones pygmées en République démocratique du Congo. Il s'agit de l'initiative du député national Ruben Rachidi Bukanga déposée au Bureau de l'Assemblée nationale le 30 septembre 2019.

     

    Pour Ruben Rachidi Bukanga cette adoption est le couronnement d'un long combat afin de réparer les injustices et discriminations dont font objet les peuples autochtones pygmées qui sont des Congolais à part entière. Il promet de suivre avec ses collègues l'évolution du dossier au niveau de la commission.

    " Les collègues députés ont voté massivement pour l'adoption de cette loi, nous pouvons dire que c'est le couronnement d'un long combat. Moi même je l'ai commencé dans la société civile avant d'être député. Nous sommes sûrs et convaincus que ça va suivre le processus normal. Nous allons veiller que ça soit fini au niveau de la commission afin que ça soit adopté article par article par l'assemblée plénière. C'est un combat que moi-même j'ai commencé depuis plus de 10 au niveau de la société. J'ai vécu les injustices et discriminations dont sont objet les peuples autochtones pygmées. Et c'est irrationnel. On ne peut pas accepter par exemple qu'une femme pygmée ne doit pas accoucher dans une maternité où il y a les femmes bantoues ou nilotiques", a-t-il déclaré.

    L'élu de Kindu révèle qu'il travaille sur une proposition à soumettre à l'Assemblée nationale afin qu'un représentant de peuples autochtones pygmées soit coopté dans chaque assemblée provinciale afin de porter tout haut leur voix.

    "Nous sommes allés un peu plus loin pour qu'il y ait une discrimination positive. Pourquoi pas coopter un représentant des peuples autochtones pygmées dans chaque assemblée provinciale ?   Et cela à travers la loi électorale. Nous avons plus ou moin l'avale de nos collègues. Comme ça, ils peuvent porter leur voix au plus haut niveau", a-t-il ajouté.

    De son côté, la députée Adolphine Miley Byayuwa, ajoute que cette loi ne vient pas remplacer celles qui existent déjà mais plutôt compléter certains aspects qui n'ont pas été pris en charge. Elle invite ses collègues de voter cette loi. 

    "Nous devons remercier d'abord nos collègues députés pour avoir accepté que cette proposition de loi soit programmée à l'ordre du jour donc recevable. Nous pensons que comme ça sera en commission, toutes les intelligences de l'Assemblée nationale vont y travailler afin que les dignes représentants des peuples congolais puissent adopter cette loi. Nous pensons que cette loi pourrait réparer l'injustice mais je veux rappeler ici que le législateur congolais avait déjà consacré l'égalité de tous les peuples dès leur naissance y compris le peuple autochtone pygmée. Il faut souligner qu'il y a un problème d'application de la loi et que cette proposition de loi c'est pas pour corriger les lois existantes. Seulement qu'il y a d'autres aspects qui n'ont pas été pris en compte mais que cette proposition de loi vient compléter. C'est pourquoi nous demandons à nos collègues députés cette loi."a-t-elle déclaré.

    Après son adoption, la proposition de loi a été envoyée à la commission socio-culturelle de l'Assemblée nationale pour examen afin de l'enrichir avec les recommandations formulées au cours de la plénière. Après cette étape, elle sera voté article par article et envoyée au Sénat avant d'être promulguée par le président de la République.

    Selon l'histoire, les pygmées sont les premiers peuples à occuper le territoire devenu aujourd'hui la République démocratique du Congo.


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    Un projet de loi autorisant l'exploitation minière et agricole des terres indigènes a été validé par le président brésilien.

    Le président brésilien Jair Bolsonaro a donné son feu vert mercredi 3 juin 2020 à un projet de loi visant à autoriser notamment l'exploitation minière et agricole sur les territoires réservés aux indigènes. Le nouveau texte, qui n'a pas encore a été rendu public, sera soumis prochainement au vote du Congrès.

    «J'espère que ce rêve va se concrétiser», a déclaré le chef de l'État lors d'une cérémonie officielle à Brasilia lors de laquelle il a apposé sa signature sur le projet de loi rédigé par le gouvernement. «Les indigènes sont des êtres humains comme nous, ils ont un coeur, des sentiments, des désirs, et des nécessités. Ils sont aussi Brésiliens que nous», a-t-il poursuivi. À l'issue d'une grande réunion d'une semaine au Mato Grosso (ouest) à la mi janvier, plusieurs centaines de leaders indigènes avaient dénoncé dans un manifeste un «projet de génocide, ethnocide et écocide».

    Le projet de loi prévoit de réguler une série d'activités économiques sur les territoires indigènes, autorisant ainsi l'exploration minière ou pétrolière, les barrages hydroélectriques ou l'agriculture. La législation actuelle interdit toute exploration minière ou exploitation agricole non traditionnelle. Si le projet de loi est approuvé, ces activités pourront être pratiquées par les indigènes eux-mêmes, ou des personnes venues de l'extérieur, sous réserve d'une autorisation des communautés autochtones.

     

    Promesse de campagne

    L'ouverture aux activités économiques des terres indigènes faisait partie des promesses de campagne du président d'extrême droite, ce qui a accru ces derniers mois, selon des représentants de ces communautés indigènes et d'ONG, la violence et la pression des entreprises minières et d'exploitation du bois en Amazonie.

    «Ce grand pas en avant dépend du Parlement, qui va subir des pressions des écologistes. Si je pouvais, j'aimerais confiner ces écologistes au beau milieu de l'Amazonie (...) pour qu'ils arrêtent d'embêter les peuples amazoniens depuis la ville», a ironisé Jair Bolsonaro. Ce projet est défendu de longue date par le président d'extrême droite, qui a déclaré à plusieurs reprises que les restrictions aux activités minières et agricoles dans leurs territoires condamnaient les indigènes à être «confinés comme dans un zoo».

    Le gouvernement dit avoir le soutien de nombreux leaders indigènes. Mais de nombreux caciques comme l'emblématique Raoni Metuktire n'ont cessé de critiquer cette politique environnementale qui menace selon eux leur mode de vie traditionnel, mais aussi l'équilibre écologique de toute la planète.

     


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    Une délégation d'autochtones du Brésil a demandé jeudi 7 novembre 2019 à Berne que la protection de l'environnement soit inscrite dans l'accord entre l'AELE et le Mercosur.

    Des délégués d'autochtones du Brésil ont réclamé jeudi à Berne le respect des droits humains et la protection de l'environnement. Ils ont mis en garde contre l'accord de libre-échange entre l'AELE, dont fait partie la Suisse, et les Etats sud-américains du Mercosur.

    Forêts en feu et déforestation, communautés autochtones chassées: au Brésil, la demande mondiale en viande bovine, en fourrage pour le bétail, en huile de palme ou en or détruit l'environnement et met en danger l'existence des peuples autochtones, ont dénoncé les délégués indigènes brésiliens lors d'une conférence de presse.

    Dans la perspective d'un accord de libre-échange avec le Mercosur, la Suisse endosse une responsabilité plus grande encore, a souligné la Société pour les peuples menacés (SPM), présente à la conférence de presse.

     

    Le président Bolsonaro visé

    Une surface équivalant à trois terrains de football disparaît chaque minute dans la forêt amazonienne brésilienne. Depuis l'arrivée du président d'extrême droite Jair Bolsonaro, la destruction de la forêt et la situation des quelque 900'000 indigènes s'est considérablement détériorée, dénonce la SPM.

    Sonia Guajajara, secrétaire générale de l'APIB, une association qui regroupe près de 300 groupes ethniques indigènes, s'inquiète également de la hausse du nombre d'assassinats d'autochtones. En novembre par exemple, des bûcherons illégaux ont abattu l'activiste et «gardien de la forêt» Paulo Paulino.

