• La femme feuille (Charles HERVE-GRUYER)

    2007     299    20,20 €

        Pour assister à certains rites de passage, une étudiante en ethnologie convainc un jeune Indien de la conduire dans son village natal. Ils vont s'enfoncer dans la forêt amazonienne et rencontrer, aux confins de la Guyane, du Surinam et du Brésil, les Malyaliana, les «hommes feuilles», une tribu vivant encore comme aux premiers jours du monde. Initiée par un chaman aux langages secrets de la nature, la jeune femme adopte peu à peu leur mode de vie, leur vision du monde, leur perception du temps, ce précieux équilibre où la nature est reine, mais à la merci des prédateurs humains.

       Charles Hervé-Gruyer a effectué de nombreuses expéditions en Amazonie. Dans ce roman d'aventures tout à la fois initiatique et ethnologique, il révèle sa profonde connaissance des Indiens, de leur culture en voie de disparition, tout en témoignant de son engagement pour préserver la nature et la diversité de la planète. 

    Extrait

    26 janvier
    Je viens d'aller te voir dans ton sommeil. Tu es si belle quand tu dors, Kulilu. Ton visage est rond comme la lune, tes traits sereins. J'ai effleuré tes cheveux noirs étalés sur l'oreiller, caressé ta peau mate et posé tout doucement un baiser sur ton front. Tes longs cils ont frémi. Tu rêves, mon enfant de la forêt ?
    Cet après-midi, quand je suis allée te chercher à l'école, tu n'as pas couru vers moi avec ton entrain habituel. Tu as regardé Cédric, ton petit copain. Ses deux parents étaient là pour l'accueillir. Son père l'a soulevé de terre pour l'embrasser, puis le garçonnet a pris les mains de ses parents et ils se sont éloignés. Ils partaient pour le week-end, tous les trois.
    Tu les regardais. Je t'ai prise dans mes bras.
    - Il est où, mon papa ?
    -Ton papa ? Eh bien... je ne sais pas. Tu veux ton goûter ?
    Tu as fait non de la tête.
    - Pourquoi je n'ai pas des cheveux blonds et des yeux comme toi ? Mes copines, elles disent que je suis pas ta fille. Cédric dit que tu m'as adoptée !
    - Adoptée ?
    Kulilu, à trois ans tu me poses déjà de telles questions ? Je t'ai déposée par terre et me suis accroupie devant toi. J'ai pris ton visage dans mes mains. Des larmes perlaient dans tes yeux en amande.
    - Kulilu, je suis ta maman, ta vraie maman. Tu es sortie de mon ventre. Simplement, tu ressembles à ton papa.
    - Il est comment, mon papa ?
    - Il est... C'est difficile de te le décrire. Il est très beau.
    - Pourquoi il n'est pas avec nous ?
    - Parce qu'il vit très loin d'ici...
    - On pourrait aller le voir ?
    - C'est impossible. Il vit dans un pays où on ne peut pas le rejoindre. Les portes se sont refermées derrière nous. Je te raconterai, un jour, je te le promets.
    Tu n'as rien dit, tu continuais à me fixer de tes prunelles de jais, si grandes qu'elles remplissent presque entièrement tes yeux bridés. Je savais ce que tu pensais. Ta question, je la sentais venir depuis des semaines. Depuis que tu vas à l'école, précisément. Que tu vois les autres enfants avec une maman et un papa. Je t'ai serrée fort dans mes bras.
    Il est où, ton père, Kulilu ? J'en crève de ne pas le savoir !

       Peux-tu comprendre ? J'ai peur de ne pas trouver les mots pour te parler de lui. Comment t'expliquer d'où tu viens, toi qui as pour seul horizon les deux pièces où nous vivons, les rues étroites du Ve arrondissement de Paris, l'école maternelle de la rue Mouffetard ? Comment te parler de la forêt, à toi qui ne connais des arbres que les marronniers du Jardin des Plantes ?
       Laisse-moi un peu de temps, Kulilu. Je ne suis pas prête.
       J'ai besoin d'écrire. Cela m'aidera à trouver les mots simples qu'une enfant peut comprendre.
       Après t'avoir couchée, je suis allée dans la salle de bain et je me suis déshabillée. Juchée sur le lavabo, Lili, notre petit singe, me regardait de ses yeux noisette. J'ai ouvert en frissonnant la boîte en vannerie d'aruma que m'avait fabriquée ton père. Les brins clairs et foncés de la vannerie dessinent des motifs : un aigle chasseur de chauve-souris et des chenilles à deux têtes. J'ai étalé sur le carrelage tout ce que j'avais rapporté de là-bas. Une flûte en os de cariacou, des colliers en graines rouges et noires et d'autres en dents de singes. Des bracelets de graines également. Un petit bol de terre cuite portant des gravures d'animaux : une grenouille, un tapir, un jaguar... Une curieuse boîte faite dans la gorge d'un singe hurleur, qui contient des plumes de toucan pour les parures. Un couteau taillé dans un éclat de bambou. Une hache en pierre que j'avais polie moi-même, j'en étais si fière !
       J'ai enfilé les colliers, attaché les bracelets autour de mes poignets. Lili était attentive. Notre cabinet de toilette est si petit que j'ai dû monter dans la douche pour pouvoir me regarder en entier dans le miroir. Tu te souviens, Lili ? Ces parures de plumes et de graines ont été mon seul vêtement pendant si longtemps !
    Les poils blonds de mon pubis faisaient beaucoup rire les femmes indiennes. Elles sont presque glabres, elles. Leur sexe ressemble à celui des petites filles.

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  • Sauver la planète

     ed. Albin Michel, 192 p., 2015, 18 euros

    Ce livre retrace l’histoire d’un peuple et le destin d’un homme qui s’est engagé contre la catastrophe écologique qui menace l’humanité. Devenu chef de son peuple à l’âge de dix-sept ans, Almir a été le premier Surui à faire des études universitaires. Diplômé en biologie, il s’est engagé dans la défense de ses terres ancestrales, réussissant à chasser colons et bûcherons qui mettront sa tête à prix. Aidé par une ONG écologiste, il se réfugie alors aux Etats-Unis où il va rencontrer les dirigeants de Google pour leur présenter son projet : utiliser Google Earth pour montrer la détérioration galopante de la forêt amazonienne (le plus grand réservoir de biodiversité au monde avec 390 milliards d’arbres et 16 000 espèces animales différentes) et ses conséquences pour l’environnement de la planète, et plus immédiatement pour les 400 000 Indiens du Brésil. Google s’y est associé et depuis, Almir Surui sillonne le globe pour promouvoir sa proposition de taxe-carbone. Récompensé en 2008 à Genève par le Prix des Droits de l’Homme, il a été classé parmi les cent plus importantes personnalités du Brésil. Plusieurs organisations internationales et de grandes entreprises ont depuis apporté aux Indiens Surui soutien logistique et financier. Almir Surui participe à de nombreuses conférences internationales sur le changement climatique et le développement durable.

    Considéré aujourd’hui comme l’un des plus grands activistes autochtones d’Amérique du Sud, Almir a été le premier Surui – un peuple indigène du Brésil – à faire des études universitaires. Diplômé en biologie, il s’est engagé dans la défense de ses terres ancestrales au péril de sa vie.

    Avec l’aide d’une ONG écologiste, il a trouvé refuge aux États-Unis où il a rencontré les dirigeants de Google pour leur présenter son projet : montrer, à travers Google Earth, la détérioration de la forêt amazonienne (le plus grand réservoir de biodiversité au monde avec 390 milliards d’arbres appartenant à 16 000 espèces différentes) ainsi que ses conséquences dramatiques pour la planète et, plus immédiatement, pour les 400 000 Indiens du Brésil.

    Écrit avec Corine Sombrun, passionnée par les mondes indigènes et le dialogue interculturel (Journal d’une apprentie chamane). Récompensé en 2008 à Genève par le prix des Droits de l’homme, Almir Narayamoga Surui fait partie des cent personnalités les plus importantes du Brésil.

    Almir Narayamoga Surui est né en 1975, cinq ans après la visite du premier homme blanc dans le territoire des Indiens Surui, au nord du Brésil. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands activistes autochtones d’Amérique du Sud.

      Corine Sombrun est l’auteur de plusieurs livres dont Journal d’une apprentie chamane. Passionnée par les mondes autochtones et le dialogue interculturel, elle est à l’origine du premier protocole de recherche sur la transe chamanique étudiée par les neurosciences.


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  • 2002 

      Ishi (1860 ou 1862-1916) est connu comme "le dernier des Yahi", sous-groupe de la tribu Yana en Californie. Il a été découvert effrayé et affamé à Oroville où il a été capturé et emprisonné. Alfred Kroeber demanda sa libération et le fit venir au musée de l'université de Californie à San Francisco pour étude. Theodora Kroeber publia sa biographie : Ishi in Two Worlds.

    Le peuple Yahi

      À partir de 1849, année de la grande ruée vers l'or en Californie, le peuple Yana subit pendant plus de 40 ans la farouche volonté des « blancs » de les voir tous exterminés. Autour de 3000 avant 1848, ils n'étaient plus qu'une quinzaine en 1870. Ces survivants étaient des Yahis, c'est-à-dire un sous-groupe des Yanas, vivant au sud du territoire Yana, entre les rivières Mille creek et Deer creek, sur la berge est du Sacramento et sur les contreforts du Mont Lassen.

      Lors du massacre de Three Knolls en 1865 qu'Ishi vécut alors qu'il était encore très jeune, sa mère et lui parvinrent à s'échapper avec quelques Yahis.

      Ces rescapés choisirent de rester « libres » et vécurent plus de 40 ans reclus et cachés, dans la clandestinité.

      En 1908, il n'en restait plus que quatre, et après qu'une expédition de techniciens d'un barrage électrique découvrit leur dernière cachette, il n'en resta plus qu'un seul, Ishi. Il continua à survivre seul jusqu'en 1911, où, à bout de souffle, il se rendit dans la ville d'Oroville où il fut capturé.

    La vie au musée

    Ishi avec une broche pour faire du feu par friction en 1914.

      Il fut transféré au Muséum de l'université de Californie, où il transmit aux ethnologues et linguistes (surtout Alfred Louis Kroeber et Edward Sapir à partir de 1915) beaucoup d'informations sur la culture Yana. Ishi fut nommé ainsi par Kroeber sous la pression des journalistes qui voulaient connaître son nom (ishi signifie homme en Yahi). Au printemps 1914, Ishi retourna en territoire Yana avec ses "amis" (selon les mots de T. Kroeber) Kroeber, Waterman et Pope pour une expédition ethnographique. Cette expédition fournit notamment la plupart des photographies d'Ishi chassant, nageant ou faisant du feu par friction ainsi que des noms de lieux et des détails techniques et religieux. Ishi mourut de la tuberculose, le 25 mars 1916.

      Théodora Kroeber (veuve de Alfred Louis Kroeber) a écrit un livre sur lui. Il est paru en 1961 en langue anglaise sous le titre Ishi in Two Worlds. La traduction française, de Jacques B. Hess, sous le titre d'Ishi, a été publiée en 1968 (Terre Humaine/Poche. Presses Pocket).

