• Controverse sur les statues de l'île de Pâques

    Controverse sur les statues de l'île de Pâques

    Les moaïs ont été déplacées à la verticale et non à l'horizontale, ce qui remet en cause la théorie de la déforestation de l'île pour leur transport.

    L'île de Pâques (Rapa Nui en pascuan) a été une des dernières îles du Pacifique à être colonisées par les Polynésiens. Leur date d'arrivée est toujours discutée, elle est estimée entre 400 et 1 200 de notre ère. L'attention est focalisée en ce moment sur la question de savoir comment les centaines de statues géantes (les moaïs) qui se dressent partout dans l'île ont pu être déplacées sur de longues distances.

    Une équipe de l'université de Californie conduite par Carl Lippo avance l'hypothèse que les anciens Pascuans les ont déplacées en position debout en les faisant pivoter sur leur base et non pas couchées, tirées sur des rondins de bois. Lors d'une expédition financée par la National Geographic, ils ont fait la démonstration qu'il suffisait pour cela de trois grandes cordes et de dix-huit solides gaillards. Leur étude est publiée en ligne dans le Journal of the Archaeological Science. Un film produit par la National Geographic a été diffusé cet été sur France 5.

     

    Les premiers habitants de l'île de Pâques ont taillé près d'un millier de statues géantes, les moaïs. La plus grande d'entre elles mesure 10 mètres de haut et pèse 74 tonnes. La plupart font 4 m de haut. De la carrière de basalte où elles étaient taillées jusqu'aux sites où elles sont encore postées, elles ont été déplacées sur cinq kilomètres de distance en moyenne. Plusieurs ont parcouru de 16 à 18 km. Près de 25 kilomètres de routes sont encore visibles aujourd'hui sur les images satellites.

    Le dos des statues taillé en deux fois

    Carl Lippo n'est pas le premier à avancer cette théorie. À la fin des années 1980, le célèbre archéologue norvégien Thor Heyerdahl avait déjà essayé de déplacer une statue en position verticale. Mais l'expérience s'était révélée peu concluante, elle était tombée et sa base s'était beaucoup abîmée en écrasant le sol.

    Carl Lippo et son équipe ont tout repris de zéro. Ils ont observé qu'avant d'être érigées sur leur emplacement définitif les statues ont le dos plus large et le centre de gravité situé très en avant. De plus, leur base étant légèrement convexe, elles sont en équilibre instable et pivotent facilement quand on les tire avec les cordes d'un côté et de l'autre. L'équilibre de ces grandes quilles est tellement fragile qu'il faut mettre des cales pour les empêcher de tomber. Une fois arrivés à destination, le dos des moaïs étaient taillé à nouveau, on leur posait des yeux de corail et une grande coiffe de tuf rouge.

    Les chercheurs ont construit une réplique de 7 m de haut sur le modèle des statues abandonnées en chemin. L'aisance avec laquelle ils sont parvenus à la «faire marcher» est frappante, comme le montre une vidéo. Carl Lippo estime qu'elles pouvaient parcourir ainsi 100 m en 40 minutes. Rien à voir avec les 100 m par jour calculés par Thor Heyerdahl. On peut être étonné que les Pascuans aient fait preuve d'une telle maîtrise pour déplacer des pièces aussi lourdes. Pour des navigateurs hors pair, elle n'a peut-être rien de surprenant.

    Les positions des statues tombées en chemin apportent de l'eau au moulin des chercheurs californiens. En effet, celles qui se sont renversées au cours de la phase de transport sont tombées la tête en avant dans les pentes descendantes et sur le dos dans les montées. Par ailleurs, 70 % des statues sont très abîmées à la base, ce qui laisse supposer qu'elles ont été déplacées dans la position debout.

    Incapables de les relever

    Pour Carl Lippo, les statues n'ont donc pas été mises à l'horizontale et tirées ensuite sur des poteaux de bois, comme le prétend une autre théorie. Ils estiment que les Pascuans étaient incapables de les relever. C'est pour cette raison qu'ils ont abandonné celles qui sont tombées en route. A leurs sortie de la carrière, les statues étaient déjà debout.

    L'histoire de l'île est étroitement liée à la problématique du transport des moaïs. Selon le géographe américain Jared Diamond, en charriant les statues sur des arbres, les anciens Pascuans ont complètement dévasté leur île. Sa déforestation totale a entraîné la destruction de son fragile écosystème, la disparition d'une grande partie des ressources naturelles et la misère de ses habitants.

    Dans son livre publié en 2005 (1), il fait de cette histoire de l'île de Pâques le signe avant-coureur de ce qui attend l'humanité si la dégradation de l'environnement continue au rythme actuel. Carl Lippo et son équipe remettent donc en cause la version de l'«écocide». Pour eux, la déforestation ne peut pas être indirectement attribuée aux statues. Il faut donc chercher d'autres pistes.

     


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