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Un évêque prix Nobel Alternatif

    Un évêque défenseur des Indiens d’Amazonie reçoit le Prix Nobel alternatif

   L'évêque catholique Erwin KRÄUTLER, qui exerce son ministère dans la région du Xingu, au Brésil, a reçu le Right Livelihood Award, connu comme le Prix Nobel alternatif, pour son action en faveur des Indiens du Brésil. Lors de la cérémonie de remise des prix qui s’est déroulée lundi au parlement suédois, il a été honoré “pour avoir consacré sa vie à la défense des droits humains et environnementaux des peuples autochtones et pour ses efforts sans relâche pour sauver la forêt amazonienne de la destruction“. 

Radio Vatican est bien sûr l’un des rares médias à avoir salué l’attribution du Prix Nobel alternatif à Mgr Erwin Kräutler:

De nationalité brésilienne depuis trente ans, Mgr Erwin Kräutler est né en Autriche, où il a fait ses études. Il est depuis 1981 prélat de Xingu, le plus grand diocèse du Brésil avec une superficie supérieure à l’Italie. Comme plusieurs autres religieux du Brésil, Mgr Erwin Kräutler a reçu des menaces de mort, mais il n’a pas peur de dénoncer publiquement les mauvaises conditions de vie des populations autochtones. Récemment il s’est battu contre le projet de construction sur les terres des indigènes du troisième plus grand barrage hydroélectrique du monde qui forcera près de 40.000 personnes à quitter leur foyer. Mgr Erwin Kräutler a été placé sous protection policière.

L'évêque Kräutler à l'Assemblée des peuples autochtones, Altamira, mai 2008.

L’évêque Kräutler, qui est président du Conseil indigéniste missionnaire de l’Église catholique brésilienne (CIMI), est engagé depuis longtemps dans un combat pour la reconnaissance des droits des Indiens du Xingu, en Amazonie brésilienne, qui sont aujourd’hui menacés par le barrage géant de Belo Monte. Dans son discours de réception, l’évêque Kräutler a expliqué le lien qui l’unit aux peuples du Xingu depuis qu’il est arrivé dans cette région du Brésil, en 1965:

For forty-five years I have journeyed with the peoples of that region. They are the indigenous peoples who have lived there for thousands of years. They are the river people who have their homes on the river banks. They make their living from fishing and small family farming. They are the thousands and thousands of families who have migrated from all the States of Brazil in search of better living conditions during the last decades. They are the people to whom I dedicate my life, they are the people whom I love and I know and they are the people who love me. The reason for that is simple: 45 years ago, in 1965, when I came to Brazil, to Amazonia, to the Xingu, they realized that I did not come in search of wealth or advantages. I came to serve these daughters and sons of God. They are women and men who journey with me. Together we defend their dignity, human rights and our environment, our common home on mother earth.

L’évêque Kräutler met quotidiennement sa vie en danger: son combat en faveur des peuples autochtones et de la forêt amazonienne contrarie les ambitions de politiciens et d’hommes d’affaires sans scrupules, si bien qu’il est depuis 2006 sous la protection de la police militaire de l’État de Pará. Ceux qui mènent le combat à ses côtés sont également menacés, et certains ont d’ailleurs été brutalement assassinés: c’est en leur nom que l’évêque accepte le Right Livelihood Award. Dans son discours de réception, il a en effet une pensée particulière pour deux personnes qui, dit-il, ont donné leur vie: soeur Dorothy Mae Stang, qui, après avoir vécu 23 ans en Amazonie, a été tuée en 2005, et Ademir Alfeu Federicci, “Dema”, qui fut assassiné parce qu’il s’opposait au projet du barrage hydroélectrique géant Belo Monte sur le Xingu. 

L’évêque décrit le barrage hydroélectrique géant Belo Monte comme un projet qui bafoue les droits des peuples du Xingu:

The Belo Monte Project appears to be sacrosanct, unquestionable and assumes the air of being a veritable historical subject. Human beings, families and communities are no longer protagonists of their own history. They were not heard, they were silenced before the project was planned and elaborated in Brasilia, a project that never took into consideration the legitimate rights and preoccupations of the population of the Xingu.

En effet, comme je l’avais déjà écrit dans un billet en juillet dernier, l’impact de ce barrage hydroélectrique, censé détourner sur 100 kilomètres plus de 80% des eaux du Xingu, sera catastrophique, aussi bien pour les Indiens que pour l’environnement: il inondera un immense territoire d’environ 50000 hectares, obligera des dizaines de milliers de familles à migrer et asséchera certaines parties du Xingu, réduisant ainsi le stock de poissons dont les Indiens de la région, notamment les Kayapó, les Arara, les Juruna, les Araweté, les Xikrin, les Asurini et les Parakanã, ont besoin pour vivre.

Pour l’évêque Kräutler, le projet Belo Monte nous montre plus généralement que le problème principal de l’Amazonie est lié à la propriété et à l’usage de la terre. Tous les autres problèmes, comme la violence rurale, qui est due à la concentration de propriétés terriennes, ou le trafic d’êtres humains, n’en sont que la conséquence:

- Rural violence is linked to the concentration of land ownership and the most shameful impunity with which the criminals are honoured. They kill and nothing happens! If they are arrested, they will be released the next day! If they are convicted, they are circulating freely on the streets on the next day.
- There is a lack of public policy that encourages the preservation of Amazonia, this gigantic biome. Amazonia is “unique” its biodiversity is “exceptional”! Nothing in the whole world exists that is comparable to this region, the marvel of God`s creation.
Brazil is responsible for the largest part of this biome, Amazonia.
- Another huge problem is the trafficking of human beings. Young people of both sexes are lured with the promises of a better life and ample wages into the exterior. They are caught in the international network of prostitution! They dream of waging a better life, they have dreams for the future. But they are forced to live in the hell of slavery and brutality. Child-prostitution in Amazonia is often organized by people from the upper strata of society. They are politicians, business people or merchants. They lure, promise, use and abuse and nothing happens to these sexual criminals – corruption is their language.

Enfin, l’évêque Kräutler profite de recevoir ce Prix Nobel alternatif pour attirer l’attention de la communauté internationale sur le sort des Indiens Guarani-Kaiowá qui vivent dans le sud du Mato Grosso dans des conditions toujours plus misérables.

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