       Wikipédia


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  • Soleil hopi (Don C. TALAYESVA)

    2005   579 p.   9,10€ 

       L'auteur, Don C. Talayesva, est un Indien Hopi, chef du Clan du Soleil, né à Oraïbi, à l'est du Grand Canyon du Colorado, en mars 1890. Il a assisté à l'implantation graduelle de l'administration gouvernementale et aux efforts d'américanisation soutenus en ces territoires pueblos par les autorités, parfois avec le concours de l'armée.   La présente autobiographie, Soleil hopi, est un livre singulier. C'est tout d'abord un rare document sur une tribu indienne qui nous est décrite de l'intérieur, comme un ensemble vivant et gouverné par une harmonie interne. A ce titre, il est considéré comme un des grands classiques de l'ethnologie. C'est ensuite, et surtout, un homme qui témoigne avec naïveté, vivacité et sagesse de son attachement réfléchi aux cadres traditionnels, à une attitude religieuse dans tous les grands moments de la vie.  
         Hostile par expérience à une américanisation des siens et de sa tribu, Talayesva ne se refuse toutefois pas à une évolution nécessaire, qu'il estime, quant à lui, tragique. La richesse de la personnalité de ce chef indien, les événements historiques qu'il a vécus, nous valent un livre exceptionnel que son caractère établit comme une œuvre littéraire d'avant-garde.  
         Indien hopi, chef du clan du Soleil, Don C. Talayesva est né en 1890 à Oraïbi, à l'est du Grand Canyon du Colorado. Malgré sa formation conforme aux préceptes hopi, il a tenu à recevoir l'éducation scolaire et chrétienne que le Gouvernement américain s'est efforcé de développer chez les Indiens pueblos. A la suite d'une grave maladie, qu'il interpréta comme un avertissement, il décida de revenir au pays et aux vieilles traditions. "  
        Joyau de la littérature ethnographique " (Claude Lévi-Strauss) et autobiographie exemplaire, Soleil hopi a paru chez Plon en 1959 dans la collection " Terre humaine ". Don C. Talayesva est mort en 1976 dans la paix indienne.

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  •  

    2013   424 p.  128 € (anglais, français, allemand)

    (Egalement disponible en version collector XXL)

      Les Dernières Ethnies : avant qu’elles ne disparaissent (Jimmy Nelson) Des steppes d’Asie aux îles du Pacifique, en passant par les sommets himalayens, l’Américain Jimmy Nelson a fixé sur pellicule les ethnies qui tentent de préserver leur identité face au rouleau compresseur de la mondialisation.

    Article publiée dans le n° 55 (mars 2014) de Terraéco

       Il a posé son regard sur les Tsaatan de Mongolie, marché sur les pas des Himbas de Namibie et suivi les Asaro jusqu’en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

       Le photographe américain Jimmy Nelson a fixé les traces des « dernières » tribus de la planète. « Je voulais faire un travail ambitieux sur le plan graphique. Un travail que l’on ne pourrait effacer et qui conserverait la mémoire d’un monde qui disparaît très rapidement », dit-il.

    Maori, Nouvelle-Zélande. -Crédit Photo : © jimmy nelson pictures bv

       Si les images semblent exhumées d’un carnet d’aventurier du XIXe siècle, c’est bien un témoignage d’aujourd’hui que nous livre le photographe. L’œuvre est remarquable, même si le parti pris esthétisant délaisse les sentiers du journalisme et, a fortiori, ceux de l’anthropologie. Peu importe, sans doute. 

    Les Dernières Ethnies : avant qu’elles ne disparaissent (Jimmy Nelson)             Dropka, Inde et Pakistan. -Crédit Photo : © jimmy nelson pictures bv

    Cette déambulation planétaire – 44 pays traversés – nous touche autrement. Elle offre un miroir à l’humanité tout entière, dans lequel elle pourra se contempler et (re)découvrir ses origines. —

     Le site Before they   

       Cet ouvrage, qui fera date, présente les cultures tribales de par le monde. Avec la mondialisation, une attention toute particulière doit être portée sur ces sociétés pour leurs styles de vie distinctifs, leur art et leurs traditions. Elles vivent en harmonie totale avec la nature, ce qui est devenue une rareté dans notre ère moderne. Jimmy Nelson ne se contente pas de nous présenter à l’aide d’images stupéfiantes les coutumes et les artefacts, il nous offre également des portraits saisissants de peuples qui sont les gardiens d’une culture qu’ils ont l’espoir, ainsi que nous, de transmettre dans toute sa gloire aux générations futures. L’appareil photo de Nelson capture, pour la postérité, le moindre détail dans sa complexité et dans toute sa nuance. Qui plus est, cet apparat splendide est mis en valeur sur un fond de somptueux paysages parmi les plus vierges.

      Les Dernières Ethnies : avant qu’elles ne disparaissent (Jimmy Nelson)   Cet hommage aux cultures tribales de par le monde est un indispensable pour tous les amoureux de la photographie documentaire.

    Résonnera à des niveaux esthétiques, intellectuels et émotionnels – et sera un magnifique souvenir pour les générations futures.  (FNAC) 

    [Par Julien Beauhaire
     
     Les Dernières Ethnies : avant qu’elles ne disparaissent (Jimmy Nelson) Ils sont Kazakhs de Mongolie, Himba de Namibie, Huli, Asaro et Kalam de Papouasie, Chukchi de Russie, Mursi d’Éthiopie ou Massai de Tanzanie. Ils représentent les dernières civilisations tribales, « ces peuples intacts » qui vivent encore en totale harmonie avec la nature primitive. La rencontre entre le photographe Jimmy Nelson et les éditions allemandes d’art teNeues offrent à voir parmi les plus belles images des chasseurs-cueilleurs de notre planète.
       Plus qu’un livre de photographies, Les dernières ethnies avant qu’elles ne disparaissent constitue pour les générations futures un témoignage inédit de cette partie de l’humanité qui subsiste – encore – et ne connaît pas la mondialisation.
    Un véritable voyage en terre inconnue.]
                                                                              Kazakhs, Mongolie. -Crédit Photo : © jimmy nelson pictures bv
     Les Dernières Ethnies : avant qu’elles ne disparaissent (Jimmy Nelson)

     

    Les Dernières Ethnies : avant qu’elles ne disparaissent (Jimmy Nelson) Les Dernières Ethnies : avant qu’elles ne disparaissent (Jimmy Nelson)

     

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  • 2008    318 p.

       Grand classique de la collection " La Vie quotidienne ", cet ouvrage fut longtemps la principale introduction à l'étude des anciens Aztèques. Il demeure aujourd'hui une référence incontournable. La cosmologie, les croyances religieuses et les rites des Aztèques y sont présentés, ainsi que leur organisation sociale et politique, et les cadres qui rythment leur existence quotidienne. L'auteur conjugue avec bonheur le regard de l'ethnologue et le savoir de l'historien.

       Jacques Soustelle (1912-1990), à côté d'une vie publique tumultueuse et controversée, fut aussi un grand anthropologue, spécialiste des civilisations indiennes du Mexique, contemporaines et du passé. Il a été élu à l'Académie française en 1983.


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  • Utopie sauvage (Darcy RIBEIRO)

    1990   192 p.  15,35

        Darcy Ribeiro, anthropologue et spécialiste des tribus indiennes d'Amazonie, est né au Brésil en 1922. Nommé recteur de l'Université de Brasilia, lors de sa création, il fut ensuite ministre de l'Éducation et prit, à ce poste, des initiatives remarquables. Exilé après le coup d'État militaire 1964, il a enseigné dans divers pays d'Amérique latine et notamment au Pérou, jusqu'à son retour au Brésil en 1976. Il est mort en 1997, laissant une œuvre considérable.


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  • La chute du ciel (

    2010     828 p;   28,50 €

       Un grand chaman et porte-parole des Indiens Yanomami offre dans ce livre un récit exceptionnel, à la fois témoignage autobiographique, manifeste chamanique et cri d'alarme contre la destruction de la forêt amazonienne. Il y relate à la première personne son histoire hors du commun et ses méditations de chaman face au contact prédateur de la frontière blanche à laquelle son peuple se trouve confronté depuis les années soixante. Ce livre a été écrit à partir de ses paroles, recueillies en langue yanomami, par un ethnologue avec qui il a lié une très longue amitié.   
       Trois parties composent l'ouvrage :   
       -"Devenir autre" retrace sa vocation de chaman depuis l'enfance jusqu'à son initiation à l'âge adulte. Elle décrit par ailleurs toute la richesse d'un savoir cosmologique séculaire acquis grâce à l'usage de puissants hallucinogènes.  
       -"La fumée du métal" relate, à travers son expérience personnelle, souvent dramatique, l'histoire de l'avancée des Blancs dans la forêt, missionnaires, ouvriers, routiers, chercheurs d'or, et leur cortège d'épidémies, de violences et de destructions. 
       -Enfin, "La chute du ciel" rapporte son odyssée pour dénoncer la décimation de son peuple lors de voyages en Europe et aux Etats-unis.  Emaillé de visions chamaniques et de méditations ethnographiques à propos des Blancs, ce récit débouche sur un appel prophétique qui annonce la mort des chamans et la chute du ciel pour dénoncer la dévastation de la forêt amazonienne par le "peuple de la marchandise".  

    Extrait     MÉMOIRES D'OUTRE-MONDE

      Dans ce qu'on pourrait nommer «la bibliothèque indienne» de Terre Humaine, où se sont exprimés magistralement de grands spécialistes et des penseurs comme Claude Lévi-Strauss, Darcy Ribeiro, Roger Bastide, Pierre Clastres, Philippe Descola, Francis Huxley, Jacques Soustelle ou de nobles voix indiennes telles que celle de l'Indien hopi Don C. Talayesva, du Yahi Ishi, du Sioux Tahca Ushte ou même d'Helena Valero, jeune métis enlevée à treize ans sur le Rio Negro au Brésil par les Yanomami et devenue, durant vingt-quatre ans, Napëyoma, une femme yanomami à part entière, se sont imposées avec une telle force de conviction qu'elles résonnent désormais à nos oreilles avec le son symbolique d'un tocsin. Ces hommes et femmes inspirés rejoignent les grands témoins des peuples premiers que révèle Terre Humaine sur les cinq continents.

      Le tocsin d'un peuple premier - je préfère parler de «peuple racine» - que notre Occident orgueilleux et dominateur n'a pas hésité à brutaliser, à déstructurer et finalement à réduire dans des réserves, où ces nations antiques indiennes poursuivent leur existence en étant l'ombre de ce qu'elles ont été. L'Unesco annonce 2010 comme l'«Année internationale du rapprochement des cultures».