    Une délégation d'autochtones du Brésil sillonne actuellement l'Europe pour rencontrer les principaux acteurs économiques et politiques et mettre les pays européens face à leur responsabilité. La Suisse aussi a importé du fourrage pour bétail, de la viande de bœuf ou de l'or, en provenance parfois de la région amazonienne, a rappelé la conseillère nationale Lisa Mazzone (Verts/GE), présidente de la SPM.

    La Genevoise et les délégués autochtones demandent à la Suisse de veiller à ce que des clauses contraignantes relatives à la protection de l'environnement et des droits humains soient inscrites dans l'accord de libre-échange envisagé entre l'Association européenne de libre-échange (AELE) et le Mercosur.

    Il faut des lignes directrices, ainsi que des contrôles et des sanctions si ces normes ne sont pas respectées. L'accord doit également contenir une clause de sortie.

    Polémique

    La conclusion de cet accord entre l'AELE (qui compte la Suisse, la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein) et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) a été annoncée fin août, en pleine polémique sur les incendies en Amazonie. Les négociations duraient depuis dix ans.

    Contacté par Keystone-ATS, le Département fédéral de l'économie (DEFR) précise que l'accord de libre-échange fait actuellement l'objet d'une révision juridique. La durée de ce processus est ouverte. L'accord devrait toutefois probablement être signé début 2020.

    Le Parlement devra ensuite ratifier le texte. Le DEFR vise une entrée en vigueur pour 2021. Les Verts ont décidé en août déjà de lancer un référendum si l'accord n'intègre pas de nouvelle règle contraignante pour protéger climat, environnement et droits humains. Le PS leur a promis son soutien.

    Accord avec l'UE aussi

    Ce traité commercial est intervenu un peu plus d'un mois après la conclusion d'un autre accord de libre-échange entre le bloc sud-américain et l'Union européenne. L'accord, un des plus vastes jamais conclus par Bruxelles avec plus de 770 millions de consommateurs et 18'000 milliards d'euros de PIB, doit également être ratifié par les Etats membres de l'UE.

    Le texte est critiqué par plusieurs Etats, dont la France et l'Autriche, en raison notamment de doutes sur les engagements du Brésil en faveur du climat.

     


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  • Le combat des Samis de Finlande pour défendre l’Arctique

    Le seul peuple autochtone de l’UE redoute un projet ferroviaire qui coupera son territoire en deux.

    Les Samis sont inquiets. Une ligne ferroviaire pour relier la Finlande à l’océan via la Norvège est en projet... De quoi entraver la libre circulation des rennes, dont l’élevage est crucial pour cette population indigène, et faciliter la création de nouvelles exploitations minières.

    À Inari, ville de 6.000 habitants dont le tiers est sami, le vent du nord est glaçant au début du mois de mai. Dans cette municipalité du nord de la Laponie qui accueille un musée de la culture sami et le Parlement sami de Finlande, difficile de distinguer cette communauté autochtone des autres Finlandais. Ses membres vivent dans la modernité du XXIe siècle et leurs costumes colorés traditionnels ne sont pas visibles dans la vie quotidienne. La plupart d’entre eux parlent aussi bien sami que finnois, et fréquemment anglais.

     

    Toutefois, un combat les anime chaque jour : faire perdurer leur culture face à un monde globalisé. Depuis quelques années, au Parlement sami de Finlande, le « couloir de l’Arctique » (« Arctic corridor », en anglais) — un projet d’un chemin de fer — est l’un des sujets les plus brûlants. La présidente du Parlement sami, Tiina Sanila-Aikio, une trentenaire coiffée d’un bonnet en tissu traditionnel, craint pour l’avenir de son peuple si une ligne de chemin de fer était construite au beau milieu de ses terres ancestrales.

     

    La fonte des glaces permet la création d’une nouvelle route commerciale plus rapide entre l’Asie et l’Europe

     

    Depuis une dizaine d’années, les acteurs du commerce international du nord de l’Europe et de la Russie anticipent le réchauffement climatique et comptent bien en tirer profit. Avec la fonte des glaces, une nouvelle route commerciale plus rapide entre l’Asie et l’Europe semble s’ouvrir dans l’océan Arctique. Cela ouvre aussi de nouvelles perspectives d’exploitation des ressources naturelles : entre 20 et 30 % des réserves de gaz non exploitées dans le monde et entre 5 et 13 % des réserves de pétrole se trouveraient ainsi dans la région arctique. Devant ces nouvelles opportunités, la Finlande a lancé il y a quelques années l’idée d’une ligne de chemin de fer vers l’Arctique, qui lui permettrait de se connecter à l’océan via la Norvège.

    De Rovaniemi en Laponie finlandaise à Kirkenes en Norvège, les 495 kilomètres de voies du couloir de l’Arctique traverseraient le territoire sami, dans le but de relier l’Asie à l’Europe. Tiina Sanila-Aikio explique à Reporterre les craintes de son peuple :

    Si ce projet a lieu, nous allons tout perdre. La ligne créera une séparation entre trois groupes de langues : le sami du nord, le sami skolt et le sami d’Inari. De plus, il coupera en deux les zones d’élevage de rennes. »

    La ligne ferroviaire a notamment pour objectif de faciliter le transport minier et d’hydrocarbures

    Bien que de plus en plus de Samis se tournent vers des métiers des secteurs tertiaire ou secondaire, le mode de vie traditionnel de ce peuple autochtone reste lié à l’élevage de rennes, qui se transmet de génération en génération. Les rennes sont élevés en liberté dans de grands espaces sauvages en fonction des huit saisons établies par les Samis selon le cycle de ces cervidés. Une ligne de chemin de fer au milieu des forêts laponnes compliquerait la libre circulation des rennes. « En termes de végétation, la quantité de biomasse est faible quand on est dans le Grand Nord, donc la façon dont les rennes sont élevés par les Samis nécessite de très grands espaces, dit Sini Harkki, directrice de Greenpeace Finlande qui s’oppose au projet depuis ses débuts. « Et, les rennes sont déjà menacés par le changement climatique, le tourisme, les coupes d’arbres… »

     

    Mais la mise en péril de l’élevage de rennes ne constitue pas la seule menace créée par le projet du couloir de l’Arctique. Cette ligne a notamment pour objectif de faciliter le transport minier et d’hydrocarbures. Sini Harkki parle d’un risque environnemental important : « Le projet a été bâti sur le constat qu’il y a de plus en plus de possibilité d’extraction de ressources naturelles à la fois dans l’océan Arctique et dans le territoire arctique finlandais. Donc cela signifie plus de mines, plus d’énergie fossile, plus de destruction forestière, dans un territoire très nordique, donc très sensible. On est à la frontière de la zone où les arbres ne poussent plus, ce sont les dernières forêts que l’on peut trouver au nord de l’Europe. »

    Du côté des promoteurs du projet, on essaie de rassurer les opposants. Timo Lohi travaille pour la Région du nord de la Laponie et est porte-parole du projet du couloir de l’Arctique. Il assure que « la ligne sera construite principalement le long des routes déjà existantes, et non pas dans les zones de nature sauvage ». Et que le couloir ne vise pas à créer de nouvelles exploitations minières mais à optimiser celles déjà existantes avec un mode de transport, le train, « respectueux de l’environnement ». Qu’il s’agisse de trains ou de camions, pour Sini Harkki, le résultat est le même « tant que le projet est industriel et a vocation à exploiter des ressources naturelles ».

