Apporter directement au Parlement européen les problèmes rencontrés par les peuples autochtones, voilà l'une des missions que s'est donnée la délégation de Guyane Ecologie-Les Verts qui séjourne actuellement à Bruxelles.
Hier après-midi devant un public certes clairsemé mais très concerné, Alexis Tiouka, spécialiste des peuples autochtones a dépeint les difficultés d'accès à la santé, à l'éducation et aux ressources naturelles de ceux qu'on a surnommé jusqu'en 1960 « les primitifs » .
Ce qu'il a cherché à démontrer est que la France « semble encore loin d'être prête à reconnaître les droits des peuples autochtones et ce, malgré la ratification de la déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones » . « Nous vivons toujours sur des terres qui appartiennent à l'Etat » , ajoute-t-il, comme pour mieux enfoncer le clou.
Pour faire évoluer la situation, il entend faire appel au rapporteur spécial des Nations Unies, visiblement peu satisfait par les réponses apportées par Charles-Michel Geurts, en charge de l'action extérieure de l'Union européenne. Ce dernier a évoqué l'intervention de l'Union européenne dans plusieurs pays, auprès des peuples autochtones. Questionné sur les peuples autochtones de Guyane, il a reconnu qu'il y avait un problème d'accès aux aides. Et que les spécificités guyanaises ne sont pas prises en compte par la législation européenne.
Cette rencontre a basculé après l'intervention d'Aikumalé Alemin, qui a remplacé dans la délégation René Monerville, retenu en Guyane. Le jeune Amérindien a dépeint son quotidien, évoquant les difficultés pour les jeunes de poursuivre leur scolarité sur le fleuve, l'orpaillage et les suicides. Le conseiller régional et secrétaire départemental de Guyane Ecologie-Les Verts, José Gaillou, lui a emboîté le pas, déplorant, au bord des larmes, qu'il n'y avait pas de reconnaissance du génocide amérindien.
« On a l'impression que c'est un génocide qui continue » , regrette-t-il.
L'eurodéputée Nicole Kiil-Nielsen, à l'origine de ce déplacement, considère que les problèmes « sont nombreux » , et que le débat doit être élargi aussi aux Noirs-marrons. Après une première journée d'émotion, la délégation évoquera demain la question du foncier et la biodiversité. Histoire de permettre aux eurodéputés de mieux cerner une autre réalité compliquée.