      Plaise au ciel que ce «rapprochement» n'ait pas pour préalable l'intégration, comme cela a été si souvent au titre du développement ; c'est-à-dire la désintégration, au nom de la vérité et du progrès. Chaque semaine, deux langues disparaissent alors même qu'elles sont le support d'une civilisation et sans doute, selon l'Unesco, «la plus grande création du génie humain». L'Unesco nous rappelle que, dans sa politique de défense des droits des peuples, sa voix contre ces crimes de l'esprit n'est guère entendue.

       Dans cette tribu Terre Humaine dont tout Occidental devrait écouter la voix avec une émotion teintée de remords, s'impose aujourd'hui un extraordinaire chaman, Davi Kopenawa ; sa voyance et sa méticulosité, en vérité stupéfiantes, nous font voyager à travers le monde imaginaire des esprits amérindiens, à la manière dont Henri Michaux ou Antonin Artaud nous ont fait pénétrer dans le nôtre. Imaginaire, pour nous, mais bien réel pour Davi Kopenawa, puisqu'il voit les images de ses xapiri, descendants des ancêtres animaux et leur parle et partage leur vie.

    Revue de presse

      L'expérience exposée par Bruce Albert et Davi Kopenawa est en effet celle d'une catastrophe : la disparition de la forêt d'Amazonie et de ses habitants, humains et non humains. La beauté du livre vient de ce que cette catastrophe est racontée par ceux qui en sont les victimes, et ce dans leur langage. D'où le titre : La Chute du ciel, c'est le moment où la forêt sera écrasée par le ciel parce que le dieu Omama et les esprits xapiri ne le soutiendront plus. Alors Omama aura perdu sa lutte contre Teosi, le dieu des missionnaires pour lequel ont été ouvertes les routes de la forêt...
    Dérisoire superstition ? Ces idées s'inscrivent pourtant dans des actions réelles. (Frédéric Keck - Le Monde du 12 novembre 2010 )

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  • La Grande Séparation

    Hervé Juvin livre un essai flamboyant et engagé contre l'uniformisation du monde.

    Par Hervé Juvin Gallimard, coll. Le débat, 388 pages, 22,50 euros.

    Un plaidoyer passionné pour la diversité des sociétés humaines, menacée par la mondialisation qui uniformise les modes de vie - non seulement à travers les échanges commerciaux, l'information globalisée, les migrations ou le tourisme, mais aussi sous l'effet d'une idéologie bien-pensante prônant la convergence de tous les peuples vers le modèle politique et économique occidental. Pourtant, contrairement aux illusions européennes sur le « dépassement des nations », les particularismes - nationaux, régionaux, ethniques - s'affirment plus que jamais, entraînant le renforcement des frontières. On suit l'auteur dans cette charge, au style flamboyant, contre l'émergence de l'« homme hors-sol », séparé de sa propre histoire et de la nature. On est moins convaincu par le relativisme généralisé auquel elle semble aboutir, accordant une même légitimité morale à tous les modèles politiques ou familiaux, pourvu qu'ils soient sanctionnés par la tradition.

    Réappropriation : « Partout, des hommes luttent, combattent et meurent pour avoir leur monnaie, leurs frontières, et la liberté suprême de devenir ce qu'ils sont. (…) L'histoire du peuple d'Israël au cours de la seconde moitié du XXe siècle illustre cet espoir. (…) A sa manière, le printemps arabe, devenu printemps islamiste, l'illustre tout autant (…). La réinvention d'un monde islamique exprime la même réappropriation de leur histoire de la part de ceux qui ont vécu, à tort ou à raison, toute modernisation comme une occidentalisation, toute tentative de démocratisation comme une agression des Croisés. »

    Peuples disparus : « Les "peuples premiers" pouvaient encore faire rêver les grands coureurs du monde dans les années 1950, la plupart d'entre eux ont disparu (…), et les nouveaux Etats-nations agissent avec la brutalité nécessaire pour supprimer les moeurs, les usages et les codes qui semblent incompatibles avec le conformisme occidental et qui, plus encore, menaceraient leur image de pays émergents. »

    Individualisme : « Il n'y a plus "nous et les autres" (…) il n'y a que des je, que des moi, indéfiniment sommés de se trouver, de se construire, de s'affirmer (…). La diversité des existences individuelles à l'intérieur de chaque société supprime toute diversité entre elles. »

    Survie : « La diversité des sociétés humaines est la condition du maintien de la capacité d'évolution de l'espèce humaine, autrement dit de notre survie. »

    C'est l'hiver au calendrier de Guémené, en français «montagne blanche». Drôle de nom pour un village breton, sans doute. Dans les années 1960, les femmes y portaient encore la coiffe, et je sens toujours l'odeur de la corne brûlée sortant de la maison d'à côté, celle du maréchal-ferrant, qui ferrait à glace les chevaux de trait... Mais qui a vu pareil hiver ? La bruine arrose les champs de bon matin, et le soleil fait lever la brume de chaque sillon, quand je pars courir pour réveiller en moi ce qui y vit encore. Déjà décembre, les fumées montent droit des cheminées, je descends à petites foulées par la grand-place vers le pont du Don. Voici la maison où le connétable Du Guesclin aurait dormi, avant la bataille de Grand-Fougeray, et voici le pailler où c'était si bon de se cacher, des après-midi entières, avec l'ami Rémi et les filles de la rue de derrière l'église. Comment s'appelaient-elles, déjà ? Et qu'est devenue la belle blonde aux longues jambes, la fille du marchand de meubles, si chaude à treize ans et si prête pour l'amour ? Nous en étions si loin, pauvres garçons de son âge, si loin d'elle et si autres, comme nous le sommes restés ! Il n'y a plus d'église à cette place, transformée en parking. La piété locale et l'ardeur des missions l'ont démolie voici plus d'un siècle, pour ériger sur une autre place un monstre moderne et démesuré. Les paroissiens furent bien punis de leur sottise, ils ne trouvèrent jamais les moyens de finir leur église. Sa façade stupide est restée un demi-siècle fermée de planches disjointes et battue par les vents, faute de financement pour le clocher. Des subventions (venues d'où ?) permirent d'achever ce projet avorté voici vingt ans.
    C'est mon village, et c'est là que je reviens chercher ce qui ne sera jamais souvenir, mais revenir - ce qui retient un passé qui se dérobe. Qui parvient encore à conserver de tels souvenirs ? Modeste commerçante, ma grand-mère que la moisson de la Marne avait faite veuve à vingt ans, déjà grosse d'une petite fille qui ne connaîtrait jamais son père, chaque année tenait pour honneur de fleurir l'autel de la Vierge, et tous les cinq ans de le faire repeindre à ses frais. Qu'aurait-elle dit, à présent que l'église remplit à grand-peine ses premières travées, et encore, pour les grandes fêtes chômées seulement : Noël, Pâques et surtout la Toussaint - la Bretagne est la terre des morts, auxquels reste dû ce que l'on n'accorde plus aux dieux ? J'ai grandi dans le souvenir pieux de Du Guesclin qui bouta les Anglais de ce coin de Bretagne, depuis lors demeuré à la France. Qui le célébrerait aujourd'hui, en ces temps d'Europe proclamée «notre terré» ? Et les reposoirs du mois de mai, le mois de Marie, quand les pétales des jeunes fleurs jonchaient le sol sous les pas de la procession, et les files de barques sur le Don, ramant vers la vallée, et cette foi conciliante avec les êtres et avec le monde ? Je revois le curé Chevalier, levant les bras au ciel : «Que sait-on de la vie ?» Qu'en sait-on, en effet ? Ce monde était sans doute tout ce que vous voulez qu'il ait été, sévère, fermé, mais il donnait à chacun sa place, à chacun son histoire, et que faut-il de plus au bonheur des gens ordinaires, à notre bonheur ?

    Hervé Juvin y soulève une question dérangeante, celle de «l’écologie humaine». Un large accord existe désormais sur la nécessaire préservation de la biodiversité. Mais la diversité humaine ? La diversité des cultures ? Nous n’avons pas moins à nous préoccuper, plaide Hervé Juvin, de sauvegarder le trésor que représentent les différentes manières d’être homme, aujourd’hui laminées par la mondialisation, un développement économique aveugle et l’indifférenciation juridique. Il y faut plus qu'une politique attentive à maintenir les conditions de survie des cultures et des civilisations dans leur originalité. Il y faut une redécouverte du vrai sens de la politique.


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  • Peuples autochtones dans le monde :les enjeux de la reconnaissance

    juillet 2013, 372 pages, ed. l'Harmattan, 37,50 euros

    Parution de l'ouvrage collectif « Peuples autochtones dans le monde : les enjeux de la reconnaissance », dirigé par Irène Bellier aux éditions L'Harmattan - 2 juillet 2013

    L'ouvrage « peuples autochtones dans le monde : les enjeux de la reconnaissance » vient de paraître aux éditions L'Harmattan dans la collection « horizons autochtones ». Il a été conçu à partir d'un atelier international consacré aux peuples autochtones, à leur reconnaissance et aux enjeux autour de l'autodétermination, organisé par l'équipe SOGIP en juin 2011.

    Le livre peut être commandé en ligne sur le site de l'éditeur L'Harmattan (format papier, PDF ou e-book) en cliquant ici

    Liste des contributeurs par ordre d'apparition :

    Rodolfo Stavenhagen ; Irène Bellier ; Leslie Cloud, Verónica González, Laurent Lacroix ; Silvia Lopez da Silva Macedo ; Stéphanie Guyon, Benoît Trépied ; Martin Préaud ; Virginius Xaxa ; Scott Simon, Awi Mona ; Yves-Marie Davenel ; Nigel Crawhall ; Raquel Yrigoyen Fajardo ; Marco Aparicio Wilhelmi ; Jean Leclair ; Clive Baldwin, Cynthia Morel ; Lesle Jansen ; Mick Gooda.

    4ème de couverture :

    Le 13 septembre 2007, l'Assemblée générale des Nations unies adopte la Déclaration des droits des peuples autochtones. Après plus de 20 ans de négociations compliquées, les peuples indigènes qui partagent une histoire de domination, de marginalisation et d'exclusion dans la construction des États sont reconnus comme sujets de droit, jouissant du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Cette reconnaissance internationale ouvre toute une série de questions sur la place des peuples autochtones dans le monde aujourd'hui, sur les luttes menées pour les respecter comme êtres humains, comme citoyens, comme peuples, égaux et différents.

    Ce livre a été conçu à partir d'un atelier international, financé par le Conseil européen de la recherche, organisé par l'équipe SOGIP (ERC 249236) qui travaille sur les échelles de la gouvernance reliant les Nations unies, les États et les peuples autochtones, et sur les sens de l'autodétermination à l'heure de la globalisation. La première partie porte sur le legs colonial et les enjeux politiques et sociaux des processus de catégorisation, la seconde aborde les évolutions du champ juridique et des constitutions. En mettant en évidence les héritages de l'histoire et les spécificités régionales de différents processus, les chapitres évoquent la diversité des situations dans le monde, en faisant ressortir les points communs et les lignes de transformation.