    Le coût de ce couloir de l’Arctique est estimé à 2,9 milliards d’euros, dont deux tiers seraient financés par la Finlande et un tiers par la Norvège. Il y a quelques mois, le ministère des transports finlandais avait déclaré ce projet « non viable économiquement », créant un espoir pour le peuple sami. Fin avril pourtant, le Conseil régional de Laponie a intégré le couloir de l’Arctique dans son plan d’occupation des sols. Début mai, un nouvel investisseur privé — qui n’est autre que l’entreprise en charge de la construction d’un tunnel dans la Baltique entre Tallin et Helsinki— a fait son apparition. Peter Vesterbacka, co-fondateur de l’entreprise FinEstBayArea Development, a annoncé que celle-ci financerait de nouvelles études afin de mettre sur les rails le projet, qui pourrait se concrétiser en 2030.

    Cette annonce a provoqué une nouvelle fois la colère des Samis. « Nous n’avons pas été consultés, rappelle Tiina Sanila Aikio. C’est par les médias que nous avons eu connaissance des premières études menées par les autorités ». De son côté, Timo Lohi assure que le projet n’en est qu’à ses prémices et qu’il est encore trop tôt pour entrer dans la phase de consultation avec les Samis : « Je comprends que les Samis soient négatifs à ce sujet, car il n’y a pas assez d’information sur le processus de planification pour l’instant. Si le projet commençait demain, bien sûr que la première étape serait de les consulter et de négocier avec eux. »

     

     


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    Faute de preuves, il n'est pas poursuivi pour génocide

    Un ex-chef militaire du renseignement au Guatemala était accusé d'avoir massacré des centaines d'Indiens entre 1982 et 1983. Faute de preuves, le tribunal l'a acquitté.

    Un ancien chef du renseignement militaire du Guatemala, le général José Rodríguez, a été acquitté d'accusations de génocide envers 1771 Indiens de l'ethnie maya Ixil en 1982-83 durant la guerre civile. Le tribunal a invoqué une absence de preuves contre lui.

    L'ancien dictateur Efrain Rios Montt, visé également par ces accusations, est mort en avril à l'âge de 91 ans durant son propre procès.

    Rios Montt avait été condamné le 10 mai 2013 à 80 ans de prison pour génocide après un procès historique mais sa peine avait été annulée le même mois pour vices de procédure par la Cour constitutionnelle. Cette dernière avait également annulé l'acquittement dont avait bénéficié à l'époque le général José Rodriguez.

    Les deux hommes étaient jugés pour des massacres commis par l'armée, les pires en 36 ans de guerre civile, dans lesquels 1771 Indiens mayas-ixils ont péri dans le département de Quiché (nord), sous le régime de Rios Montt (1982-1983). L'armée avait alors suivi une politique de la «terre brûlée» contre les peuples autochtones, les accusant de soutenir les forces rebelles.

    Guerre civile sanglante

    «Ce tribunal a décidé à la majorité d'acquitter l'accusé José Mauricio Rodríguez Sánchez du crime de génocide et de crimes contre l'humanité faute de preuves», selon le jugement lu au tribunal dans la capitale. L'un des trois membres du tribunal a voté contre. Le jugement prévoit également la révocation de l'assignation à domicile du général, âgé de 73 ans.

    Le tribunal a retenu à l'unanimité l'existence du crime de génocide et de crimes contre l'humanité visant les Ixils, mais a considéré n'avoir pas de preuves suffisantes de la participation directe de l'accusé aux massacres, commis entre le 23 mars 1982 et le 31 juillet 1983.

    Le général Rodriguez a dirigé le renseignement militaire durant le régime de Rios Montt, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat. Après de longues péripéties judiciaires, son nouveau procès avait débuté en octobre après avoir été séparé de celui de Rios Montt.

    La guerre civile au Guatemala (1960-1996) a fait 200'000 morts et disparus, selon les Nations unies.


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  • Le Canada, les peuples autochtones et le droit international

    Le 1er juin 2017, le Canada disait au revoir aux quatre délégués des Nations unies en visite qui ont passé les dix derniers jours à rencontrer des communautés à travers le pays afin d’en apprendre davantage sur l’impact des entreprises d’ici sur les droits de la personne protégés par le droit international. Au cours de la prochaine année, ils rédigeront leur rapport, et les droits des peuples autochtones seront au coeur même de ce rapport.

    Le Canada est en avance sur de nombreux autres pays en matière de reconnaissance des droits des peuples autochtones, mais il reste encore beaucoup de travail à accomplir. Les tribunaux canadiens, les gouvernements, les entreprises et la société civile doivent reconnaître que le consentement libre, préalable et éclairé est une exigence essentielle afin de défendre les droits des peuples autochtones dans un contexte de droit international.

    Après plus d’une décennie à s’y opposer, le Canada a finalement annoncé l’an dernier qu’il appuyait pleinement la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (la « Déclaration »). En 2007, le Canada avait été l’un des quatre États à voter contre la Déclaration. Lorsqu’il a finalement annoncé son soutien en 2016, le gouvernement a été acclamé pour sa décision. Mais, peu de temps après, le gouvernement a précisé que son soutien à la Déclaration se ferait « conformément à la Constitution canadienne existante ».

    Or il existe une différence considérable entre les exigences constitutionnelles du Canada concernant le traitement des peuples autochtones et les exigences du droit international.

    Une différence importante se situe au chapitre du standard de consultation, où le droit international exige un standard plus exigeant, soit le consentement des communautés autochtones. Dans le cadre de la Déclaration, lorsque les États agissent de manière à avoir un impact sur les droits des peuples autochtones, ils ont l’obligation de les consulter pleinement et de ne pas donner le feu vert au projet proposé avant de recevoir le consentement « libre, préalable et informé » des communautés affectées.

    La Déclaration ne constitue pas l’unique forum exigeant le consentement à titre de standard. La norme du consentement au développement de projets a en effet été adoptée par de nombreuses agences et organisations internationales de développement, telles que la Banque mondiale et la Société financière internationale, de même que par certains prêteurs privés soumis aux Principes de l’Équateur. Ceci est notamment dû au fait que la norme de consentement est de plus en plus considérée comme un outil pouvant éliminer les risques liés au développement de projets. En effet, contrairement à la consultation qui démontre le processus de discussion avec les populations affectées, la norme de consentement, quant à elle, est sans ambiguïté et permet plus de certitude.

    Place à la consultation

    Tout comme la Déclaration, la Constitution canadienne exige que les gouvernements consultent les peuples autochtones avant de prendre des mesures susceptibles d’affecter leurs droits. Cependant, les tribunaux canadiens ont souvent déclaré que la consultation ne nécessite généralement pas de consentement. Par crainte d’un pouvoir de veto, les autorités gouvernementales soutiennent fréquemment que le consentement n’est pas nécessaire.

    Le droit international exige également que la consultation soit libre, préalable et éclairée, et que les populations autochtones puissent participer pleinement aux décisions qui les concernent. Or la validité et la qualité de la consultation seront grandement affectées par la capacité des communautés autochtones d’avoir accès à des ressources financières adéquates qui leur permettront de faire une évaluation complète du projet.

    Au Canada, la consultation est habituellement considérée comme un obstacle administratif plutôt que comme un processus de prise de décision partagée. La consultation est souvent non financée, ou encore partiellement financée par l’entreprise qui demande un permis au gouvernement, ce qui rend souvent la capacité des peuples autochtones à exercer leurs droits constitutionnels dépendante du bon vouloir de l’entreprise qui aura des impacts sur le territoire touché. De plus, les délais de consultation sont généralement courts et les services d’experts indépendants sont rarement fournis.

