Synopsis
La région du Mato Grosso au Brésil, de nos jours. Après le suicide de l'un des siens, Nadio, chef d'une tribu Guarani-Kaiowa, décide de dresser un campement sur les terres des Blancs. Pour lui comme pour le chaman, il s'agit de réparer une terrible injustice : récupérer les terres dont ils ont été spoliés autrefois. Malgré les menaces et les intimidations des propriétaires terriens, les indiens décident de rester sur place pour reprendre leurs droits, coûte que coûte. Désormais, deux mondes se font face : l'affrontement semble inévitable...
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Encore un film qui s'intéresse à d'autres que nous qui a été trop peu vu, et qu'il faut découvrir sans coup férir. Film à la fois fort et pas sudramatisé, La Terre des hommes rouges n'est ni un film anthropologique, ni un film où les "indigènes" (ici, les Indiens Guarani du Mato Grosso au Brésil) sont instrumentalisés pour les besoins de la fiction, fiction qui s'intéresse avant tout aux héros blancs le plus souvent. Peut-être le premier film qui n'est ni sur des peuplades dans leur environnement d'origine ni sur leur disparition, ce film montre ce que c'est que d'être une communauté qui a été déplacée, spoliée de ses terres et parquée en réserve, aujourd'hui. En réduction constante, perdant ses forces les plus vives - certains jeunes se suicident par pendaison, fait avéré -, cette communauté décide de reprendre possession de ses terres. Mais le réalisateur et scénariste Marco Bechis a eu l'intelligence de ne pas surdramatiser l'affrontement qui en découle. Ce film relate comment des groupes humains se côtoient, comment l'un domine l'autre, comment cette domination peut éventuellement être renversée. Comment le désir et la sexualité jouent le rôle le plus pertubateur, les dominés ayant encore leur corps pour eux, même s'il sont obligés de le marchander pour travailler et subsister à grand peine. D'une grande intelligence et d'une grande probité dans ce qu'il montre, La Terre des hommes rouges est une très belle tentative de regarder le plus honnêtement possible la relation entre le possédant qui a tout à perdre et celui qui ne possède plus que lui-même, entre l'un et l'autre. Ce que Bechis a tiré de ses "acteurs" qui ne savaient pas même ce qu'était le cinéma et n'en comprenaient pas le fonctionnement est remarquable. Et ses plans, qui ne cherchent pas à être beaux pour le plaisir, rendent admirablement compte de ce que c'est que de vivre sur ces terres où la forêt n'existe plus que comme lisière. Ces habitants de la forêt qui n'existent plus que dans l'entre-deux sont devenus des héros de cinéma. Il est à noter que La Terre des hommes rouges vient peu après Ten Canoes / 10 canoës, 150 lances et 3 épouses de l'Australien Rolf de Heer, autre grand film ayant mis à contribution la population (en l'espèce, aborigène) pour la montrer dans sa complexité au cinéma. Les films ne se ressemblent pas, et dans le cas de Ten Canoes, les acteurs aborigènes sont littéralement co-auteurs du film, ce qui est moins le cas dans le film de Bechis. Mais tous deux forcent le respect par l'honnêteté de leur regard, qui milite subtilement pour ces populations en leur donnant une visibilité et une chair tout en évitant les deux écueils majeurs: le parternalisme et le misérabilisme. (Voir mon commentaire sur 10 canoës, 150 lances et 3 épouses, enfin disponible dans une édition dvd française). (commentaire publié sur Amazon.fr qui vend ce DVD)