    Les contributions d'anthropologues, de sociologues, de juristes et d'acteurs autochtones montrent les articulations entre les domaines du social, du politique et du juridique qui témoignent des mécanismes – et des résistances – à l'oeuvre dans le processus d'ouverture d'un espace de reconnaissance des peuples autochtones.

    Table des matières :

    Préface 
    La protection des droits autochtones : le défi de la mise en œuvre
    Rodolfo Stavenhagen

    Introduction
    La reconnaissance internationale des peuples autochtones
    Irène Bellier

    Première partie----LES ENJEUX POLITIQUES DES CATEGORIES

    Catégories, nominations et droits liés à l'autochtonie en Amérique latine. Variations historiques et enjeux actuels
    Leslie Cloud, Verónica González, Laurent Lacroix

    Pourquoi vous nous appelez Indiens ? La catégorie d'indien et son appropriation par les populations autochtones au Brésil
    Silvia Lopez da Silva Macedo

    Les autochtones de la République. Amérindiens, Tahitiens et Kanak face au legs colonial français
    Stéphanie Guyon, Benoît Trépied

    Peuples autochtones dans le Pacifique. Héritages coloniaux et gouvernance autochtone 
    Martin Préaud

    La conscience adivasi (indigenous peoples) en Inde
    Virginius Xaxa

    L'autonomie autochtone à Taiwan. Un cadre légal en construction
    Scott Simon et Ahwa Mona

    Des inorodcy aux korennye narody : modalités de la reconnaisances des peuples « autochtones » en Fédération de Russie
    Yves-Marie Davenel

    L'Afrique et les droits des peuples autoctones : un bilan des réactions à la Déclaration des Nations unies
    Nigel Crawhall

    L'appréhension du concept « peuples autochtones » dans le contexte africain

    Seconde partie-----CE QUE LE DROIT FAIT AU POLITIQUE

    Constitutionnalisme pluraliste et peuples autochtones en Amérique latine Du multiculturalisme à la décolonisation
    Raquel Yrigoyen Fajardo

    La (re)construction de l'autonomie autochtone comme composante du  projet de décolonisation en Bolivie : le cas de Jésus de Machaca
    Marco Aparicio Wilhelmi

    Institutions autochtones et traditions juridiques nationales. Articulations et contradictions : le cas canadien
    Jean Leclair

    Recourir à la déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones dans des actions en justice
    Clive Baldwin, Cynthia Morel

    Les peuples autochtones dans le droit international : le cas des San de Namibie
    Lesle Jansen

    Etablir une relation entre le gouvernement et les peuples autochtones d'Australie
    Un entretien de Martin Préaud avec Mick Gooda

     


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  • «L’homme a adapté le monde à ses besoins»; Notre espèce a commencé très tôt à dominer son environnement. Une chercheuse française retrace son extraordinaire ascension

    «L’homme a adapté le monde à ses besoins»;

    Quel destin! L’homme a beau n’être qu’une espèce animale parmi beaucoup d’autres, il tient un rôle sans équivalent dans la nature. Son influence est devenue aujourd’hui si cruciale que certains scientifiques ont été jusqu’à décréter qu’il avait inauguré une nouvelle ère géologique, à qui ils ont donné son nom: l’anthropocène. Chercheuse associée au laboratoire SPHERE (Sciences, philosophie, histoire) de l’Université Paris 7, Valérie Chansigaud revient dans un livre sur cette «histoire mouvementée».

    Le Temps: L’énorme influence que l’homme exerce sur la nature n’est pas «accidentelle», dites-vous. Elle n’est pas liée à un événement précis, comme la révolution industrielle, ni même à une culture particulière, comme la civilisation occidentale… D’où vient-elle alors?

    Valérie Chansigaud:Lorsque je me suis plongée dans cette histoire, la question du début s’est tout de suite posée. Or, plus j’avançais dans ma recherche, plus j’étais contrainte de remonter dans le temps. L’homme a bâti son succès sur la transformation de son environnement, dans le but de rendre le monde toujours plus propice à sa survie. Il a déployé là une stratégie extraordinairement efficace, puisqu’il a ainsi conquis, en quelques dizaines de milliers d’années, la totalité des terres émergées, à l’exception de l’Antarctique. D’autres espèces en ont forcément pâti.

    – A quand remonte le début de cette emprise?

    – Il existe deux écoles à ce sujet. La première avance que la transformation du milieu naturel et la disparition de nombreux grands animaux au terme de la dernière période glaciaire s’expliquent par des modifications du climat. La seconde estime que ces phénomènes ont été causés par l’homme. La controverse, qui date d’il y a 30 ou 40 ans, n’est toujours pas tranchée. Mais les chercheurs qui privilégient l’influence humaine possèdent, à mon avis, quelques bons arguments. La grande faune [dont les représentants pèsent au minimum plusieurs dizaines de kilos] a ainsi disparu voici 10000 à 15000 ans en Amérique du Nord, et quelques milliers d’années plus tard dans les Caraïbes. Il s’avère qu’aucun changement climatique n’explique un tel décalage. En revanche, chacune de ces deux dates correspond à l’arrivée de l’homme. Le début de cette emprise remonte donc, selon moi, à la préhistoire.

    – Les peuples modernes de chasseurs-cueilleurs ont la réputation de vivre en harmonie avec la nature. Qu’en pensez-vous?

    – C’est là une image vivace, qui renvoie au mythe chrétien de l’innocence originelle et d’un début des temps figé, où l’homme n’aurait connu aucune évolution. Elle me laisse sceptique. Nombre d’études archéologiques et ethnographiques montrent à l’inverse que l’arrivée de populations humaines, même réduites, provoque un dépeuplement presque immédiat de la grande faune. Et ce pour deux raisons: la chasse, qui atteint régulièrement des niveaux importants, et la peur, qui suit l’arrivée de tout nouveau prédateur. L’idée que l’homme installe dans la nature un paysage de peur ne nous est pas agréable, notamment lorsque nous parlons de peuples premiers. Mais c’est juste la réalité.

    – L’homme pèse sans doute sur la nature depuis longtemps. Son impact n’en a pas moins augmenté de manière considérable dans la période récente…

    – Tout à fait. Il faut cependant préciser que cette évolution a été progressive. Elle n’est pas l’apanage de la révolution industrielle. Chaque grande civilisation a accentué la pression sur l’environnement. Des travaux tendent à prouver, par exemple, que la Chine antique a exercé une influence très destructrice sur la nature. Plus destructrice encore que les Etats du bassin méditerranéen à la même époque. Cela dit, en donnant à la civilisation européenne les moyens de s’étendre dans le monde entier, la Renaissance a suscité un bouleversement d’une ampleur sans précédent. Elle a provoqué la création des plus grands empires de l’histoire et la mise en place d’un système économique basé sur le pillage et la destruction de la nature comme de l’homme. L’exploitation des Caraïbes a causé rien moins que la disparition des peuples indiens autochtones, puis le transfert de multitudes d’esclaves en provenance d’Afrique. L’histoire de la domination de la nature par l’homme est inséparable de celle de la domination de l’homme par l’homme.

    – Qu’est-ce qui caractérise ce début de XXIe siècle?

    – Nous sommes passés d’impacts locaux à des impacts globaux. Le réchauffement climatique en est un bon exemple, puisqu’il est le produit d’émissions provenant d’un peu partout, et qu’il affecte en retour l’atmosphère dans son entier. Le modèle économique dont j’ai parlé, qui promeut un enrichis-sement sans limite au détriment de la nature, a été intégré par la quasi-totalité des pays du monde.

    – Parallèlement, la révolution industrielle a favorisé l’apparition d’un large mouvement de protection de la nature…

    – Effectivement. L’émergence de la société industrielle s’est accompagnée de toutes sortes d’excès qui ont soulevé de vives inquiétudes. Il en est résulté un puissant courant humaniste, qui s’est déployé sur plusieurs fronts, de la lutte contre l’esclavage à la défense des droits de la femme, en passant par la promotion d’une éthique concernant les animaux. Le mouvement de défense de la nature ne s’est pas constitué en opposition à l’homme, comme on le dit souvent. Il s’inscrit tout au contraire dans une démarche générale de moralisation de la société. Le principe sous-jacent est qu’en acquérant un pouvoir considérable sur la nature, l’homme s’est imposé une responsabilité particulière envers elle.

    – La même sensibilité règne-t-elle encore aujourd’hui?

    – Non, pas exactement. Le mouvement de défense de la nature a évolué sous l’influence des ­scientifiques pour devenir plus technique et moins morale.

    Si la construction d’un port dérange une colonie d’oiseaux,

    on trouvera toutes sortes d’experts pour évaluer la situation avec précision et organiser avec minutie le déplacement des oiseaux. Peu de gens, en revanche, se poseront des questions sur l’opportunité de construire un port. Je ne juge pas une telle attitude. Je me contente de la constater.

    L’Homme et la nature – Une histoire mouvementée, de Valérie Chansigaud, Ed. Delachaux et Niestlé, Paris, 2013.


    AU 
     

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  • Pieds nus sur la terre rouge (Solenn BARDET)

    2008    324 p.   23,50 €

     -- Assise sur son sac à dos, la narratrice dessine des vagues dans le sable et ne pense plus à rien. A peine lève-t-elle la tête pour recevoir, dans un regard indéchiffrable, la piste brune que l'horizon dresse, "tout au bout du dernier tronçon de route goudronnée". Elle vient de tourner une page. Au loin, se dressent les plateaux du Kaokoland, cette région égarée de Namibie que plus aucun blanc ne fréquente. Un moteur de 4x4 finit par gronder quelques heures plus tard. Le pick-up stoppe à sa hauteur, Solenn monte, l'engin repart en brinqueballant. On aimerait croire que tout commence là, dos à la route. Il n'en est rien et c'est sans doute sa grande intelligence que de nous refuser cette solution. Rompre ne s'inscrit pas dans un moment qu'il est possible de circonscrire.
      Désert du Kalahari. La narratrice se démène, ne sait rien voir, s'ennuie. Etanga, capitale des Himbas. Les signes de l'exotisme africain ne nous retiendront pas : la force du récit est ailleurs. Solenn Bardet n'advient jamais autant à elle-même que dans la forme romanesque de son récit. On ne peut qu'être frappé par l'incroyable talent dont elle fait preuve. Et regretter qu'il soit encore coincé entre les deux poncifs du genre. Celui du ridicule de la civilisation occidentale, figure éculée du récit de voyage. Poncif rhétorique ensuite : passages de descriptions narratives alternant avec des passages de définitions et de jugements.

     Joël Jégouzo-- -- Urbuz.com

     -- Ce livre est d'abord la narration d'un voyage un peu fou d'une jeune fille de 18 ans. Il fallait être culottée pour réaliser un tel périple dans un pays qui était inconnu de l'auteur. Il y a plein de rebondissements, la description de diverses rencontres avec des personnages en général dotés d'un fort caractère, l'émerveillement devant les paysages, la découverte d'une nouvelle culture. Solenn Bardet nous fait part de ses émotions et sait nous les transmettre.