    Certains projets canadiens ont reçu le consentement de communautés dans le passé. Cela s’est notamment produit lorsque les entreprises ont voulu négocier ouvertement les termes de leurs projets avec les communautés autochtones locales, leur fournissant le temps et le soutien nécessaires afin d’évaluer de façon indépendante l’impact du projet sur leurs droits et les avantages proposés.

    Cependant, jusqu’à ce que les communautés autochtones aient un accès garanti et adéquat aux ressources dont elles ont besoin pour s’engager dans une consultation et un droit reconnu de dire « non » aux développements qui les touchent, les exemples de consentement réel resteront rares et les processus de consultation favoriseront plutôt la discorde.

    Les tribunaux, les gouvernements, les entreprises et la société civile doivent reconnaître que les relations saines sont fondées sur le consentement — un consentement libre, préalable et éclairé. Un an après avoir finalement soutenu la Déclaration, nous devons commencer à l’appliquer à tous les niveaux : en droit, au sein des politiques et programmes gouvernementaux ainsi qu’en matière de contrats privés. Fournir un financement stable, des échéanciers flexibles et des experts indépendants lors de la consultation est la première étape cruciale à mettre en oeuvre.

     


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  • Quelle honte!!

    Vêtus d'un pagne et armés de fusils, des nomades chassent au milieu de palmiers à huile sur l'île de Sumatra. Maigres, ces hommes à la peau hâlée cherchent désespérément du gibier dans une forêt tropicale dévastée par les coupes de bois qui ruinent l'existence des tribus en Indonésie.

    L'Indonésie est le premier producteur mondial d'huile de palme, une industrie qui encourage la déforestation et pèse de plus en plus sur le mode de vie traditionnel des nomades.

    Alors à deux heures de route de ce terrain de chasse, environ 200 nomades sur les 3.500 de la tribu des «Orang Rimba» viennent de changer de vie: ils se sont sédentarisés... et convertis à l'islam, religion majoritaire dans ce pays d'Asie du Sud-Est. Ces nomades avaient été approchés par une ONG islamique et des représentants des autorités indonésiennes qui encouragent les membres de tribus à se sédentariser, afin de faciliter l'aide et le recensement. Or pour obtenir une carte d'identité ouvrant droit à l'aide publique en Indonésie, toute personne doit déclarer une religion. Ce qui, dans le pays musulman le plus peuplé au monde, explique largement la conversion à l'islam des peuples indigènes, presque tous animistes au départ.

    Depuis janvier, ces 200 «Orang Rimba» vivent dans le district de Batang Hari, situé dans la province de Jambi. Assis dans une hutte sur pilotis, des enfants portant des calottes de musulmans et des hijabs y récitent le Coran. «Dieu merci, l'Etat prête maintenant attention à nous, alors qu'avant notre conversion, il nous ignorait», raconte Muhammad Yusuf, un leader de cette communauté qui reçoit désormais de la nourriture et des vêtements.

    Un choix désespéré

    L'initiative de ces «Orang Rimba» -qui signifie «habitants de la jungle- est en réalité un choix désespéré mettant en exergue l'échec du gouvernement à défendre les nomades, estiment des défenseurs des droits des peuples indigènes.

    Des défenseurs des droits des populations indigènes, eux, regrettent que même les groupes tribaux qui avaient réussi jusqu'ici à rester nomades soient désormais tentés de renoncer à leur mode de vie, en raison des difficultés à survivre dans la nature. »C'est l'échec de l'Etat qui ne sait pas les protéger«, confie à l'AFP Rukka Sombolinggi, secrétaire général de l'organisation de protection des peuples indigènes AMAN, en référence à la déforestation.

    En conséquence, les nomades «se tournent vers des prédicateurs ou l'Eglise dans certaines régions, car ceux-ci leur offrent une protection», dit-elle.

    Les tribus: 70 millions de personnes

    En Indonésie, un archipel de 17.000 îles et îlots qui possède une des plus grandes forêts tropicales de la planète, les tribus représentent environ 70 millions de personnes sur une population totale de 255 millions d'habitants.

    Parmi les tribus les plus connues figurent les Dayaks de l'île de Bornéo, tatoués de la tête au pieds, et les Mentawi, qui aiguisent leurs dents pour paraître plus beaux. Mais les »Orang Rimba« sont un des rares groupes nomades vivant en permanence dans la jungle.

    Yusuf souligne qu'il était de plus en plus difficile de trouver de la nourriture en forêt, et que les conflits opposant des membres de sa tribu à des représentants de sociétés convoitant leurs terres se multipliaient.

    Aujourd'hui, les quelque 200 »Orang Rimba« qui ont renoncé au nomadisme ont changé de vie et d'apparence.

    Ils ont troqué leurs étoffes traditionnelles contre des vêtements offerts par les services de l'Etat et des ONG.

    «C'est plus agréable d'être dans un village comme celui-ci, nous vivons mieux», dit Yusuf. Il a adopté ce nom islamique après être devenu musulman. Auparavant, il s'appelait Nguyup.

    Croyances superstitieuses

    Tous les »Orang Rimba« ne sont cependant pas prêts à franchir le pas. D'autres membres de la tribu vivent toujours dans la jungle. Ils s'abritent sous des bâches en plastique fixées à des tiges en bois et chassent les quelques animaux qu'ils trouvent dans les plantations de palmiers à huile.

    Ils changent d'endroit en moyenne trois fois par mois pour trouver du nouveau gibier et à chaque fois qu'un membre de la tribu meurt, comme l'exigent leurs coutumes. Malgré les conditions de vie difficiles et la malnutrition, ils restent résolument opposés à toute conversion à l'islam et à un mode de vie sédentaire.

    »Selon nos traditions, la conversion n'est pas autorisée«, affirme à l'AFP Mail, le leader du groupe. »Nous craignons d'être capturés par des tigres si nous manquons à notre serment«, dit-il en évoquant des croyances superstitieuses.

    D'autres nomades dans le pays s'étaient déjà convertis au sédentarisme et à l'islam, mais jamais autant en une seule fois. A la grande satisfaction des autorités qui encouragent la vie en société.

    Depuis sa conversion à l'islam, Yusuf dit ressentir une certaine »tranquillité". Mais il avoue que l'adaptation a pris un certain temps. Et sa famille attend toujours de recevoir les papiers d'identité promis...

     


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    La ministre des Affaires autochtones se fait rassurante concernant l’adhésion entière du Canada à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. 

    Carolyn Bennett a été saluée par une ovation, aux Nations unies, lorsqu’elle a officialisé la nouvelle annoncée la veille. Cette Déclaration de l’ONU, qui n’est pas juridiquement contraignante, énumère les droits des peuples autochtones dans le monde, notamment en matière de culture et de traditions, d’identité, de santé, d’éducation et de langues.

    La ministre canadienne a soutenu que la Déclaration, adoptée par l’ONU en 2007, reflète l’esprit et l’intention des traités conclus au fil du temps par le Canada avec les peuples autochtones, et qu’elle fera partie du processus de réconciliation promis par son gouvernement aux Premières Nations, Métis et Inuits.

    Le Canada avait été l’un des quatre seuls pays — avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis — à voter contre l’adoption de la Déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones en septembre 2007.

    Le gouvernement conservateur de Stephen Harper était alors préoccupé par les impacts que pourrait avoir cette déclaration sur le développement des ressources naturelles au pays. Il se demandait aussi comment arrimer les droits garantis par cette déclaration internationale avec ceux déjà enchâssés dans la Constitution canadienne.

