L'actualité de la fin de l'année 2011 au Canada a été entre autres marquée par le cri du cœur d'Attawapiskat, cette petite communauté autochtone du nord de l'Ontario qui a déclaré l'état d'urgence car une bonne partie de ses habitants vivent dans des conditions dignes du tiers-monde, comme l'a rappelé il y a une dizaine de jours le rapporteur spécial des Nations unies sur les droits des peuples indigènes.
Ce cas fait écho au triste sort que connaissent une bonne partie des autochtones au pays, tout particulièrement ceux qui vivent dans les réserves. C'est sans compter les préjugés tenaces entretenus à l'égard des Premières Nations, qui minent souvent leurs efforts pour améliorer leur situation: leur supposée paresse, leur dépendance aux deniers publics, les exemptions d'impôt et de taxes ainsi que la gratuité pour tout plein de services... Des préjugés alimentés par l'ignorance, par la relation souvent orageuse entre les peuples autochtones et les non-autochtones depuis près de 500 ans.
La série documentaire 8e feu, un projet conjoint de Radio-Canada et de la CBC, souligne à gros traits «l'urgence» (c'est le mot utilisé dans le communiqué de présentation) de changer les bases de cette relation difficile, car, comme l'explique l'acteur et animateur Charles Bender, lui-même Huron-Wendat, dans l'introduction du premier épisode, la population autochtone est celle qui croît le plus rapidement au Canada actuellement et elle sera majoritaire dans certaines villes de l'ouest du pays sous peu.
Il ne sera plus possible alors de s'ignorer, de s'éviter, de faire comme si l'autre n'existait pas...
Cette série en quatre épisodes, dont le titre fait référence à une prophétie amérindienne et symbolise «un temps où nous vivrons dans l'égalité et le respect», se veut un appel à la réconciliation, mais aussi un antidote aux préjugés en les bousculant avec des exemples d'autochtones qui réussissent, qui innovent, qui se prennent en main, qui revendiquent leur place dans cette société qui les a longtemps marginalisés (et le fait encore). On nous avertit en ouverture de chaque émission que le but de l'exercice n'est pas de nous culpabiliser, mais force est d'admettre que nos ancêtres ont fait d'immenses erreurs: la Loi des Indiens, les réserves, mais surtout le drame des milliers d'enfants arrachés à leurs parents pour être «parqués» dans des pensionnats où on tentera en vain de les assimiler.
Le 8e feu se promène donc d'un bout à l'autre du pays afin de nous faire découvrir des personnes qui transcendent les idées préconçues sur «l'Indien»: écrivain, professeur d'université, humoriste, musiciens, artistes, avocats, médecins, étudiants et même un vigneron,
tous ces autochtones expliquent à la caméra leur appartenance à leur peuple, leur volonté de faire progresser les choses, leur désir que les leurs se réapproprient ce qu'on leur a enlevé depuis des générations. Le ton n'est jamais hargneux, même si les intervenants ne cachent pas la colère qui parfois les habite, et on ne magnifie rien, même si la plupart des histoires de vie qu'on nous raconte s'avèrent positives et porteuses d'espoir. Certains seront peut-être agacés par le ton un peu didactique du premier épisode, qui pose les enjeux, mais il faut croire qu'une petite introduction à saveur scolaire est nécessaire pour plusieurs, ceux pour qui la question autochtone n'est pas familière.
L'épisode de ce vendredi montrera à bien des téléspectateurs que les membres des Premières Nations sont bien plus présents dans nos villes que ce que l'on peut croire, et que ceux-ci ne perdent pas nécessairement leur identité autochtone parce qu'ils n'habitent pas dans des réserves et qu'ils ne vivent pas de chasse et de pêche... Les réalités autochtones sont multiples, complexes, et méritent que les citoyens d'autres origines s'y attardent, ne serait-ce que pour favoriser un rapprochement qui fera peut-être éclater les barrières qui nous séparent afin qu'on puisse se réunir autour de ce fameux 8e feu si souhaitable.