      Ce livre est aussi la rencontre avec un peuple : les Himbas. Leur culture est très éloignée de la nôtre, elle est très complexe sinon impénétrable d'après l'auteur qui a su se faire adopter, dans tous les sens du terme, par cette population.

      Ce livre est enfin un cri de désespoir. Les Himbas et leur culture sont menacés par la mégalomanie des dirigeants politiques de Namibie qui veulent construire un immense barrage, par l'arrivée de la "modernité" avec tous ses produits non absolument nécessaires, par les ravages liés à la consommation d'alcool, par l'industrie du tourisme et son voyeurisme associé...

      Lorsque j'ai commandé ce livre, je ne m'attendais pas à être aussi ému et à découvrir un problème aussi poignant.

      Les Himbas ont une cause à défendre, une culture à sauvegarder. Pour ces raisons, depuis son retour, Solenn Bardet s'engage très concrètement auprès de ce peuple. 

       -- Solenn Bardet décrit dans ce livre son expérience vécue quelques 15 ans plus tôt avec le peuple Himba, dans le Kaokoland (Namibie). C'est un récit sincère, une aventure qui vous tiendra hors d'haleine, pleine de surprises et de tendresse, le tout englobé dans une écriture fluide et surprenante. Je conseille fortement la vision du dvd "Rendez-vous en terre inconnue" avec Muriel Robin chez les Himbas.

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  • Un brin d'herbe contre le goudron

    2012, 188 pages, 18 euros

    En janvier 2012 s'est achevé un procès historique : la compagnie pétrolière Chevron-Texaco a été condamnée à verser 19 milliards de dollars pour avoir pollué la forêt amazonienne. En face du géant américain, Maria Aguinda et les trente mille victimes équatoriennes de cette pollution. Maria a toujours vécu au coeur de l'Amazonie. Quand l'exploitation du pétrole a commencé, personne ne s'est méfié. Mais les puits se sont multipliés et des résidus de cette pâte noire ont contaminé les sols et les rivières. Les animaux sont morts, les plantes ont dépéri. La nourriture est venue à manquer. Puis les hommes sont tombés malades : les pathologies cutanées et les infections respiratoires ont décimé les habitants de la forêt. Maria a vu mourir son mari et deux de ses enfants. En 1993, elle refuse la loi du plus fort et porte plainte, aux côtés de trente-neuf victimes. Après des années de procédure, l'incroyable se produit : Maria et les autres ont gagné ! Grâce à ce jugement historique, les indigènes amazoniens, si longtemps méprisés par les multinationales et par leurs propres gouvernements, ont retrouvé leur fierté. Cet ouvrage est écrit avec la collaboration de Patrick Bêle, grand reporter au Figaro.

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    « Un brin d’herbe contre le goudron » vient de sortir aux Editions Michel Lafon. Il s’agit du récit autobiographique de Maria Aguinda, l’un de 39 plaignants qui ont attaqué Texaco en justice pour les dégâts provoqués par l’exploitation pétrolière de la compagnie étatsunienne en Equateur entre 1964 et 1990. Je suis très honoré d’avoir participé à l’écriture de ce livre en recueillant les récits de son héroïne. Cela m’a aussi permis de vivre l’expérience unique de partager le quotidien d’une communauté kichwa de l’Amazonie équatorienne pendant plusieurs semaines.

    Ce livre est le récit d’un rencontre entre une femme humble et extraordinaire et l’histoire. Cette femme n’est pas une indignée. C’est une révoltée, révoltée dès son enfance contre des parents qui ne veulent pas qu’elle aille à l’école, révoltée contre les convenances qui l’obligent à accepter un mari qu’elle ne connaît pas mais qu’elle finira par aimer. Mais surtout révoltée contre les gringos de Texaco dont l’activité pétrolière a réduit à néant son environnement.

    « Nous étions au Paradis, nous sommes tombés en enfer » m’a-t-elle raconté lors de nos longs entretiens. Pour elle, Texaco a tout tué : les poissons, la rivière, la faune et la flore, la forêt et surtout la culture. « Ma culture ? Ne dépendre de rien ni de personne. Seule la forêt devrait dicter sa loi » explique-t-elle. Aujourd’hui, elle voit ses enfants contraints de travailler pour toucher un salaire afin d’acheter la nourriture qu’auparavant la forêt dispensait sans réserve.

    C’est aussi cela la mondialisation : l’imposition à tous, même aux populations vivant dans les lieux les plus reculés, de participer au grand marché global. Débuté en 1993, la procédure a traîné aux Etats-Unis jusqu’à ce qu’un juge de New York décide en 2002 que seul un tribunal équatorien était compétent dans cette affaire. Le procès n’a abouti à un jugement qu’en 2011 au tribunal civil de Lago Agrio en Equateur.

    La justice équatorienne a confirmé en janvier 2012 la condamnation de Chevron, qui a racheté Texaco entre temps, à 19 milliards de dollars de réparations, la plus importante peine jamais prononcée dans une affaire de pollution. Cette somme est le résultat d’une estimation du coût de réparation des dommages causés par l’exploitation pétrolière : nettoyage de l’eau, de la terre, création d’un système d’adduction d’eau, création d’un réseau de santé, etc. Les minutes du jugement, qui sont en partie reproduites à la fin de l’ouvrage, montrent que cette sentence a été minutieusement construite.

    «La justice a enfin reconnu que je ne mentais pas, que mon mari et deux de mes enfants n’étaient pas morts par hasard », explique Maria Aguinda. Bien sûr, Chevron ne disposant d’aucun actif en Equateur, il sera difficile pour les autorités de ce pays de contraindre rapidement la compagnie pétrolière à verser ces dommages et intérêts. Mais cette condamnation n’en reste pas moins un extraordinaire précédent qui risque d’avoir des suites dans d’autres pays. Au Brésil, suite à une fuite du un puits offshore, le gouvernement a pris il y quelques semaines une décision de saisie conservatoire des biens de Chevron pour une valeur de 9 milliards de dollars. « Un brin d’herbe contre le goudron » est un témoignage poignant sur le colonialisme d’aujourd’hui qui provoque des catastrophes multiples, particulièrement dans les Andes, dont les premières victimes sont souvent les populations autochtones.

    Un brin d'herbe contre le goudron, Maria Aguinda avec la collaboration de Patrick bèle, Edition Michel Lafon, 189 pages, 17,95 euros. 


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  • Les neuf leçons du guerrier maasai

    2013    317 p.    22 €

    En rencontrant Kenny un jour de mars 1983, en plein coeur du pays maasaï, au Kenya, Xavier Péron ignorait qu'il allait bouleverser sa vie. Au bout d'une incroyable initiation qui a duré trente ans, l'auteur a triomphé de ses peurs, de ses doutes, mais aussi de ses chagrins amoureux.

    Sans qu'il l'ait recherché, sa révélation lui a permis de rencontrer le véritable Amour, et de devenir, tel son alter ego maasaï, un authentique guerrier pacifique. Ce roman initiatique s'adresse à tous ceux qui aspirent à la Liberté, à la Sagesse, et à l'Amour. Il dévoile pour la première fois l'héritage spirituel unique de ce peuple emblématique d'Afrique.

    Pour les Maasaï, chacun a la capacité d'être son propre maître. À la découverte de ces neuf leçons de vie, le lecteur possédera toutes les clés pour se retrouver en paix avec lui-même.

    «La destinée de chaque être humain est dépendante de la volonté de la Déesse Enk'Aï ; celle de Xavier a été de lui permettre d'écrire ce livre phare pour éclairer la vôtre. Que ses mots vous bénissent.»

    Kenny Matampash

      Xavier Péron, enseignant-chercheur en anthropologie politique et expert des peuples premiers, voue sa vie aux Maasaï. Il a publié sur ce peuple célèbre et méconnu à la fois, de nombreux articles et leur a également consacré six ouvrages ainsi que deux films documentaires. Il a été maître de conférences en Sorbonne puis à l'île de La Réunion jusqu'à la fin des années 1990. Il se consacre depuis à son chemin initiatique. Il vit actuellement à Angers (France).

    Extrait

    «Ejo tungani shaat ena naa torrono ena, kake meeta enayiolo te pokira.»

    «L'homme dit : ceci est bon, cela est mauvais, mais il ignore tout du sens de la paire !»
    Sagesse maasaï

    Prologue : Au village des sisals sauvages

    Indupa (pays maasaï, Kenya)
    22 février 2010

    Le temps céda sous un ciel de tourmente, la pluie cingla, libérant de tièdes odeurs de terre humide qui m'enivrèrent d'un bonheur total, incompréhensible. Il en était toujours ainsi lorsque je me retrouvais sous le parasol dansant de l'acacia, avec Kenny, sur une butte dominant son village et toutes les plaines alentour.
    Trempés sous les hallebardes, nous nous collâmes l'un à l'autre pour éviter d'avoir froid et nous nous laissâmes envahir par des bouffées de foi en la nature. Il nous fallait communier de nouveau à cette sensation prégnante d'appartenance à l'univers. C'était un rituel acquis depuis notre première rencontre et auquel nous ne dérogions jamais. La seule différence cette fois, et elle était de taille, c'était ce ciel de tempête qui jetait son acier sur des pâturages à l'aspect dru et de couleur bien verte. Une terre pourtant habituée aux teintes sèches et brûlées de certaines poteries.
    Je flottais dans ce paysage d'étain embué, comme lorsque j'étais gamin et que j'ignorais tout de lui, l'homme de mon rêve. Ce rêve qui m'était revenu jusqu'à l'adolescence... Suis-moi, personne ne te fera de mal ! me susurrait-il de sa voix caressante en me serrant dans ses bras. L'instant d'après, il se transformait en un grand rapace immobile très haut dans le ciel... Imite-moi, vole de tes propres ailes ! Sans craindre quoi que ce soit, je le rejoignais et, main dans la main, nous descendions en spirale jusqu'à nous poser sur une plage de sable fin. Là, je me glissais, esprit et corps confondus, dans une ronde d'enfants autour d'une énorme sphère lumineuse. Puis nous repartions à tire-d'aile, planant au-dessus des cônes brillants de volcans qui dominaient des vallons majestueux, pour décrocher à proximité de cet acacia au tronc jaune pâle. Chez lui, chez les Maasaï, même si je ne le savais pas encore à l'époque.
    C'est drôle, pensai-je, c'est en avion et non plus en volant avec mes propres ailes que je reviens désormais chez lui. La veille, j'avais pris le TGV à Quimper, en Bretagne, sous des voiles de bruine et une grisaille humide, puis un gros jet rouge de la compagnie Kenya Airways à destination de l'aéroport Jomo Kenyatta à Nairobi où il m'attendait, ou plutôt : où il nous attendait.
    Je n'étais pas venu seul. À cinquante-quatre ans, je venais de rencontrer «La» femme. Je ne l'attendais plus et pourtant ! Je l'avais reconnue au premier regard. Mon coeur bat pour elle. Si bien que j'avais décidé de venir aussitôt lui présenter Alexandra en chair et en os. Comme un gosse qui ne pouvait pas attendre.