    En novembre 2010, le Canada adoptait un « énoncé d’appui » au document de l’ONU, qui ne garantissait toutefois pas son adhésion pleine et entière.

    « Même si la Déclaration n’est pas juridiquement contraignante, ne constitue pas une expression du droit international coutumier et ne modifie pas les lois canadiennes, notre appui à ce document réitère notre volonté de continuer à travailler de concert avec les peuples autochtones pour bâtir un Canada meilleur », lisait-on alors dans l’énoncé d’appui.

    L’Association canadienne des producteurs pétroliers appuie la Déclaration des Nations unies et promet de collaborer avec les gouvernements et les peuples autochtones afin que ce nouveau traité s’arrime avec les lois canadiennes.  

    *

    Le gouvernement canadien a mis fin à ses objections à l’endroit de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Un pas important, mais qui, pour avoir un sens, devra se traduire en gestes concrets dont on ignore encore la portée et les contours.

    Lors de l’adoption de la Déclaration en 2007, quatre pays s’y sont opposés : le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis. Ils ont tous fini par la signer, mais depuis 2014, seul le Canada persistait à s’opposer et à parler d’un « document d’aspirations qui est juridiquement non contraignant ».

    Un principe en particulier inquiétait les conservateurs, celui d’obtenir « le consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause » des peuples autochtones lorsque des décisions ayant une incidence sur leurs droits ou leurs intérêts étaient prises. Ils craignaient que cela soit interprété comme un droit de veto sur des décisions prises dans « l’intérêt général ». En fait, le développement des ressources naturelles était leur premier souci.

    Du côté des peuples autochtones, on a toujours soutenu qu’il n’était pas question d’un droit de veto, mais d’un ensemble « de normes minimales nécessaires à la survie, à la dignité et au bien-être des peuples autochtones du monde ». Dans un document adopté en 2014, l’Assemblée générale précisait que les États s’engageaient avant tout à « coopérer avec les peuples autochtones, par l’intermédiaire de leurs propres institutions représentatives, en vue d’élaborer et de mettre en oeuvre des plans d’action, des stratégies ou d’autres mesures […] pour atteindre les objectifs de la Déclaration ».

    En campagne, les libéraux ont fait leur la recommandation de la Commission de vérité et réconciliation de mettre en oeuvre la Déclaration qui, doit-on préciser, n’a pas force de loi. Ils ont franchi un premier pas en levant les objections conservatrices, mais ce geste était le plus facile à poser. La mise en oeuvre sera nettement plus complexe.

    Le premier ministre Justin Trudeau parle avec constance de réconciliation et de nouvelle relation de nation à nation, mais il n’a pour l’instant présenté ni plan d’action ni stratégie pour donner corps à la Déclaration.

    Le député néodémocrate Roméo Saganash a pris les devants et présenté un projet de loi (C-262) qui obligerait le gouvernement à consulter les peuples autochtones et à coopérer avec eux afin de rendre les lois fédérales compatibles avec la Déclaration et afin d’élaborer et de mettre en oeuvre un plan d’action pour atteindre les objectifs énoncés. Les libéraux ont manifesté de l’intérêt, mais le reprendront-ils à leur compte ou l’appuieront-ils ? Ça reste à voir.

    D’autres tests les attendent. La Constitution de 1982 reconnaît des droits ancestraux ou issus de traités des autochtones, mais pour les faire respecter, ils ont dû multiplier les batailles juridiques. Quant à leurs revendications territoriales, elles s’enlisent généralement dans des négociations interminables.

    L’accès aux ressources naturelles en est souvent la raison. Les autochtones veulent avoir leur mot à dire sur ce qui se passe sur leurs territoires et bénéficier de tout développement qui s’y fait. Des jugements récents de la Cour suprême leur ont donné raison, mais plusieurs provinces résistent.

    Plusieurs cas à travers le Canada démontrent qu’elles ont tort, que leurs propres intérêts économiques seraient mieux servis par le dialogue. Le meilleur exemple vient du Québec, où, en 2002, les Cris et le gouvernement du Parti québécois ont conclu la Paix des Braves, une entente de nation à nation qui fait l’envie de bien des autochtones. Le gouvernement Trudeau osera-t-il aller dans le même sens ?  


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  • Sortie en salle du Livre de la Jungle : des tribus indiennes menacées d'expulsion

    De nombreux Baiga ont rapporté avoir subi de mauvais traitements de la part de gardes forestiers. Depuis qu’ils ont été expulsés de leurs terres ancestrales, ils vivent dans des conditions d’extrême pauvreté.

    Aux Indes ... (suite)

    © Survival International, 2013

    En Inde, des tribus sont expulsées des terres qui avaient inspiré l’écrivain britannique Rudyard Kipling pour son Livre de la Jungle. Disney en a fait une nouvelle adaptation cinématographique qui sort en salles aujourd’hui. Pourtant, rares sont les spectateurs qui savent qu’au nom de la protection des tigres, les territoires de ces tribus sont transformés en réserves naturelles auxquelles elles sont interdites d’accès. Les touristes, eux, y sont les bienvenus.

       En 2014, des centaines de Baiga et de Gond ont été illégalement expulsés de la réserve de Kanha, le plus grand parc national du centre de l’Inde et source d’inspiration du Livre de la Jungle. En parallèle, le tourisme de masse y est encouragé sous prétexte qu’il s’agit d’un lieu unique qui permet d’observer de nombreux tigres. Mais peu sont ceux qui, parmi les touristes ou les spectateurs allant voir le film d’animation de Disney, sont conscients des violences et des actes d’intimidation infligés aux peuples indigènes de la forêt du Livre de la Jungle.

    Le Département des forêts soutient que les villageois acceptent ces ‘relocalisations volontaires’ mais en réalité ils sont forcés, sous la menace ou à l’aide de pots-de-vin, de les accepter. Certains sont placés dans des camps de relocalisation gouvernementaux tandis que d’autres sont simplement chassés de leurs terres sans aucune autre alternative que celle de vivre dans le dénuement le plus total aux abords de leur territoire.

    Aux Indes ... (suite)

       Sukhdev, un Baiga, a été assassiné parce qu'il tentait d’acheter des terres pour sa famille, après avoir été expulsé en 2014 de son village situé dans la réserve de tigre de Kanha.

    © Survival

    En 2014, suite aux expulsions forcées de la réserve de Kanha, un Baiga a déclaré : ‘Nous avons été l’une des dernières familles à résister mais on nous a forcés à partir. Les agents de la réserve nous ont dit qu’ils s’occuperaient de nous pendant trois ans mais ils n’ont rien fait. Même quand mon frère a été assassiné, personne ne nous a aidés’.

    Un autre a témoigné : ‘Nous sommes perdus – nous errons en quête de terre. Ici, tout n’est que désolation. Nous avons besoin de la forêt’.

    Les villageois de la réserve d’Amrabad sont à nouveau menacés d’expulsion. Ceux de la réserve d’Achanakmar le sont également, malgré leur opposition opiniâtre.

    Les grandes organisations de protection de la nature qui ont soutenu la création de ces réserves naturelles ne se sont jamais prononcées contre ces expulsions. Pourtant, de nombreuses tribus en Inde vénèrent les tigres avec lesquels elles cohabitent depuis des générations. Rien ne prouve que les expulsions assurent la protection des tigres. En réalité, il est plus probable qu’elles aient des conséquences négatives sur eux car les populations locales sont exclues des efforts entrepris pour conserver la faune.

    Les peuples indigènes devraient être impliqués dans les politiques de protection des tigres. Ils sont les gardiens du monde naturel et savent prendre soin de leur environnement. Par exemple, la population de tigres vivant dans la réserve des Soliga – communauté qui n’a pas été expulsée de son territoire – a augmenté, comparée à celles du reste de l’Inde.