    Un mot de l'auteur

      En découvrant le vrai sens du mot Amour et en achevant d'écrire ce livre, je me suis rendu compte que j'avais trouvé l'harmonie en moi, la vraie joie. J'avais recollé les pièces découpées de ma connaissance de la vie et de moi-même. Ça s'est fait très lentement, étape par étape. C'est cette lenteur qu'il m'a fallu accepter de vivre dans un état permanent de grande fragilité et en attendant de moins en moins, en apprenant surtout à vivre l'instant Présent. Je me suis alors souvenu de loin en loin de l'Initiation que m'avait proposé de traverser en maître mon frère maasaï, il y a plus de trente ans. J'ai voulu par mon histoire, rythmée un peu partout à travers le monde (Paris, une île en Bretagne, le Kosovo, l'Ile de La Réunion, etc.) vous transmettre mes richesses, ou plutôt partager avec vous un trésor que chacun est invité à découvrir en empruntant la voie du «guerrier maasaï» ; une histoire enrichissante certes, car c'est le propre d'un récit initiatique (un récit où j'ai tant appris de mes péripéties mais surtout où vous apprenez avec moi), mais aussi qui reflète le vrai mouvement que devrait être toute vie, comme une longue respiration, inspire-expire. Je dévoile enfin à la fin du roman de ma vie les clés de la spiritualité de ce peuple premier emblématique d'Afrique, si connu par des clichés mais pas pour leur vérité universelle : apprendre à tenir debout en paix avec soi-même, dans l'Amour et le partage. Je le lis et le relis pour toute l'Encipaï (Joie intense) qu'il fait couler en moi comme du miel. Maintenant, c'est à votre tour sans modération.

    Xavier Péron

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  • 2007    341 p.    21 €

      Suite à une noyade, Xavier Péron fait, jusqu'à l'adolescence, un rêve étrange où un homme drapé de rouge l'entraîne dans une ronde de milliers d'enfants, autour d'un gigantesque rocher sphérique. Lorsqu'il rencontre, en 1982, au Kenya, cet homme, Kenny - porte-parole le plus respecté de la cause maasaï -, il prend conscience qu'il a été choisi pour recevoir et transmettre l'énergie de ce peuple pastoral emblématique d'Afrique. Et découvre que les signes, et coïncidences troublantes, qui se sont accumulés depuis l'enfance ont balisé son chemin...

      Dans l'extraordinaire espace initiatique des Maasaï, au coeur de la beauté brute et libre du Rift, Xavier Péron nous fait partager ses fabu­leuses expériences de classe d'âge, ses aventures intimes mais aussi ses évolutions, ses doutes et ses engagements...

      Spécialiste des Maasaï, Xavier Péron a quitté le monde universitaire pour se consacrer à diffuser leur cri d'alarme. Il a co-réalisé deux documentaires sur les Maasaï : Maasaïitis (avec Cédric Klapisch, Canal+, 1991) et Maasaï, Terre interdite, (avec Kristin Sellefyan, 2006).

    Extrait du prologue :

    Vous êtes le résultat de ce que vous avez pensé.
    Le Bouddha.

    Dimanche 8 octobre 2006, Karrec-Hir, pays pagan, grande marée d'automne, coefficient de 114, une heure avant l'étalé de basse mer

     Une fine bruine tombe sans bruit d'un ciel uniformément gris ; je foule à grandes enjambées un long moutonnement de dunes aux lourds relents de pourriture iodée. Pays breton de la fin des terres habitées, pays de mon enfance, pèlerinage des marées d'équinoxe que je ne manque sous aucun prétexte. Leur exhalaison suffit souvent à me remémorer en une suite rapide de sensations vives les scènes clés de mes premières années, mais aussi leur raison d'être au regard de ce que j'ai vécu depuis en des lieux pourtant si différents. Cette année ne fera pas exception. J'y revois les épais tapis de goémon séchant sous la surveillance étroite d'alouettes suspendues en l'air. Je me souviens que le varech entassé qui fermentait sous une calotte de terre formait comme des huttes rondes, somme toute pas très éloignées des habitations maasaï, sortes de paniers renversés recouverts de terre et de bouse, que je connaîtrais plus tard. Le décor de plis et de bosses à l'infini d'herbes blondes qui, dans un fondu de brume grise, fourmille des pépiements de myriades d'oiseaux des marais - bécasseaux, pluviers, barges et aigrettes - renforce cette évocation du pays maasaï. À l'inverse, au Kenya, combien de fois ne me suis-je imaginé, au sommet d'une ondulation couleur de blé, soûlé d'une même cacophonie de limicoles, franchir cette dune-ci pour me retrouver face à la mer.
      Coïncidences mystérieuses, à l'instar de la place qui est la mienne au sein de ma fratrie : neuvième et dernière position, quand le neuf est le chiffre sacré des Maasaï. La numérologie, avec une rare obstination, m'a toujours indiqué la voie de quelque chose d'essentiel.

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  • 2012   188 p.  18,25 €

      Ce magnifique ouvrage illustré de photographies inédites est un hommage à la gloire des femmes amérindiennes du XIXe siècle, ces femmes nomades qui complétaient parfaitement les grands chefs et les guerriers. Leurs paroles, leurs visages, témoignent de façon éloquente et poignante de la sagesse, de la force et de la beauté d'âme qui les caractérisaient. Les histoires traditionnelles, les légendes et les rituels illustrent le rôle important joué par le féminin dans la culture sacrée des tribus.
     Judith et Michael Fitzgerald ont consacré de longues périodes de leur vie à découvrir, à travers le monde, les cultures traditionnelles et à participer à des cérémonies sacrées, parmi lesquelles les rites sacrés des tribus Apsaroke, Sioux, Cheyenne, Shoshone, Bannock et Apache. Michel Fitzgerald a écrit une douzaine de livres sur les religions du monde, et s'est concentré tout spécialement sur la spiritualité amérindienne. Il a reçu, avec félicitations, le titre de Docteur en Théorie et Philosophie des Lois (Jurisprudence) de l'Université d'Indiana. Michael a enseigné les Religions traditionnelles des Indiens d'Amérique du Nord dans le Département de formation continue de l'Université d'Indiana, à Bloomington. Michael et Judith ont été tous deux adoptés par la tribu Apsaroke (Crow) et la famille de feu Thomas Yellowtail, l'un des chefs spirituels Amérindiens les plus vénérés du siècle dernier.
       Judith Fitzgerald est diplômée de l'Université d'Indiana. Elle est artisan, calligraphe et designer graphique ; elle a collaboré avec Michael sur une série d'ouvrages à grand succès présentant des citations et paroles inspirantes — dont
       -Le Monde Sacré des Amérindiens (World Wisdom, 2003).
      Ils sont mariés, ont un fils à présent adulte, et vivent à Bloomington dans l'Indiana.
     Janine Pease (qui signe la préface), présidente fondatrice du Collège Little Big Horn de l'Agence Crow dans le Montana, fut la présidente du Consortium pour les Etudes Supérieures des Amérindiens. Directrice de la Fondation pour le Collège Amérindien, et membre du Conseil National Consultatif sur l'Education Indienne, elle est vice-présidente du Collège des Montagnes Rocheuses pour les Affaires Amérindiennes. Dr Pease, membre des tribus Crow et Hidatsa, a reçu plusieurs récompenses prestigieuses : le titre d'Educatrice Indienne de l'Année, la Bourse MacArthur du Genious Award » (pour récompenser le talent) et le prix ACLU (American Civil Liberties Union, Union pour les Libertés Civiles Américaines) Jeanette Rankin. Elle a été nommée l'une des "Cent Personnalités du Siècle dans le Montana" par le Missoulian Magazine, désignée comme "Quelqu'un du Montana qui marque les mémoires" par le Montana Magazine, et reconnue comme l'une des quatorze plus importants leaders Amérindiens du XXe siècle dans le New Warriors par R. David Edmonds.

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  • 2012     300 p.   19,50€

      Corine Sombrun rencontre Enkhetuya, chamane du peuple Tsataan, au nord de la Mongolie, à l'orée des années 2000. Cette femme à la personnalité exceptionnelle, qui vit encore dans un univers autarcique où, de génération en génération, on élève des rennes et on respecte les esprits de la nature, va lui transmettre un enseignement millénaire fait de rites et de cérémonies, gardiens de l'harmonie du monde.

      Tout en évoquant l'enfance d'Enkhetuya, née en 1957 en pleine taïga, son dur apprentissage de chamane dans une République populaire qui en interdit la pratique, ce récit passionnant retrace l'histoire d'un peuple de nomades qui a vécu comme à l'aube de l'humanité pour basculer il y a peu dans l'ère du marché planétaire.
      Corine Sombrun appartient à cette lignée rare d'écrivains qui placent l'esprit humain et ses facultés largement inexploitées au coeur de leur recherche ; elle poursuit ici une quête initiée avec le Journal d'une apprentie chamane.

      Pianiste et reporter pour BBC World Service dans une autre vie, Corine Sombrun a raconté dans ses précédents ouvrages ses incroyables aventures en Amazonie
       -Journal d'une apprentie chamane
     et en Mongolie, où les esprits de la steppe l'ont adoubée chamane à son corps défendant
       -Mon initiation chez les chamanes,
       -Les tribulations d'une chamane à Paris.
     Son dernier livre,
       -Sur les pas de Geronimo,
      bientôt traduit aux États-Unis, retrace sa rencontre avec Harlyn Geronimo, et le combat exemplaire de son grand-père. Elle est également à l'origine du premier protocole de recherche sur la transe chamanique mongole étudiée par les neurosciences en collaboration avec des chercheurs français et nord-américains.