    Stephen Corry, directeur de Survival, a déclaré : ‘Nous espérons que ce film permettra d’attirer l’attention sur les abus qui sont actuellement perpétrés à l’encontre des peuples indigènes en Inde, au nom de la protection du tigre. Lorsqu’au XXe siècle la population de tigres a diminué cela n’avait rien à voir avec la présence des tribus à leurs côtés. Cela était dû à une industrialisation rapide et à un massacre de masse commis par des chasseurs britanniques et l’élite indienne. Pourtant, à travers tout le pays, des tribus en paient le prix : elles sont expulsées de leurs terres ancestrales pour laisser place à des milliers de touristes’.

    Lire en ligne: http://www.survivalfrance.org/actu/11210


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  •  Visite de Kate et William dans le parc national Kaziranga : 62 personnes assassinées au nom de la lutte contre le braconnage

    Aux Indes.....

     
      Ces dernières années des dizaines de personnes ont été assassinées pour ‘lutter contre le braconnage’ dans le parc national Kaziranga, Les gardes forestiers bénéficient d'une immunité et ne peuvent être poursuivis.
    © Survival

    Le prince William et Kate Middleton sont actuellement en Inde, en visite dans le parc national Kaziranga. Le parc Kaziranga est une réserve de tigres dont la politique de ‘tirer pour tuer’ a entraîné la mort de 62 personnes en tout juste 9 ans. Ces dernières ont été abattues par des gardes forestiers.

      Le parc national, situé dans l’Etat d’Assam, est devenu tristement célèbre dans tout le pays à cause des exécutions extrajudiciaires qui y sont commises. En effet, des gardes armés exécutent sommairement toute personne soupçonnée de braconnage et les populations locales seraient même payées pour dénoncer les personnes qu’elles soupçonnent d’être impliquées dans des activités de braconnage. Les gardes forestiers bénéficient d’une immunité qui les empêche d’être poursuivis par la justice.

      Cette politique de ‘tirer pour tuer’ a été critiquée par des organisations de protection de la nature car elle encourage la violence au lieu de lutter efficacement contre les réseaux criminels qui organisent le braconnage. Cette politique a été appliquée par Bishan Singh Bonal, l’ancien responsable du parc, qui dirige désormais l’organisme national chargé de la protection des tigres.

        La venue du couple royal au sein de la réserve s’inscrit dans le cadre de sa visite en Inde. Survival International a contacté le prince William, qui parraine plusieurs organisations de protection de la nature, l’exhortant à faire part aux autorités indiennes des préoccupations des tribus concernant les politiques oppressives de protection de la nature.

       Gladson Dungdung, un militant des droits des Adivasis (peuples tribaux indiens), a déclaré: ‘Si le prince visite cette réserve de tigres et – je pense que si il aime les tigres, il devrait aussi aimer les Adivasis, parce qu’on ne peut pas choisir entre les deux. La faune, la forêt et les Adivasis coexistent, donc on doit tous les aimer. Si on souhaite protéger une réserve de tigres, on doit aussi protéger les Adivasis et la forêt pour qu’ils continuent à exister sinon ils ne seront plus là et on ne trouvera plus de tigres non plus’.

    Dans d’autres régions en Inde, les peuples indigènes sont expulsés illégalement de leurs terres ancestrales au nom de la protection du tigre. Ils risquent d’être arrêtés et battus tandis que le tourisme de masse est encouragé.

    Protection de la nature dans les parcs nationaux


       Bardhan Singh a été sévèrement battu par des gardes forestiers dans la réserve de tigres de Kanha qui a inspiré le Livre de la jungle. Dans le monde entier, les peuples indigènes subissent de plus en plus les conséquences de la militarisation des politiques de protection de la faune.
    © Survival

     

     

     

      Les peuples indigènes sont les meilleurs défenseurs de l’environnement et les meilleurs gardiens du monde naturel. Prendre les tribus pour cible détourne l’attention de la lutte contre les véritables braconniers – des gangs criminels qui participent au commerce international illicite de la faune. Les populations tribales sont les ‘yeux et les oreilles’ de la forêt et sont donc les mieux placées pour attraper les braconniers, ou même pour signaler leur présence.

      Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ‘Cette visite est l’occasion idéale pour le prince William de dénoncer les exécutions sommaires menées au nom de la protection de la nature. Les exécutions extrajudiciaires ne devraient avoir aucune place dans les actions menées pour protéger les tigres. Pourquoi les grandes organisations de protection de la nature ne sont-elles pas celles qui condamnent fermement ce type de violences? Au lieu de cela, elles soutiennent des politiques de conservation de la faune qui portent préjudice aux peuples indigènes et ne font que faciliter la tâche des criminels qui gèrent les réseaux internationaux de braconnage. Prendre les peuples indigènes pour cible détourne l’attention de la lutte contre les véritables braconniers. Cela dessert aussi les efforts mis en œuvre pour protéger la nature’.

    Lire en ligne: http://www.survivalfrance.org/actu/11212 (17/04/2016)


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    La communauté autochtone Anagocag Mahigan estime que la décision historique du 14 avril vient remplir un désert juridique en ce qui concerne les Métis et les Indiens non-inscrits, ou qui vivent hors d'une réserve.

    Rappelons qu'un jugement de la Cour suprême du Canada a décidé que les Métis et Indiens non-inscrits sont bel et bien des Indiens au sens de la loi puisqu'ils sont des peuples autochtones.

    En vertu de ce jugement, ceux-ci peuvent se tourner vers le gouvernement fédéral pour négocier les mêmes avantages que ces accordés aux Indiens qui vivent dans les réserves.

    «Depuis nombre d'années, les gouvernements fédéral et provinciaux se renvoient la balle et nient leur responsabilité envers ceux-ci, ce qui a donné pour ces Autochtones des conséquences défavorables importantes et évidentes. Ces derniers sont privés de programmes, de services et d'avantages non tangibles que tous les gouvernements reconnaissent comme étant nécessaires», explique la communauté Anagocag Mahigan dans un communiqué.

    Selon elle, la Cour suprême a voulu mettre fin au bras de fer que se livraient les deux paliers de gouvernement sur la question de la compétence législative.

    «Aucun ordre de gouvernement n'a reconnu sa responsabilité sur le plan constitutionnel. Ce jugement garantit à la fois la certitude et la responsabilité à cet égard, réglant ainsi un conflit de compétence de longue date», peut-on lire plus loin.

    La communauté Anagocag Mahigan rappelle que la décision met fin à l'affaire Harry Daniels, qui date de 1999. Aujourd'hui décédé, ce dirigeant métis souhaitait que sa communauté obtienne les mêmes droits et avantages que ceux accordés aux «Indiens».

    Il souhaitait également que la Cour confirme l'obligation de fiduciaire envers eux de la part du gouvernement fédéral, ainsi que le droit de négocier des accords avec ce dernier.

    Des conséquences importantes

    Toujours selon la communauté Anagocag Mahigan, le jugement aura des retombées importantes pour le gouvernement canadien, qui pourrait devoir élargir la portée des programmes et avantages offerts aux Indiens qui vivent dans des réserves, pour les appliquer aux 600 000 Autochtones vivant à l'extérieur de celles-ci.

    La négociation de ces avantages pourrait concerner l'accès aux soins de santé, à l'éducation et le droit de négocier des traités territoriaux.

    «C'est un moment historique, mais ça signifie surtout, pour les représentants autochtones de l'ensemble du pays, que le travail juridique se termine, alors que le travail politique commence», précise le grand chef de l'Alliance autochtone du Québec, Robert Bertrand.

    «Sur le terrain, nous voyons bien les torts subis par les Autochtones. Plusieurs étaient en crise d'identité, ayant le sentiment de n'appartenir à aucun groupe social. C'est le vide que cherche à combler notre communauté et nous pourrons maintenant le faire avec encore plus de conviction. Désormais, notre mission consiste à défendre avec vigueur les droits de nos membres, en toute légitimité», ajoute le chef de la communauté autochtone Anagocag Mahiga, Richard Lapointe.


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      José Riva, un ancien député de l'Etat du Mato Grosso au Brésil, a été surnommé 'l'homme le plus corrompu du pays'.

    © Local media

    José Riva, un ancien député de l’Etat du Mato Grosso, surnommé ‘l’homme politique le plus corrompu du Brésil’, convoite le territoire d’une tribu isolée d’Amazonie dont il nie l’existence.

    Actuellement en prison, il fait l’objet d’une enquête : plus de 100 chefs d’accusation ont été retenus contre lui. Il est notamment mis en examen pour fraude présumée, corruption, association de malfaiteurs ainsi que pour d’autres crimes.

    M. Riva possède une ferme d’élevage sur les terres de la tribu isolée des Kawahiva, l’un des peuples les plus vulnérables de la planète. À plusieurs reprises, il a nié l’existence de cette tribu en dépit des vidéos et des photographies qui prouvent le contraire. Il a également fait pression afin que leur territoire soit ouvert à l’élevage et aux plantations.

    Il est un éminent défenseur de PEC 215, un amendement visant à modifier la Constitution brésilienne. Si celui-ci était adopté, il remettrait en cause les droits durement acquis des Indiens du Brésil.

    À propos du territoire des Kawahiva, José Riva a affirmé : ‘Il n’y a pas d’Indiens là-bas… Les gens font courir la rumeur selon laquelle il y aurait des Indiens isolés dans la région de Rio Pardo… J’ai signalé cette fraude’.


      Des agents gouvernementaux brésiliens ont filmé les Kawahiva lors d'une rencontre fortuite avec eux dans le bassin amazonien en 2011, révélant au monde leur existence.

    © FUNAI

     

      Riva ainsi que d’autres hommes politiques influents s’opposent à la démarcation et à la protection du territoire kawahiva. Ils ont des intérêts privés dans la région et soutiennent l’élevage et les activités minières qui s’avèrent mortels pour la tribu.

    Survival International, exhorte le gouvernement brésilien à démarquer et à protéger le territoire des Kawahiva et à mettre fin au génocide dont ils sont victimes. Tous les peuples indigènes isolés encourent la catastrophe tant que leur territoire n’est pas protégé. Des populations entières sont anéanties par la violence de personnes étrangères à leurs communauté qui volent leurs terres et leurs ressources, et par des maladies telles que la grippe et la rougeole contre lesquelles ils n’ont aucune immunité.

    Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré : ‘Durant des décennies, des éleveurs et des hommes politiques influents et corrompus ont nié l’existence des tribus isolées au nom du profit. Il leur est égal que leur cupidité anéantisse des peuples entiers. Plus le Brésil autorisera des personnes telles que Riva à piller le territoire et les ressources des Kawahiva, plus la tribu aura de risques d’être anéantie à tout jamais. Le Brésil peut aisément empêcher que cela ne se passe ainsi : tout simplement en protégeant leur territoire’.

    Lire en ligne: http://www.survivalfrance.org/actu/11147 Survival International (France)
    18 rue Ernest et Henri Rousselle
    75013 Paris     France

     
    © Survival International  |  Reconnue d'utilité publique

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  • Des Indiens vénézuéliens attaqués par des mineurs

     
    Un Indien hoti. Au Venezuela, de nombreuses tribus ont souffert des conséquences de l’exploitation minière sur leurs terres.

    © Jacques Jangoux/Survival

    Les Indiens yabarana d’Amazonie vénézuélienne ont été attaqués fin janvier par des mineurs armés alors qu’ils travaillaient de manière illégale sur le territoire de la communauté.

    Benjamin Perez, un leader yabarana à la tête de l’organisation indigène yabarana OIYAPAM, a été sévèrement battu et sa maison a été incendiée. Ayant reçu des menaces de mort, il est désormais en fuite.

    La Coalition des organisations indigènes de l’Etat d’Amazonas (la COIAM) a déclaré dans un communiqué que l’exploitation minière illégale avait ‘contaminé les rivières, par l’utilisation de mercure et d’autres substances toxiques’ et avait eu des effets dévastateurs sur les peuples indigènes, tels que ‘(…) la traite d’êtres humains, la présence de groupes armés engendrant des actes de violence et le trafic de pétrole et de substances illicites’.

    Ces dernières années, l’exploitation illégale de l’or, de diamants et d’autres minéraux – parfois organisée par des groupes armés qui revendiquent appartenir à la guérilla colombienne des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) – s’est propagée dans toute l’Amazonie vénézuélienne, affectant des groupes indiens tels que les Yanomami, les Hoti, les Panare, les Yekuana ou encore les Piaroa. Les mineurs les menacent constamment et contaminent les cours d’eau et le poisson dont ils dépendent pour leur survie.

    40 organisations vénézuéliennes ont publié une déclaration pour soutenir les communautés indigènes affectées. Elles appellent le gouvernement vénézuélien à mettre en place les mesures nécessaires pour mettre fin aux invasions illégales des territoires indigènes par des mineurs et des exploitants forestiers. Elles exhortent également l’Assemblée Nationale du pays à adopter une loi qui permettra d’accélérer la reconnaissance des territoires indigènes au Venezuela.

    Lire en ligne: http://www.survivalfrance.org/actu/11138 

       Survival International refuse toute subvention gouvernementale afin de ne pas être réduite au silence par ceux qui violent les droits des peuples indigènes. C'est pourquoi nous dépendons de vous pour financer nos actions urgentes. Le prélèvement régulier nous permet de planifier en toute sécurité nos campagnes pour aider les peuples indigènes à défendre leurs vies, protéger leurs terres et déterminer leur propre avenir.

       N'oubliez pas d'ajouter info@survivalfrance.org à vos contacts pour recevoir nos mail

    Survival International (France)
    18 rue Ernest et Henri Rousselle
    75013 Paris         France


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  • Les Doukha sont des chasseurs et non des braconniers, pourtant ils sont poursuivis en justice quand ils chassent sur leur territoire ancestral.

     

      Mongolie : des éleveurs de rennes interdits de chasse au nom de la conservation© Selcen Kucukustel/Magma magazine

    Dans le nord de la Mongolie les Doukha, des éleveurs de rennes nomades, peinent à nourrir leurs familles depuis que la chasse a été interdite au nom de la conservation de la nature. Leur territoire a été transformé en zone protégée en 2013 et s’ils sont pris en train de chasser on leur inflige des amendes qu’ils n’ont pas les moyens de payer ou bien ils risquent une longue peine de prison. Ils sont également soumis à des restrictions sur leurs espaces migratoires et doivent à présent demander une autorisation pour se rendre dans des campements éloignés.

       Les Doukha, aussi connus sous le nom de Tsaatan, sont environ 500. Si nombre d’entre eux ont été sédentarisés, environ 200 sont toujours des chasseurs-cueilleurs nomades. Ils migrent avec leurs rennes et vivent dans la taïga, sous des tentes qu’ils appellent alaci. Ils utilisent le renne pour se déplacer et pour le lait, ne tuant leurs animaux que lorsqu’ils vieillissent ou en période de disette. La chasse d’animaux sauvages tels que le cerf, le sanglier et l’élan et la cueillette de pommes de terre sauvages et de baies constituent la base de leur alimentation.