       Introduction: 

    "J'effectuais un reportage en Mongolie pour la BBC quand le chamane Balgir m'a reconnue comme l'une des leurs. Il a alors confié mon apprentissage à Enkhetuya, une chamane de l'ethnie des Tsaatans.
    Ce «peuple des rennes», originaire de la région de Touva en Sibérie et dont l'habitation est le tipi, a perpétué jusqu'au milieu du XXe siècle un mode de vie nomade remontant à l'âge du bronze. Sédentarisé en 1957 par le gouvernement de la République populaire mongole, il a été regroupé sur le site de Tsagaannuur, à la frontière nord-ouest de la Mongolie. Leurs rennes sont devenus la propriété de l'État et des quotas de productivité ont été imposés. En quelques années, les troupeaux, confinés dans des fermes, ont été décimés par les maladies. La plupart des Tsaatans ont dû renoncer à l'élevage et ont sombré dans l'alcoolisme. Face à ce constat, le gouvernement les a de nouveau autorisés à nomadiser dans la taïga. À la seule condition que leurs bêtes soient numérotées et les quotas d'élevage maintenus.
    En 1992, après l'adoption d'une nouvelle Constitution et le retrait des troupes de l'ancienne Union soviétique de Mongolie, les rennes ont été restitués aux Tsaatans.
    Enkhetuya vivait sur la rive ouest du lac Khovsgol, à cent quatre-vingt-quinze kilomètres au sud-ouest du lac Baïkal, quand je l'ai rencontrée en 2001. Les Tsaatans ne comptaient plus alors qu'une trentaine de familles, réparties de part et d'autre de la rivière Shishged. Une population et une culture en voie de disparition, m'avait-on dit. Mais j'étais loin d'imaginer qu'en seulement dix ans, j'allais être le témoin d'un effacement bien plus rapide que celui annoncé par les prévisions les plus pessimistes.
    Avant que ce peuple des rennes ne disparaisse à jamais, il m'a donc semblé important de transmettre son quotidien, ses traditions et leur transformation. Conséquence d'une mondialisation qui allait bouleverser la mémoire et l'équilibre d'un mode de vie ancestral."    CS

    Revue de presse

      Enfin un bon livre sur la Mongolie ! Depuis le fabuleux
      -Bêtes, Hommes et Dieux, de Ferdynand Ossendowski,
       qui date (tout de même...) de 1924, le pays de Gengis Khan a surtout suscité des odes gnangnan au nomadisme. La Française Corine Sombrun rompt avec cette "tradition", en nous racontant la vie d'Enkhetuya ("Rayon bienfaiteur"), née en 1957 dans la tribu des Tsaatan, cette minorité du nord de la Mongolie qui vit dans des tipis (et non des yourtes) et se déplace à dos de renne (et non de cheval), popularisée chez nous par l'émission Rendez-vous en terre inconnue, avec Virginie Efira...
      Il faut bien l'avouer, les récits sur le chamanisme ressemblent souvent à un bric-à-brac un peu fumeux. Ici, ils prennent un tour poétique, en prise directe sur l'immensité de la steppe, le froid de l'hiver, les hurlements des loups. Corine Sombrun elle-même sera initiée. (Jérôme Dupuis - L'Express, octobre 2012 )

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  • 2012   148 p.   17 €

       Ce magnifique ouvrage est illustré de nombreuses photographies sépia témoignant de la vie et de la sagesse du peuple amérindien. Agrémenté de l'avant-propos de James Tropser, chef Shoshone de la Danse du Soleil et des plus belles citations des chefs des temps anciens, il nous ouvre au monde sacré et traditionnel des Amérindiens.
       Judith et Michael Fitzgerald ont consacré de longues périodes de leur vie à découvrir, à travers le monde, les cultures traditionnelles et à participer à des cérémonies sacrées, parmi lesquelles les rites sacrés des tribus Apsaroke, Sioux, Cheyenne, Shoshone, Bannock et Apache. Michel Fitzgerald a écrit une douzaine de livres sur les religions du monde, et s'est concentré tout spécialement sur la spiritualité amérindienne.
    Il a reçu, avec félicitations, le titre de Docteur en Théorie et Philosophie des Lois (Jurisprudence) de l'Université d'Indiana. Michael a enseigné les Religions traditionnelles des Indiens d'Amérique du Nord dans le Département de formation continue de l'Université d'Indiana, à Bloomington. Michael et Judith ont été tous deux adoptés par la tribu Apsaroke (Crow) et la famille de feu Thomas Yellowtail, l'un des chefs spirituels Amérindiens les plus vénérés du siècle dernier.
       Judith Fitzgerald est diplômée de l'Université d'Indiana. Elle est artisan, calligraphe et designer graphique ; elle a collaboré avec Michael sur une série d'ouvrages à grand succès présentant des citations et paroles inspirantes — dont
      -Le Monde Sacré des Amérindiens (World Wisdom, 2003).
     Ils sont mariés, ont un fils à présent adulte, et vivent à Bloomington dans l'Indiana.

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  • Banque mondiale, peuples autochtones et normalisation

    GERMOND-DURET Céline. Banque mondiale, peuples autochtones et normalisation.

    Paris/Genève, Karthala/IHEID. 279 pages, 2011

    Cet ouvrage met en évidence la logique de normalisation qui sous-tend les interventions de développement. L'auteure se penche sur la Banque mondiale, acteur incontournable du développement, et sur les répercussions de ses projets sur les peuples autochtones, à travers l'analyse des cas soumis à son Panel d'inspection. Ce mécanisme, mis en place par la Banque elle-même, permet d'examiner, à la suite de plaintes de populations locales, la conformité de ses actions avec ses propres politiques et procédures. II est ainsi montré que les effets des interventions de développement ne doivent pas se comprendre qu'en termes d'efficacité ou d'inefficacité, puisqu'elles peuvent aussi engendrer des transformations sociales renforçant ou engendrant des conflits sociaux. En analysant d'une part les mécanismes d'apprentissage et de responsabilisation de la Banque, et d'autre part des projets affectant des peuples autochtones, l'ouvrage fait ressortir des éléments récurrents dans la pratique du développement. La minimisation d'effets secondaires et la pratique relevée sont mises en relation avec un macrodiscours du développement dominant, qui semble répondre plus largement à une logique de normalisation des sociétés.

    Dans cet ouvrage, issu de recherches menées dans le cadre d’une thèse de doctorat, l’auteure s’intéresse, dans une perspective critique, aux politiques de développement telles qu’elles sont pensées et mises en place par la Banque Mondiale. L’approche adoptée vise à dépasser l’analyse en termes de succès ou d’échec de programmes ou de politiques en matière de développement, pour s’interroger sur les effets secondaires plus ou moins néfastes qui leur sont inhérents. Ainsi, loin de s’arrêter sur l’efficacité (ou non) des interventions de développement qui représentent l’objectif principal de la Banque, l’auteure pousse l’analyse au-delà des évaluations quantitatives. Elle s’interroge sur les conséquences (sociales, environnementales, politiques, etc.) de différents projets axés sur l’aide aux populations défavorisées et, en particulier, les peuples autochtones ; conséquences qui, par ailleurs, n’ont souvent pas été prévues au moment de la conception des projets.

    En focalisant son analyse sur les peuples autochtones, Céline Germond-Duret s’attache à montrer comment les macrodiscours du développement se construisent sur une logique de normalisation qui envisage les sociétés sur un axe d’opposition : la normalité étant considérée comme relevant des sociétés développées, alors que les « autres » — moins ou peu développées — sont renvoyées à une situation d’anormalité. Perçues comme situés « à l’extérieur » du système (au sens restreint de « système économique »), les populations particulièrement vulnérables, telles que le sont les peuples autochtones, doivent faire l’objet d’entreprises de développement visant à leur faire abandonner leurs activités traditionnelles peu productives pour pouvoir être intégrées au marché. La normalisation, entendue ici comme « développement économique », a donc pour objectif de transformer (« améliorer ») les systèmes productifs « traditionnels » (considérés comme « arriéré[s], irrationnel[s] et gaspillant inutilement [l]a main-d’œuvre » (p. 71)) pour les rendre économiquement plus performants. L’auteure s’intéresse aux conflits ou au renforcement de situations conflictuelles « parmi des peuples autochtones ou entre des peuples autochtones et d’autres composantes de la société » (p. 24) qui sont avant tout considérés comme « secondaires » au vu des objectifs économiques posés comme prioritaires par la Banque Mondiale. Elle analyse ainsi leur l’impact sur la cohésion des populations autochtones au travers de quatre « vecteurs » qui sont à comprendre comme des « effets intermédiaires » (p. 63) : (1) les déplacements de population ; (2) les modifications de l’activité et de l’organisation économique ; (3) les transformations sociales et politiques et (4) l’abandon de coutumes et de modes de vies particuliers.

    Pour construire son argumentation, Céline Germond-Duret procède à une analyse de discours basée sur un corpus de documents émanant de la Banque et de son Panel d’inspection indépendant, ainsi que sur des entretiens avec des collaborateurs de ces deux institutions. De plus, nombre de rapports et de documents émanant d’autres acteurs (ONGs, organisations autochtones, etc.) ont été dépouillés. Elle nous montre à travers l’analyse d’un corpus textuel « comment les peuples autochtones sont représentés, ou construits, d’une manière telle qui impliquera tel comportement à leur égard et telle solution spécifique à ce qui est considéré comme leurs ‘problèmes’ » (p. 118). Après un chapitre qui pose le cadre théorique de l’analyse critique du développement dans lequel l’auteure s’inscrit et qui nous renseigne quant aux méthodes qu’elle a utilisées pour construire et analyser son corpus, elle décrit en détail les différentes conceptions du développement qui ont eu cours au sein de la Banque, ainsi que les manières particulières dont ont été prises en compte les populations autochtones depuis les années 1980 (adoption d’une directive opérationnelle en 1991 remplacée en 2005 par une politique opérationnelle). Elle termine ce deuxième chapitre par une présentation détaillée du Panel d’inspection qui a été créé en 1993 pour répondre aux critiques qui lui étaient adressées. Lorsque cet organe indépendant se penche sur des plaintes de populations affectées par des projets, il ne peut toutefois que se prononcer sur des manquements potentiels ou la non-conformité des projets avec leurs objectifs et évaluer la responsabilité de la Banque dans les dommages subis. L’auteure attire notre attention sur l’opacité, la technicité et les faiblesses de ces processus particulièrement lourds et compliqués à mettre en place, qui ne débouchent, au final, même pas sur la rédaction de recommandations (celles-ci étant du seul ressort de la Direction de la Banque). Par ailleurs, peu de plaintes (53 pour la période comprise entre 1994 et 2009, cf p. 106) ont été traitées par le Panel d’inspection au regard des milliers de projets financés. Céline Germond-Duret a ainsi pu mener une étude exhaustive des 22 plaintes impliquant des peuples autochtones. Même si l’auteure précise qu’ : « [i]l s’agit de montrer non pas que des problèmes sont survenus, puisque les cas portés devant le Panel sont précisément des cas de projets où des problèmes sont apparus, mais que les effets négatifs subis par les peuples autochtones correspondent aux vecteurs [cf. ci-dessus] que nous avons proposés et qui entraînent l’émergence d’une situation conflictuelle » (p. 179), on regrettera l’absence de réflexions plus poussées autour de la particularité du corpus étudié puisque ce dernier se limite à des situations conflictuelles. Si de tels cas peuvent être considérés comme emblématiques, ils le sont justement au titre de leur inadéquation avec les objectifs de la Banque et ce point aurait gagné à être débattu théoriquement. En effet, au vu des nombreuses remarques de l’auteure au sujet de la technicité des processus et des efforts particuliers que les populations affectées par des projets de la Banque doivent déployer pour que leurs plaintes soient prises en compte, on est en droit de se demander si nombre d’effets négatifs ne sont tout simplement pas dénoncés par des populations — comme les peuples autochtones — qui n’ont pas les ressources juridiques et économiques suffisantes pour déposer une plainte.