    Les Doukha chassent de manière raisonnée depuis des générations, respectant de strictes règles de chasse qui imposent le nombre d’animaux qu’ils peuvent tuer et quand et où ils peuvent chasser. Ces règles empêchent la surchasse, les encourageant à ne prélever que ce dont ils ont besoin. La chasse ne représente pas seulement une source de nourriture mais fait partie intégrante de leur mode de vie.

      Mongolie : des éleveurs de rennes interdits de chasse au nom de la conservation
       Les Doukha se déplacent à dos de rennes dont ils boivent le lait. Ils dépendent de la chasse et de la cueillette pour se nourrir.

       © Selcen Kucukustel/Magma magazine

       Les Doukha pratiquent des rites chamaniques afin d’exprimer leur reconnaissance et demander pardon à l’esprit de l’animal après une chasse fructueuse. Un aîné doukha explique : ‘Nous disons : ‘Terre-Mère nous te remercions infiniment de nous avoir offert ces animaux. Je souhaite que tous ces animaux te reviennent encore plus nombreux!’ Nous faisons aussi offrande d’un morceau de cette viande au feu, à la nature et aux esprits, avant de la manger’.

       Les Doukha ont du mal à comprendre pourquoi des étrangers leur imposent ces restrictions au nom de la conservation, alors qu’ils font déjà attention à la manière dont ils chassent et protègent leurs terres. Dans le monde entier, de nombreuses preuves démontrent que les peuples indigènes prennent, mieux que quiconque, soin de leur environnement. Ils sont les gardiens du monde naturel.

       Un aîné doukha affirme : ‘C’est chez nous ici. Nous vivons ici depuis des générations. Nous prenons soin de nos terres et les protégeons. Comment des étrangers peuvent-ils venir ici et nous dire de les protéger en nous imposant des amendes et des règlementations, alors que c’est ce que nous faisons depuis des siècles?’

    Lire en ligne: http://www.survivalfrance.org/actu/11075


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  • La femme feuille (Charles HERVE-GRUYER)

    2007     299    20,20 €

        Pour assister à certains rites de passage, une étudiante en ethnologie convainc un jeune Indien de la conduire dans son village natal. Ils vont s'enfoncer dans la forêt amazonienne et rencontrer, aux confins de la Guyane, du Surinam et du Brésil, les Malyaliana, les «hommes feuilles», une tribu vivant encore comme aux premiers jours du monde. Initiée par un chaman aux langages secrets de la nature, la jeune femme adopte peu à peu leur mode de vie, leur vision du monde, leur perception du temps, ce précieux équilibre où la nature est reine, mais à la merci des prédateurs humains.

       Charles Hervé-Gruyer a effectué de nombreuses expéditions en Amazonie. Dans ce roman d'aventures tout à la fois initiatique et ethnologique, il révèle sa profonde connaissance des Indiens, de leur culture en voie de disparition, tout en témoignant de son engagement pour préserver la nature et la diversité de la planète. 

    Extrait

    26 janvier
    Je viens d'aller te voir dans ton sommeil. Tu es si belle quand tu dors, Kulilu. Ton visage est rond comme la lune, tes traits sereins. J'ai effleuré tes cheveux noirs étalés sur l'oreiller, caressé ta peau mate et posé tout doucement un baiser sur ton front. Tes longs cils ont frémi. Tu rêves, mon enfant de la forêt ?
    Cet après-midi, quand je suis allée te chercher à l'école, tu n'as pas couru vers moi avec ton entrain habituel. Tu as regardé Cédric, ton petit copain. Ses deux parents étaient là pour l'accueillir. Son père l'a soulevé de terre pour l'embrasser, puis le garçonnet a pris les mains de ses parents et ils se sont éloignés. Ils partaient pour le week-end, tous les trois.
    Tu les regardais. Je t'ai prise dans mes bras.
    - Il est où, mon papa ?
    -Ton papa ? Eh bien... je ne sais pas. Tu veux ton goûter ?
    Tu as fait non de la tête.
    - Pourquoi je n'ai pas des cheveux blonds et des yeux comme toi ? Mes copines, elles disent que je suis pas ta fille. Cédric dit que tu m'as adoptée !
    - Adoptée ?
    Kulilu, à trois ans tu me poses déjà de telles questions ? Je t'ai déposée par terre et me suis accroupie devant toi. J'ai pris ton visage dans mes mains. Des larmes perlaient dans tes yeux en amande.
    - Kulilu, je suis ta maman, ta vraie maman. Tu es sortie de mon ventre. Simplement, tu ressembles à ton papa.
    - Il est comment, mon papa ?
    - Il est... C'est difficile de te le décrire. Il est très beau.
    - Pourquoi il n'est pas avec nous ?
    - Parce qu'il vit très loin d'ici...
    - On pourrait aller le voir ?
    - C'est impossible. Il vit dans un pays où on ne peut pas le rejoindre. Les portes se sont refermées derrière nous. Je te raconterai, un jour, je te le promets.
    Tu n'as rien dit, tu continuais à me fixer de tes prunelles de jais, si grandes qu'elles remplissent presque entièrement tes yeux bridés. Je savais ce que tu pensais. Ta question, je la sentais venir depuis des semaines. Depuis que tu vas à l'école, précisément. Que tu vois les autres enfants avec une maman et un papa. Je t'ai serrée fort dans mes bras.
    Il est où, ton père, Kulilu ? J'en crève de ne pas le savoir !

       Peux-tu comprendre ? J'ai peur de ne pas trouver les mots pour te parler de lui. Comment t'expliquer d'où tu viens, toi qui as pour seul horizon les deux pièces où nous vivons, les rues étroites du Ve arrondissement de Paris, l'école maternelle de la rue Mouffetard ? Comment te parler de la forêt, à toi qui ne connais des arbres que les marronniers du Jardin des Plantes ?
       Laisse-moi un peu de temps, Kulilu. Je ne suis pas prête.
       J'ai besoin d'écrire. Cela m'aidera à trouver les mots simples qu'une enfant peut comprendre.
       Après t'avoir couchée, je suis allée dans la salle de bain et je me suis déshabillée. Juchée sur le lavabo, Lili, notre petit singe, me regardait de ses yeux noisette. J'ai ouvert en frissonnant la boîte en vannerie d'aruma que m'avait fabriquée ton père. Les brins clairs et foncés de la vannerie dessinent des motifs : un aigle chasseur de chauve-souris et des chenilles à deux têtes. J'ai étalé sur le carrelage tout ce que j'avais rapporté de là-bas. Une flûte en os de cariacou, des colliers en graines rouges et noires et d'autres en dents de singes. Des bracelets de graines également. Un petit bol de terre cuite portant des gravures d'animaux : une grenouille, un tapir, un jaguar... Une curieuse boîte faite dans la gorge d'un singe hurleur, qui contient des plumes de toucan pour les parures. Un couteau taillé dans un éclat de bambou. Une hache en pierre que j'avais polie moi-même, j'en étais si fière !
       J'ai enfilé les colliers, attaché les bracelets autour de mes poignets. Lili était attentive. Notre cabinet de toilette est si petit que j'ai dû monter dans la douche pour pouvoir me regarder en entier dans le miroir. Tu te souviens, Lili ? Ces parures de plumes et de graines ont été mon seul vêtement pendant si longtemps !
    Les poils blonds de mon pubis faisaient beaucoup rire les femmes indiennes. Elles sont presque glabres, elles. Leur sexe ressemble à celui des petites filles.

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