    Le troisième chapitre est consacré à la manière dont les Pygmées Bakola/Bagyeli sont perçus par les populations non-autochtones et les ONGs (autochtones ou non). Dans le quatrième chapitre, l’auteur procède à l’étude détaillée du cas de l’oléoduc Tchad-Cameroun qui a affecté les populations Pygmées par la destruction de ressources naturelles essentielles, ce qui a conduit à un processus de sédentarisation sans toutefois que leurs droits fonciers ne soient assurés. La construction de l’oléoduc était fortement controversée et elle a impliqué un grand nombre d’acteurs durant les différentes étapes de sa mise en place, tout comme elle en mobilise encore actuellement beaucoup dans le cadre de son exploitation. Si certains considèrent ce projet comme une réussite, puisque l’oléoduc a été construit et qu’il fonctionne, l’auteure nous détaille les failles de communication et d’information qui ont ponctué les processus de consultation des populations autochtones concernées qui n’ont à aucun moment pu exercer leur droit au consentement libre, préalable et informé. Le mode de vie des Pygmées ainsi que leur habitat traditionnel ont été affectés par ce projet de développement sans que ces populations n’aient été indemnisées correctement pour les dommages causés alors que la Banque devait justement garantir à la fois la protection de l’environnement et la bonne gestion du projet, c’est-à-dire s’assurer que l’argent du pétrole soit utilisée de manière adéquate.

    Le chapitre 5 est consacré à la généralisation des résultats obtenus à partir du cas de l’oléoduc par une analyse comparative de 13 projets affectant des peuples autochtones sur différents continents et ayant fait l’objet de plaintes auprès du Panel d’inspection. On regrettera ici que l’analyse des projets se présente plus comme une juxtaposition d’exemples visant à vérifier, ou infirmer, si les impacts des projets sur les populations locales correspondent aux vecteurs d’analyse élaborés dans la partie théorique. Cependant, la répétition d’éléments saillants de disfonctionnement met en évidence les conclusions de l’auteure, à savoir que la Banque ne semble pas apprendre de ses erreurs. Avant de conclure, Céline Germond-Duret revient sur les documents d’évaluation produits par la Banque pour montrer, à l’aune des exemples proposés, comment la rhétorique utilisée contribue à affirmer le nécessaire « développement » de tous les peuples.

    Cet ouvrage contribue, de par son approche critique, à renseigner sur les raisons pour lesquelles, en dépit de moyens financiers massifs destinés à réduire la pauvreté, celle-ci ne diminue cependant que lentement. Bien écrit, ce livre se lit agréablement tout en présentant parfois certaines longueurs inhérentes à la description détaillée des institutions ou des instruments qui sont analysés. On regrettera que dans sa conclusion — qui se présente comme une synthèse des propos remettant en dialogue les différentes parties de l’ouvrage et une justification des limites de la recherche — l’auteure n’ait pas pris plus de liberté pour discuter et interpeller la Banque Mondiale et les processus de normalisation qui se déroulent en son sein. Focalisée autour de certains constats : technicité, opacité, trop grande confiance en elle-même exprimée par la Banque, etc., on a parfois l’impression que l’argumentation « tourne en rond » au détriment d’un élargissement de la problématique et de l’élaboration de questions programmatiques qui permettraient d’envisager de nouvelles analyses ou angles d’approche. Ce travail se basant essentiellement sur une analyse documentaire et sur des entretiens menés avec des cadres de la Banque ou du Panel d’inspection, les anthropologues regretteront l’absence de tout travail in situ au Cameroun ou au sein de populations autochtones, travail qui aurait certainement permis à l’auteure de « faire parler » les personnes directement affectées par la construction de l’oléoduc.

     


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  • 2013    151 p.   19 €

    La grande Revanche, sous-titré Les Amérindiens à la reconquête de leur destin, vient de paraître aux éditions Autrement. Ecrit par Jean-baptiste Moutet et Julie Pacorel, ce livre raconte comment depuis une vingtaine d’années, les peuples indigènes d’Amérique latine, mènent une nouvelle lutte pour leur liberté, leur dignité et la préservation de leurs cultures.

    Les deux auteurs ont parcouru en tant que journalistes, la plupart des pays d’Amérique latine. Le livre nous promène des Mapuches du Chili, aux Quechuas de Bolivie et d’Equateur, des Guaranis du Paraguay au Tikuna de Colombie ou des Wayuu du Venezuela. Les auteurs nous rapportent leurs rencontres les plus marquantes livrant une série de portraits tout à fait saisissants.

    Mais le livre va plus loin : il dresse un constat argumenté de la situation des peuples autochtones aujourd’hui, retraçant la genèse de leurs luttes et parfois les ambiguïtés et les désillusions qui en sont nées. Ils rappellent le rôle que les églises ont joué, parfois très tôt avec les jésuites et les capucins, et celui des ONG (Organisations non gouvernementales) qui se sont multipliées dans la région andines.

    Certaines ONG, voulant développer un tourisme ethnique, ont parfois totalement folklorisé la vie des communautés. Les auteurs montrent comment l’attitude des organisations caritatives a bouleversé les cultures locales, dans la continuité des hommes d’église. Arrivés dans une communauté isolée de l’Amazonie, les autochtones, loin d’être surpris de leur arrivée, les interrogent : « Vous êtes de quelle organisation ? Vous nous apportez quoi ? »

    Les auteurs nous content le cas de communautés guaranis de l’Alto Parapeti en Bolivie qui jusqu’en 2008 vivaient en esclavage dans de grandes haciendas. La Croix rouge a réussi à faire connaître ces situations et l’OIT (Organisation internationale du travail) a pu forcer les instances nationales à agir. Si ensuite des ONG sont venus apporter des aides, la situation de certaines communautés a empirée car ils n’ont pas encore récupéré leurs terres ou manquent de financements pour leurs semences et ne bénéficient même plus du maigre repas quotidien que le propriétaire de l’hacienda consentait à leur donner.

    Jean-Baptiste Mouttet et Julie Pacorel relèvent enfin le grand malentendu qui a transformé les amérindiens en « écologistes naturels ». Ainsi une revue écologiste française s’appelle Pachamama, un mot qui est devenu le symbole de la lutte écologiste, ignorant le sens profond que les autochtones donnent à ce terme. Non, les peuples andins ne sont pas des saints écologistes, ils ont seulement un lien particulier qui les unit à leur terre, un lien difficile à comprendre pour un occidental urbanisé.

    Au fil du livre, on sent comment après des siècles d’humiliation et de destruction de leur espace naturel, les amérindiens ont développé une méfiance à l’égard de tout projet venu de l’extérieur. Les conflits se multiplient ces dernières années principalement contre des projets miniers ou pétroliers. Beaucoup de pays, l’Equateur, la Colombie, la Bolivie ou le Venezuela par exemple, ont adopté une constitution ou une législation qui affirme reconnaître les droits des autochtones sur leurs espaces ancestraux. Mais leur application se révèle compliquée, et bien souvent, les logiques extractivistes reprennent le dessus, provoquant des affrontements souvent violents et parfois mortels.

    La Grande revanche. Les Amérindiens à la reconquête de leur destin. Jean-Baptiste Mouttet et Julie Pacorel. Avant propos Raoni. Editions Autrement. 151 pages. 19 euros.

     

    La grande revanche des Indiens d’Amérique

     
    Nos anciens correspondants en Amérique Latine signent un premier livre engagé sur les combats des ethnies indiennes en Amérique du Sud.

    Que savons-nous des Indiens d’Amazonie? Sans doute peu de choses, au-delà de la visibilité dont ils bénéficient par intermittence, à travers le combat du grand chef Raoni, ou bien grâce à un bref coup de projecteur après un film comme Avatar.

    Et pour cause: les Amérindiens ne recouvrent pas une seule entité mais des tribus diverses, nombreuses, parfois divisées. Leur point commun? Qu’ils soient Arhuaco, Pumé, Mapuches ou Quéchua, tous subissent les discriminations, assistent à la déforestation de leurs terres, sont parfois réduits en esclavage dans les propriétés agricoles.

    Ancien journaliste de Youphil.com, Jean-Baptiste Mouttet est parti avec sa compagne Julie Pacorel arpenter le continent à la rencontre de ces Indiens à la reconquête de leur destin. Militants, entrepreneurs, étudiants, dirigeants politiques... leur combat passe toujours par une quête de leur propre identité et par la défense de leur territoire.

    Vous pouvez relire les aventures de Jean-Baptiste Mouttet et Julie Pacorel en Amérique Latine sur leur blog “Solidaridad Latina”.

    Approcher les Indiens d’Amérique, nous expliquent les deux journalistes, c’est d’abord renoncer à l’immédiateté et prendre le temps d'écouter un récit qui commence toujours par le commencement: l’arrivée des colons.

    Les belles paroles des sociétés minières

    Pour beaucoup d’Indiens d’Amazonie, la situation n’a pas changé depuis le XVIe siècle. A chaque fois, c’est le même schéma: une entreprise cherche à s’établir, promet le développement d’une région pauvre, la création de quelques emplois à la clé. Le gouvernement donne son aval, une partie de la population locale soutient le projet. Mais rapidement, les richesses sont dilapidées au profit de sociétés minières étrangères.

    Dans cet ouvrage préfacé par Raoni, les deux journalistes analysent notamment la manière dont les ethnies indiennes ont utilisé les médias pour faire connaître leur cause, allant parfois jusqu'à faire preuve d'une rhétorique guerrière face aux sociétés étrangères.

    Les dérives du tourisme communautaire

    Les auteurs n’hésitent pas à poser un regard critique sur l’action des ONG, arrivées dans les année 1980 pour aider les Indiens. Le tourisme communautaire qu’elles développent n’aurait-il pas des effets pervers? Des pans de culture, jugés moins “vendeurs”, sont en effet parfois mis en berne pour satisfaire les touristes occidentaux qui veulent de l’authentique ou tout du moins “un aperçu conforme à l’image qu’ils ont de l’Indien authentique”.

    Les auteurs de ce livre ne se sont pas contentés d’une visite furtive, d’un rapport d’étonnement de deux Occidentaux au sein des tribus indiennes, mais dissèquent avec précision, chiffres à l’appui, les difficultés auxquelles font face les Amérindiens.

    La “reconquête de leur destin” semble en effet compliquée par un “système qui ne reconnaît que le droit individuel et pas les droits collectifs, et qui tend à refuser toute forme de reconnaissance de groupes communautaires”, comme le précise Alexis Tiouka, expert guyanais en droit des peuples autochtones interrogé par les auteurs.

    Radios communautaires et campus au bord d’un ruisseau

    Pour les Indiens, cette reconquête passe avant tout par une plus grande visibilité... auprès des tribus elles-mêmes. En ce sens, le rôle des médias, et notamment des radios communautaires qui décrivent le mode de vie traditionnel des Indiens, est crucial.Tout comme ces universités un peu spéciales, où un professeur torse nu enseigne l’agriculture traditionnelle à des étudiants pieds nus, près d’un ruisseau.

    Une manière de faire (re)vivre la culture indienne, sans sombrer dans le folklore. A coup sûr, un livre indispensable pour découvrir les Amérindiens, au-delà du “mythe du bon sauvage”.

    Photo: Daniel Aguirra, animateur d'une radio communautaire, dans le Nord de l'Argentine, photographié pour l'article"Les médias les boudent, ils créent leur radio."

     


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